raw (cru) verus cooked (cuit)

Un lecteur se pose la question, légitime, de savoir si les fichiers "crus" (RAW, ou fichier brut) de son Olympus OM-D E-M5 Mark II ne sont finalement pas cuits, ou en d'autres termes traités. Faisons un tour en cuisine.

De retour de vacances, je suis surpris d'avoir les mêmes résultats lorsque je développe mes fichiers bruts avec Lightroom alors que les photos ont été réalisées avec différents réglages de courbes sur mon Olympus E-M5 Mark II. Benoît A., lecteur de Focus Numérique

Le RAW. Ces fameux fichiers bruts intéressent visiblement nos lecteurs, et c'est tant mieux. Benoît, qui  possède un Olympus EM-5 II, a réalisé différentes images en activant ou non la courbe de correction des ombres et des hautes lumières, et s'étonne d'obtenir des résultats différents.

Les fichiers RAW sont normalement des fichiers dits "bruts de capteur", à savoir qu'ils n'ont subi aucun traitement entre la conversion analogique/numérique (convertisseur A/N) et l'enregistrement des données dans le fichier brut final. En théorie, cela permet de travailler avec les informations les moins transformées, donc normalement avec le meilleur potentiel.



Toutefois, certains constructeurs n'hésitent pas à traiter le signal en amont et en aval de la conversion analogique/numérique, notamment pour éliminer du bruit parasite. Ainsi, en 2007, Sony présentait l'A700 qui disposait de filtres anti-bruit avant et après les puces de conversion.

présentation presse du Sony A700

Une stratégie que DxOMark avait notée lors de ses tests sur les fichiers bruts des A700 et A900. Il faut aussi savoir que le traitement du bruit pour la création des fichiers JPEG est souvent lié au processeur de traitement des données et que les algorithmes peuvent varier entre le traitement interne du boîtier et le traitement à l'aide du logiciel livré avec le boîtier. Ainsi, les JPEG des Fujifilm X-Trans sont difficiles, voire impossibles à reproduire sur ordinateur.

DxOMark RAW cooked
En haut : vue 3D de l'autocorrélation du canal vert du Sony A900 à 6 400 ISO. Le pic unique montre que le bruit est blanc.
En bas : vue 3D de l'autocorrélation du canal rouge du Sony A900 à 1 600 ISO. Le pic est entouré d'une "base" en forme de dôme, montrant la corrélation entre pixels adjacents. (Visuels DxO Mark)

Si les informations brutes sont souvent modifiées pour traiter le bruit électronique à la source, les constructeurs s'aventurent beaucoup moins dans le rendu des images. La plupart des fichiers bruts sont des formats propriétaires et les constructeurs enregistrent des données souvent non documentées pour le développement et le rendu des images. Afin d'être au plus près des rendus souhaités par les fabricants, il faut utiliser les logiciels livrés avec les boîtiers qui savent interpréter correctement toutes les données. Ainsi, les profils couleur des boîtiers d'Olympus n'ont été ajoutés à Lightroom qu'en 2013. Auparavant, les intentions de rendu ne concernaient que les boîtiers Canon, Nikon, Sony ou Pentax.

Concernant la courbe Highlight / Shadow (hautes lumières / ombres) de l'Olympus E-M5 II, nous avons la certitude qu'elle n'agit pas sur les fichiers RAW et n'intervient que dans l'interprétation des images JPEG.

Nous avons ainsi réalisé deux clichés RAW en mode manuel, l'un sans la courbe et l'autre avec une inflexion de -4 dans les hautes lumières et +4 dans les basses lumières. Les deux photos ouvertes dans Olympus Viewer 3 sont effectivement différentes, car le logiciel sait parfaitement gérer cette courbe. D'ailleurs, il est possible de revenir a postériori sur la courbe pour en augmenter ou en diminuer l'effet.

capture écran Olympus Viewer
Dans Olympus Viewer 3, notre fichier RAW (avec courbe) s'ouvre avec le bon rendu des valeurs. L'outil courbe (à droite) est d'ailleurs disponible et modifiable à la demande.

En ouvrant les mêmes fichiers avec le logiciel RawTherapee, les images obtenues sont complètement... identiques au niveau de l'exposition. En effet, le logiciel est incapable d'interpréter les données propres à Olympus comme cette fonction de courbe. RawTherapee propose donc une image par défaut à partir des données brutes justement, et uniquement de celles-ci. L'exposition étant équivalente, nous pouvons déterminer que les données le sont également. La courbe des hautes et basses lumières n'agit donc pas sur l'enregistrement des données, mais bien sur l'interprétation.

fichier RAW ouvert avec rawtherapee sans courbe / courbe
Deux fichiers bruts ouverts avec RawTherapee : à gauche, sans courbe, et à droite, avec la courbe de correction des hautes lumières et des ombres activées sur le boîtier. Le résultat est identique (exposition).

Toutefois, vous remarquerez que les clichés ne sont pas identiques selon qu'ils proviennent d'Olympus Viewer 3 ou de RawTherapee, même sans courbe. Le rendu colorimétrique est foncièrement différent. En effet, RawTherapee applique un profil couleur par défaut aux fichiers. Avec ce logiciel, vous ne bénéficiez pas de l'intention de rendu des ingénieurs de la marque (qui soit dit en passant est l'un des plus convaincants du marché). RawTherapee propose un profil neutre qui permet par la suite de travailler les couleurs comme bon vous semble.

différence de rendu entre le profil olympus et rawtherapee
L'image d'Olympus Viewer est plus dense, plus contrastée et plus vive que celle dématricée avec RawTherapee.

Au final, pour profiter de tous les réglages proposés par un appareil photo, il est préférable d'utiliser le logiciel de la marque qui permettra d'exploiter toutes les subtilités. Toutefois, ces logiciels atteignent rarement des sommets d'ergonomie et de simplicité. Nombreux sont les photographes qui s'orientent vers des logiciels plus généralistes, plus facile à prendre en main et qui offrent le plus souvent un flux de production plus fluide.

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