Pour ceux qui ne connaissent pas encore, le NAB est certainement le plus grand salon dédié au matériel audiovisuel et cinéma au monde. L’autre événement majeur dans le domaine, l'IBC, a lieu en septembre à Amsterdam. Depuis 1923, date de sa création du salon par la National Association of Broadcasters, ce sont des millions de visiteurs qui ont foulé les moquettes de cet immense salon : plus de 1 700 exposants sur plus de 90 000 m² d’exposition, et un peu plus de 100 000 visiteurs.

Inutile de vous dire qu'il est impossible sur 3 jours et demi de tout visiter, tant c'est gigantesque ; pour ma part, je me concentre en général sur la partie caméra, optiques, accessoires et machinerie. Voici ce que je retiens de cette édition 2016.

Arri, actualité Blackmagic Design, actualité Craft, actualité DJI, actualité GoPro, actualité
Lytro, actualité Nokia, actualité Panasonic, actualité Qinematiq, actualité Red, actualité
Sony, actualité Veydra, actualité      

Craft

Craft Camera
Craft Camera.

La tradition veut que tous les grands constructeurs annoncent leurs nouveaux produits sur ce salon. Cette année, pas d’annonces fracassantes, mais un nouvel entrant qui a fait couler beaucoup d’encre : CRAFT. Cette société entend rejouer la même partition que celle inaugurée par RED il y a 11 ans au NAB, justement.

Craft a annoncé une nouvelle caméra cinéma numérique aux performances exceptionnelles et au tarif incroyablement bas. Malheureusement, ils n’étaient pas présents sur le salon pour présenter ne serait-ce qu’un prototype non fonctionnel (grave erreur à mon sens). RED avait défrayé la chronique en 2005 avec l’annonce de la RED One ; le suspense a été insoutenable pendant 2 ans, ils ont présenté leurs idées puis un prototype, et enfin des images tournées avec la caméra. CRAFT, n’a rien fait de tel : on a juste une belle animation 3D d’un concept de caméra qui s’avère très alléchant, mais rien d’autre à se mettre sous la dent.


Sony

Chez Sony, pas de grosses nouveautés du côté des caméras à grands capteurs. C’est plutôt du côté du broadcast et des caméras dédiées à la télévision qu’ils ont fait leurs annonces. Par contre, la firme japonaise a annoncé le tarif de la mise à jour RAW pour la FS5 : 500 €.
Personnellement, c’est une pratique commerciale que je condamne. Les fonctionnalités matérielles sont déjà dans la caméra que l'on achète ; difficile de comprendre pourquoi il faut à nouveau passer au tiroir-caisse pour quelques lignes de code supplémentaires. Quand RED propose une mise à jour du capteur de leur caméra, c’est souvent très cher mais c’est une mise à jour hardware : un retour atelier est nécessaire, on change le capteur. Là, on a déjà tout dans la caméra, on paie juste le droit d’utiliser une fonctionnalité. L’autre aberration est que le prix final de la FS5 + la mise à jour RAW revient à peu de choses près au prix de la FS7, qui inclut cette fonctionnalité d’origine. Je ne comprends pas cette démarche.

Par ailleurs, Sony a lancé dans la discrétion la plus totale un petit accessoire assez génial : il s’agit d’un récepteur HF double canal. Dans la plupart des cas, on a besoin de brancher 2 micros HF sur une caméra pour faire des interviews, en général chaque micro est doté d’un émetteur et d’un récepteur. Amusez vous à brancher 2 récepteurs HF sur un Alpha 7S II par exemple, c’est assez vite impossible car trop encombrant. L’idée de réunir 2 récepteurs dans un seul et même boîtier est très intéressante, car avec la connectique MI-SHOE dans le sabot porte-accessoire, on n’a même pas besoin de brancher un câble.

Sony-URX-P03

Panasonic

Chez Panasonic, c’est un peu comme chez Sony : priorité au monde de la télévision. Panasonic est partenaire officiel des Jeux Olympiques depuis des années, il est donc assez normal que leurs annonces soient liées à l’événement. La Varicam LT présentée quelques semaines avant le NAB était à l’honneur, dans différentes configurations ; ce n’est plus vraiment une nouveauté mais les visiteurs ont pu la toucher sur le stand. Deux petites caméras de poing dotées de capteur 1 pouce ont été introduites : l'UXC-90 et l'UXC-180 qui, elles, enregistrent en 4K sur carte SD et reprennent l’ergonomie générale des caméscopes de poing de la marque.


