Julien Coquentin est le photographe que Focus numérique a choisi de suivre et de présenter pour les Zooms 2016, qui seront décernés au Salon de la photographie en novembre prochain, à Paris. Aujourd'hui, il évoque pour nous "Saisons noires", la série que nous avons remarquée et qui sera exposée tout l'été à La Roche-sur-Yon en Vendée. Le livre est déjà sous presse.

Photo Julien Coquentin, série Saisons noires
© Julien Coquentin

Focus Numérique – J'ai parcouru votre site ainsi que les épreuves numériques de votre livre et une image a résonné chez moi à deux reprises : ce sont les coquilles d'escargots...

Julien Coquentin – L'escargot me plaît. J'en ai constitué un petit amas sur deux vieilles plaques de cheminée anciennes, et j'ai fait l'image avec mon vieux Yashica Mat, une sorte de Rolleiflex meilleur marché qui date des années 1970... J'aime beaucoup la nature morte et le travail de la lumière qui l'accompagne. C'était aussi une occasion pour moi d'utiliser mon appareil, car j'ai un réel plaisir à prendre des photos avec. Voilà pourquoi cette photo. Elle a fait partie de l'editing que j'ai fait pour le livre et mon éditeur a fait le même choix !

"Saisons noires" est un travail sur la mémoire, l'enfance... ces petites coquilles toute fragiles, pour certaines brisées, rappellent, pour moi, la vulnérabilité des corps pris par la vieillesse, le temps qui passe.

Photo Julien Coquentin, série Saisons noires
© Julien Coquentin

Focus Numérique – L'image que vous avez choisie pour parler de votre travail montre un rite dont on n'a plus l'habitude. Même à la campagne.

Julien Coquentin – En fait, cette image des mains et des viscères est une image qui me relie directement à mon enfance. J'ai grandi dans un tout petit village de l'Aveyron où l'on tuait le cochon à la saison, c'est-à-dire au début de l'année. Quand j'entendais le cri de l'animal de mon lit, j'étais tétanisé... Là, cette fois, j'étais là. C'était chez un couple de bergers qui ont chacun 70-75 ans. J'ai assisté à la mort du cochon. J'ai pris des photos, mais je ne les montre pas. Ça ne m'a pas plu de photographier la mort, ces cris...

Cette photo, c'est après. Quand les femmes nettoient les viscères pour la préparation des saucisses, de la charcuterie. Dans la pièce d'à côté, il y avait les hommes qui hachaient les morceaux pour la chair à saucisses. J'allais d'une pièce à l'autre pour voir. Ce que j'aime dans cette photo, c'est qu'au fond, on ne sait pas trop bien ce que font les mains... On pourrait croire que les femmes se battent pour ces morceaux. Il y aussi le fait que cette tradition sépare encore les hommes et les femmes pour cette préparation. Vous savez, on vit les dernières heures de ce genre de rites ; aujourd'hui, ce genre de traditions s'éteint petit à petit. D'ailleurs, pour ce couple, c'était leur dernier cochon. Le dernier qu'ils avaient élevé eux-mêmes. Cette fois, j'ai utilisé mon Nikon D800 avec un ISO très élevé mais qui permet encore une grande définition et une balance des blancs préréglée. Je retouche pour être tout à fait fidèle à ce que j'ai vu.

Photo Julien Coquentin, série Saisons noires
© Julien Coquentin

Focus Numérique – Quand vous avez commencé cette série, aviez-vous en tête la publication d'un livre ?

Julien Coquentin – Non pas précisément. Mais je savais que c'était dans le champ du possible, car la série que j'ai faite lors de mon séjour à Montréal (Canada) avec ma famille, de 2010 à 2012, a finalement été publiée alors que je n'en avais pas l'idée au départ. J'ai commencé "Saisons noires" à notre retour du Canada et de six mois passés à Bornéo en 2013. Nous sommes rentrés en plein hiver nous installer dans cet Aveyron où j'ai passé mon enfance. Je voulais travailler sur ce décalage entre ce retour difficile (nous quittions le soleil, la chaleur, pour retrouver une dure ruralité en plein hiver) et le regard de mon enfance, mon adolescence. Qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui relève de la mythologie personnelle ? De la mémoire ?

La série sera montrée sous forme d'exposition pendant tout l'été à La Roche-sur-Yon, en Vendée. Une soixantaine de tirages grand format. À la médiathèque de la ville, il y aura ma série "Tôt un dimanche matin", issue du séjour à Montréal. Et le livre Saisons noires, qui sera publié début juillet aux éditions Lamaindonne, vient tout juste de partir en impression.

Photo Julien Coquentin, série Saisons noires
© Julien Coquentin

Focus Numérique – Enfin, selon notre tradition dans cette rubrique, avez-vous une photo iconique ? Une photo qui vous a marqué ?

Julien Coquentin – Je n'ai pas "une" photo référence à mettre en avant... Pour moi, une photo a du sens dans un tout, dans une série, mais j'aime les travaux conceptuels de de Esther Teichmann, par exemple, de Noémie Goudal ou Ruben Brulat. En revanche, il y a un livre que je trouve superbe, c'est Charleroi de Stephan Van Fleteren, sur les mines qui ont disparu... Qu'en reste-t-il aujourd'hui et que disent les jeunes de ce passé ?

Photo Julien Coquentin, série Saisons noires
© Julien Coquentin
Julien Coquentin, Saisons noires, ed. Lamaindonne, couvertureJulien Coquentin – Saisons noires
Lamaindonne
À paraître début juillet 2016
Relié, 21 x 26 cm, 176 pages
84 photographies en couleur
34 €
 
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