Nous l'avions rencontrée il y a quatre ans et Dorothy Shoes avait déjà cette patte photographique qui nous avait tant plu. Aujourd'hui, des épreuves plus personnelles ont marqué son chemin artistique. À travers quelques images choisies de concert, elle nous parle des corps qui s'échappent et des éloignements qui blessent.

Dorothy Shoes, Django du voyage, 2011
Focus Numérique – L'image qui m'a particulièrement touchée dans votre travail est extraite de votre livre Django du Voyage (Rouergue, 2011). C'est le buste de Django, dont l'encolure de la chemise, un peu juste, laisse voir son poitrail parsemé de petits pétales blancs. S'en dégagent une poésie, une tendresse inouïes !

Dorothy Shoes – Oui, c'est une image tout en contraste ; la blancheur, la fragilité, alors que Django est très homme, très opulent... Il y a la même dualité dans la communauté, dans la famille de Django où l'on se parle très directement, parfois de façon très crue... Plus largement, elle montre aussi mon travail qui oscille toujours entre une naïveté, un monde enfantin et des univers plus ténébreux, beaucoup plus sombres.

Dorothy Shoes, série ColèreS Planquées

Focus Numérique – L'image que vous avez choisie est extraite de votre dernière série "ColèreS Planquées"...

Dorothy Shoes – Oui, j'ai développé un projet autour de la maladie de la sclérose en plaques dont je suis atteinte et dont l'anagramme donne le titre de cette série. Cette image représente la dépression, qui peut être une conséquence de la maladie... On y voit, en plongée (j'ai été soulevée par les passants de mon pantalon pour ça !), une femme assise par terre avec des éclaboussures de peinture bleue sur les genoux qui représentent des larmes et, sous elle, une (réelle) trace de pipi de chien.... qui peut être un élément très graphique ! Pour moi, cette image est celle dont je suis la plus fière... Elle est liée à quelque chose de très personnel qui s'est passé quelques heures avant. En fait, je venais juste de signer mon divorce, ce qui était une épreuve... Avoir fait cette photo m'a montré que, malgré cela, j'étais capable de réaliser ce chapitre de la série malgré la difficulté de son double sens... Elle a une grande valeur à mes yeux.

Dorothy Shoes, série ColèreS Planquées

Focus Numérique – Quelle est la vie de cette série : des expos, un livre ?

Dorothy Shoes – La série est exposée en ce moment à l'Institut du cerveau et de la moelle épinière de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, jusqu'au 31 mars. Ensuite, en juillet, je la montrerai à la Quinzaine de l'image de Madiran, comme invitée d'honneur. Puis la série continuera sa route en Espagne, où elle était exposée à León en décembre dernier. Pour ce qui est d'une publication, c'est un peu tôt pour annoncer quelque chose, mais c'est en sérieuse prévision.

Dorothy Shoes, série ColèreS Planquées

Focus Numérique – Sur votre site, vous vous définissez comme photographe autodidacte. Une photo a-t-elle été à l'origine de votre métier ?

Dorothy Shoes – Oui ! Une image de Roger Ballen. C’est un jeune homme qui est au téléphone sur un canapé et qui tient dans l'autre main un chat par la queue [Eugene on the Phone, 2000, NDLR]. Sur le mur, un cintre. Quand je l'ai vue, je me suis dit : "Ah, la photo, ça peut être ça aussi !" C'était en 2005-2006. Il y a eu clairement un avant et après cette photo. Aussi paradoxal soit-il, ce qui m'a frappée, c'est l'honnêteté de cette image dans sa mise en scène. Je crois que mon travail est proche de cela, et certainement pour une vraie part grâce à cette photo-là.
Dorothy Shoes – ColèreS Planquées
Jusqu'au 31 mars 2016
Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière - Hôpital de la Pitié-Salpêtrière
47 boulevard de l'Hôpital, 75013 Paris

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