Blackmagic

Chez Blackmagic, les nouveautés sont plutôt orientées vers la postproduction et le matériel dédié à la production vidéo live, avec notamment des choses intéressantes dans leur gamme ATEM. On remerciera une nouvelle fois Blackmagic de ne pas nous avoir annoncé une nouvelle caméra et de ce contenter d’améliorer l’existant.



Pour rappel, la petite URSA Mini promise avec un capteur global shutter l’an dernier vient juste d’atterrir sur les étagères des revendeurs... mais sans global shutter ! C’est mieux dorénavant de ne pas faire de nouvelles promesses...

Black Magic Design URSA Mini
L'URSA Mini chez BMD.

Arri

Chez ARRI, pas mal de petites choses notamment la reprise de la marque ARTEMIS, grande rivale de STEADICAM qui fait preuve de pas mal d’audace dans ce domaine. Hormis cela, on est dans l’amélioration de l’existant. Point de révolution en vue : le constructeur allemand étant leader sur ce marché des caméras cinéma numériques, il s'en tient pour le moment à sa démarche d’amélioration de la qualité. Il faut dire que l’Alexa 65mm et l’Alexa Mini sont encore assez récentes.

Red

Chez RED les annonces étaient faites depuis quelques semaines déjà ; la Scarlet W et la Raven étaient de sortie et le stand immense de la marque californienne présentait de nombreux partenaires fabricants d’accessoires pour leurs caméras. La Raven commence à être livrée et fera l’objet d’un test prochainement sur Focus Numérique. C’est la plus abordable des RED, avec un prix boîtier nu à environ 7 000 € HT. Bon, on ne fait pas grand-chose avec un boitier nu, mais la fiche technique reste très, très alléchante : un enregistrement RAW 4,5K jusqu’à 120 images par seconde, c’est assez envoûtant. La résolution est limitée à 4,5K, alors que la grande sœur va prochainement taquiner du 8K. La Raven est exclusivement en monture Canon EF, alors que les autres caméras de la marque ont une monture interchangeable.

DJI

Le constructeur chinois DJI, à l'origine du Phantom 4 qui devenu notre nouveau modèle de référence à l'issue de notre test, nous a régalé avec ses drones. Il a annoncé un nouveau Phantom 4 et un S600, drone doté de 6 hélices et capable d’embarquer une RED, justement.

Côté Osmo, c’est tout un tas de petits accessoires qui ont été présentés, dont un système dédié à l’amortissement du 4e axe, afin de corriger le fameux "effet de pas" (walking effect en anglais) : ce n’est ni plus ni moins qu’une partie de bras de steadicam miniaturisé, qui serait a priori capable d’amortir les mouvements de translation verticale. À voir lors d’un prochain test.

Un bras pour amortir les effets de pas pour l'Osmo chez DJI
Un accessoire pour encore plus de stabilité avec l'Osmo de DJI.


Veydra

Côté optiques, le petit constructeur Veydra vient de sortir un 19 mm pour la monture Sony E. Cette marque d’objectifs cinéma est très intéressante : pour le prix d’une optique photo, vous avez un objectif cinéma. Les objectifs de a série baptisée Mini Prime sont très agréables à utiliser : leur poids et leur encombrement sont très contenus. Le carottage métallique inspire confiance, c’est du bon matériel qui semble robuste et devrait parfaitement encaisser les épreuves du temps. La mécanique est très plaisante, les bagues ne sont ni trop souples ni trop fermes. Quand au rendu d’image, c’est super joli : pas trop de traitement, ce qui offre un petit look un poil vintage et la possibilité d'avoir de jolis flares. C’est piqué comme il faut et en termes de colorimétrie, c’est un poil chaud comme j’aime, c’est très agréable au niveau de la texture et du rendu avec un bokeh lui aussi soyeux. Leur gamme est composée de 6 optiques en Micro 4/3 : 12 mm / 16 mm / 25 mm / 35 mm / 50 mm / 85 mm pour ce qui est de la monture E, c’est compatible à partir du 25 mm en APS-C et les montures sont interchangeables. Le 19 mm vient donc se rajouter dans les 2 montures.

Optiques Veydra pour la vidéo
La gamme optique Veydra.


Qinematiq

L'un des stands qui m'ont le plus passionné, c’est celui de Qinematiq. Cette jeune société autrichienne propose un système assez incroyable d’assistance à la mise au point pour les tournages cinéma : Image+. C’est assez difficile à expliquer en mots. La technique repose sur une analyse de la distance via 2 caméras sur les bases mathématiques de la stéréoscopie. L’écartement entre ces 2 yeux virtuels permet d’analyser la distance. Un écran tactile permet de choisir la zone de mise au point ; on peut aussi faire du tracking sur un sujet ou un objet en mouvement, le tout est couplé avec follow focus motorisé et hop !

