Le sexe, les femmes, Tokyo, la mort. Voilà les quatre points cardinaux que suit inlassablement depuis près de 60 ans Nobuyoshi Araki photographe japonais, sulfureux, prolixe, controversable. Une exploration menée entre fièvre et désir.

Photo Araki Nobuyoshi
Private diary. © Nobuyoshi Araki

C'est à 12 ans que le photographe aujourd'hui âgé de presque 76 ans reçoit des mains de son père un appareil pour photographier ses copines, dit-on. Depuis, il n'a pas cessé. Ni de photographier, ni de photographier ses copines ou en tout cas ces femmes qui, selon le point de vue qu'il en offre, pourraient l'être.

Tout frais lauréat d'un diplôme d'ingénieur spécialisé en photographie et cinéma, Nobuyoshi Araki entre en 1964 chez Dentsu, une importante agence de publicité du Japon. Sa carrière de photographe commence dès ce moment-là. La même année, il décroche pour sa série "Satchin" un prix décerné par le magazine japonais The Sun Magazine. Ses photographies, marquées par le cinéma néoréaliste italien des années 1945-50 qu'il idolâtre, montre des enfants du quartier où est né Araki jouant dans un décor encore marqué par la guerre et la destruction. Mais la série se veut plutôt porteuse d'espoir que d'une lamentation sans fin. Elle montre déjà son amour pour sa ville, son pays... dont il ne s'éloignera jamais.

Photo Araki Nobuyoshi
Satchin © Nobuyoshi Araki

Mais ce n'est pas tant ce qu'on connaît aujourd'hui d'Araki — cette obsession sexuelle — qui fait que son œuvre se démarque. Non, c'est le fait que depuis ses débuts, le photographe connaît une profusion artistique très éloignée de la posture de l'artiste reclus dans son studio et misant sur la rareté de ses images.
Son entrée dans le monde professionnel de la photo par le biais de l'image commerciale semble avoir désacralisé la photographie comme un art précieux. Araki multiplie les prises de vue et les canaux de diffusion. Il maîtrise toute la chaîne de fabrication des livres : la typographie, la mise en page, l'imposition. Il en édite dès les prises de vue terminées. Aujourd'hui, son œuvre compte plusieurs centaines de livres : jusqu'à plus de 400, peut-on lire ici ou là.

Photo Araki Nobuyoshi
Sans titre. © Nobuyoshi Araki Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

1970 sera selon lui "la première année Araki". Il expose "Manifeste sur le sentimentalisme no 2 : la vérité sur Carmen Marie", où figurent des sexes féminins pris en gros plan et tirés en grand format. Il publie aussi ses fameux Xeroxed Photo Albums, fascicules de photos imprimées sur les machines Xerox qu’il envoie à des amis, à des critiques d’art, et à des personnes prises au hasard dans l’annuaire. En 1976, il édite Voyage sentimental, recueil de photographies très intimes prises au cours de ses nuits et de son voyage de noces avec sa femme chérie, Aoki Yōko. Vingt années plus tard, ce sera Voyage en hiver : récit photographique de la maladie à la mort de Yōko. Aujourd'hui, les deux livres sont rassemblés en un seul volume.

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Voyage d'hiver. © Nobuyoshi Araki

Il semble que la mort de sa femme ait radicalisé son travail sur le sexe. Des mesures de police sont prises sous le délit d'obscénité : retrait de vente d'un magazine ; en 1992, une exposition est remise en question et en 1993, un galeriste est arrêté pour avoir montré des photos de nus. Mais les charges sont rapidement levées et Araki n'est pas vraiment inquiété.

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Lady Gaga. © Nobuyoshi Araki

La diversité de son travail continue dans le monde de la musique. En 1997, il réalise la couverture de l'album remix Telegram, de Björk et des shootings pour la presse magazine japonaise. En 2009, Vogue Homme Japon publie une série bondage avec Lady Gaga prise au polaroid... Mais au vu de ces images, la musique ne devient qu'un prétexte pour aborder un univers qu'il connaît par cœur : le kimbaku, un érotisme basé sur la domination et le bondage, pratique érotique très en vogue dans l'Edo du 19e siècle.

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Sans titre. © Nobuyoshi Araki. Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

Même avec 60 ans de recul, il est difficile de circonscrire l'œuvre de Nobuyoshi Araki. Elle s'écrit tous les jours et dans la vie quotidienne. Au lever, au coucher, à travers les vitres d'un taxi, à la mort de son chat Chiro, la vie n'est qu'un prétexte à la photographie. Pour lui, elle semble être comme une nourriture dont il n'est jamais rassasié et qui se mange dans un excès de plaisir.

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Sans titre. © Nobuyoshi Araki Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

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