Quinomatiq
La triangulation pour la mise au point avec Qinematiq.


GoPro

GoPro présentait sur son stand les résultats de ses travaux liés au rachat en 2015 de la société française Kolor : une solution dédiée au 360° répondant au doux nom d'Omni. Il s'agit d’un rig équipé de 6 caméras, d’un système de synchronisation au pixel près, d’un logiciel d’assemblage des 6 flux et d’une plateforme de diffusion de contenu 360°. GoPro débarque ainsi avec une solution complète qui, sur le papier, semble assez prometteuse. Il existe d'innombrables de solutions pour faire du 360° avec des caméras GoPro, y compris des bricolages sur base de rigs imprimés en 3D ; le problème est que sans une mécanique de précision et un système de synchronisation ultra efficace, c’est toujours hasardeux et très souvent galère à assembler en postproduction. Le prix annoncé de l'Omni est d’environ 5 000 € pour le kit complet. La solution semble très bien pensée et nous avons hâte de pouvoir jouer avec.


Nokia

La réalité virtuelle et le 360° étaient à l’honneur sur le salon. Nokia présentait aussi leur dispositif Ozo, première solution haut de gamme pensée pour les pros exigeants, si on en croit leur communication. Que vient faire l’ancien papetier finlandais dans le domaine du 360°, me direz-vous ? Objectivement, je ne sais pas encore, je n’arrive pas à me faire une opinion, si ce n’est qu’après avoir été le leader qu’on connaît dans le monde de la téléphonie mobile et après avoir revendu cette branche à Microsoft, ils n’allaient pas se contenter de compter les nuages. Nokia a toujours été une société innovante, leur solution semble audacieuse et intéressante, mais totalement inabordable pour des petits studios indépendants : on parle d’un budget d’environ 80 000 € !

Nokia Ozo
L'étonnant et onéreux Ozo de Nokia.

Lytro

Parmi les grosses innovations assez improbables, on notera l’arrivée de Lytro dans le petit monde du cinéma. Après l’échec commercial auprès du grand public de ses deux caméras déjà commercialisées, la société a décidé d’amorcer un virage vers le monde professionnel et prépare des outils pour le 360°. La Lytro Cinema est ainsi une caméra basée sur les principes de plénoptique déjà développé par la société, mais dotée d'un capteur de 755 Mpx (oui, vous avez bien lu !) et offrant une dynamique de 16 diaphs. C’est une véritable révolution technologique, car tous les paramètres de prise de vue sont modifiables a posteriori en postproduction : ouverture, vitesse et même le focus ! En outre, on parle d’une capacité d’enregistrer 300 images par seconde en RAW !

Lytro Cinema from Lytro on Vimeo.

Et Le HDR ?

L'autre technologie dont on parlait à peu près tous les 10 mètres sur ce NAB, c’était bien entendu le HDR : le fameux High Dynamic Range bien connu des photographes débarque aussi en vidéo. Le principe est de proposer une image ayant plus de dynamique à la diffusion au cinéma mais aussi sur vos télévisions (l’occasion sans doute de nous vendre de nouveaux téléviseurs pour Noël ?). À noter quand même : la plupart des téléviseurs très récents sont capables de supporter ce type d’images. Le procédé est intéressant, la qualité des images obtenues est vraiment très classe, ça ajoute un vrai truc au visionnage d’un film par exemple, mais je ne pense pas que la plupart des contenus diffusés par nos chaînes vont basculer du jour au lendemain sur du HDR. Toute la chaîne de production est à revoir, les caméras dernière génération sont aussi capables d’enregistrer une dynamique étendue via le Log ou le RAW, et c’est à la postproduction que l’on gère le HDR.

Voilà donc un salon un peu plus calme pour cette édition 2016. On a pris l’habitude de voir les constructeurs faire des annonces fracassantes chaque année ; cette fois, ça a l’air de se calmer un peu, ce qui n’est pas pour me déplaire. Les professionnels dont je fais partie sont parfois lassés par les effets d’annonce, d’autant plus que les produits mettent parfois un an à être réellement disponibles chez les revendeurs. Ce serait bien qu’on puisse avoir le temps d’apprendre à maîtriser un minimum nos outils avant d’avoir envie d’en changer à nouveau, je les remercie donc.

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