Il y a la rage de "Raging Bull" Jake LaMotta, le short rouge de Rocky Balboa, la classe de Marcel Cerdan, la poésie avant-gardiste d'Arthur Cravan et les millionnaires Tyson et Ali. Des images de boxeurs, nous en avons plein la tête : la sueur, la danse, la puissance, le combattant qui vacille mais ne tombe pas, le gong qui annonce la fin du round, le soutien du coach... Rarement sport n'aura autant incarné une combinaison parfaite entre enjeu d'ascension, performance, labeur et appât du gain.

Tutoriel, photographie sportive, photographier un sport de combat, la boxe française. Championnats Techniques et Challenges IDF 2016. Photo David Lefevre
En dépit des coups portés au visage il n'y a pas d'agressivité.

Pourtant, loin des poncifs sur la violence des sports de combat, la savate ou boxe française est une pratique d'autodéfense codifiée, basée sur le duel et le respect de son adversaire. D'abord développée au 19e siècle pour répondre à trois impératifs (la riposte en cas d'affrontement, la possibilité de s'affronter en duel sans arme et un regain d'intérêt pour l'entretien de sa condition physique), la boxe française est le premier sport de combat européen à mélanger les techniques pieds / poings. Les combattants sont appelés des tireurs, en hommage à l'escrime, et les combats se déroulent sur un ring carré de 4,5 m à 6 m de côté.

Si l'histoire de la photographie porte en elle quelques images mythiques de combat de boxe — on pense notamment à la célèbre image de Mohamed Ali collant un direct du droit (en boxe anglaise) à George Foreman en 1974, à Kinshasa —, il n'est finalement pas si courant de voir des photos de ce sport eu égard au nombre de licenciés (presque 51 000 adhérents en France).

Tutoriel, photographie sportive, photographier un sport de combat, la boxe française. Championnats Techniques et Challenges IDF 2016. Photo David Lefevre
La boxe française a fait une large place à la boxe féminine.

Et pour cause : photographier un combat de boxe n'est pas des plus aisés. Outre un travail important sur le temps de pose, il faut aussi savoir composer avec une lumière bien souvent exécrable, et un positionnement plus qu'aléatoire tant les cordes peuvent être amies ou ennemies selon la position des pugilistes sur le ring. La pratique requiert donc un certain savoir-faire et il ne suffit pas d'enchaîner les rafales pour obtenir la bonne image.

La préparation

Quel matériel choisir ?

Comme pour chaque reportage, la préparation de son sac photo est capitale. Photographier un combat de boxe nécessite d'utiliser un autofocus véloce, un boîtier qui encaisse correctement les hautes sensibilités et des objectifs lumineux. De plus, il sera pertinent de jongler entre longue et courte focales pour créer des dynamiques narratives différentes et raconter plus globalement ce qui se passe sur le ring : la tension, le mouvement, les séquences d'enchaînement composent l'ambiance des assauts.

Nous avions la chance d'avoir à notre disposition un Canon 1Dx Mark II, un 24-70 mm f/2,8, un 20 mm f/2,8, un 50 mm f/1,4 et un 300 mm f/2,8. Rassurez-vous, il n'est pas nécessaire d'avoir un appareil aussi haut de gamme pour réaliser de belles images, mais gardez en tête que photographier un combat de boxe va pousser votre matériel dans ses plus hautes limites.
Si vous n'envisagez pas de réaliser ce genre d'images régulièrement, il n'est pas nécessaire d'investir dans un matériel aussi coûteux. Dans le cas contraire, si la photographie de reportage et en particulier la photo de sport devient votre pain quotidien, vous devrez envisager sérieusement l'achat d'un équipement adéquat.

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On pourra jouer sur le temps de pose pour créer le mouvement.

Les reflex

Dans tous les cas nous vous recommandons un reflex performant capable de travailler proprement en haute sensibilité, au moins à 3 200 ISO, et pourvu d'un autofocus véloce. Une fois sur le terrain, vous constaterez que les combattants bougent beaucoup, vite, et il sera difficile de ne pas compter sur la réactivité de votre module autofocus.

Les Nikon D750, D7200, Canon 6D, 7D Mk II ou même 70D feront très bien l'affaire. Si votre bourse est une peu limitée nous vous conseillons de vous tourner éventuellement vers du matériel haut de gamme d'occasion, comme les "vieux" Nikon D700, D300 ou Canon 5D Mk II et 7D. Leur performances sont loin d'être à jeter aux oubliettes...

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Privilégiez un boitier à l'autofocus réactif.

Les hybrides (compacts à objectifs interchangeables)

Pour ce genre d'exercice les reflex ont notre préférence, mais il est possible de travailler avec des hybrides, notamment les Olympus OM-D EM-5 Mk II, Panasonic GX8, ou même Fujifilm X-T1.

Cette catégorie d'appareils a fait d'énormes progrès en termes de vélocité d'autofocus, mais attention en ambiance sombre. Leur viseur électronique, même s'il est confortable et affiche directement l'image telle qu'elle va être enregistrée, risque de présenter quelques faiblesses d'affichage sur des sujets se déplaçant vite, car la rémanence peut provoquer des traînées sur les enchaînements les plus rapides.
En outre, et c'est une limite toute personnelle, j'ai un peu de mal à passer la journée entière derrière un viseur électronique : mon œil fatigue plus rapidement à cause du scintillement et du contraste encore un peu excessif... mais certaines personnes sont moins sensibles que d'autres à ce phénomène.

Tutoriel, photographie sportive, photographier un sport de combat, la boxe française. Championnats Techniques et Challenges IDF 2016. Photo David Lefevre

Les objectifs

Généralement, la place du photographe d'un combat de boxe est au sol, au pied du ring, donc assez proche des combattants. Pour des images dynamiques, nous vous conseillons un grand-angle, voire un ultra-grand-angle comme un 16-35 mm ou un 20 mm. Mais dès que les boxeurs s'éloigneront de quelques mètres de vous, ils apparaîtront petits dans l'image et votre photo perdra de l'impact.

Selon nous, l'outil idéal reste l'équivalent 24-70 mm pour sa polyvalence et la possibilité qu'il offre de suivre le jeu des boxeurs sur le ring. Avec un peu de chance, vous ne serez pas assigné à rester à un seul endroit et vous pourrez suivre leur danse en tournant autour du ring.

Une plus longue focale comme les 35 mm ou 50 mm vous permettra d'enfermer les boxeurs dans un cadre plus serré et de concentrer l'attention sur l'expression des visages, l'effort et les points d'impact. Mais plus votre focale sera longue, plus il vous sera difficile de suivre les combattants.

Un 70-200 mm ou un 300 mm pourront être utiles si vous trouvez un point haut, comme le haut des gradins, pour bien isoler les combattants.

Veillez dans tous les cas à avoir une ouverture lumineuse d'au moins f/2,8.

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Les coins sont intéressants pour capter la tension du coach.

Les accessoires et périphériques

Rappelons évidemment la nécessité d'emporter plusieurs cartes mémoires, avec des vitesses d'écriture élevées pour enchaîner les rafales aisément, et au moins deux batteries. D'ailleurs, si vous utilisez un hybride, attention : les hybrides sont globalement à la peine sur ce point, la majorité d'entre eux ne dépasse pas 250 à 300 vues.

Enfin, vous l'aurez peut-être noté, nous n'emportons pas de flash dans notre sac. Celui-ci est proscrit des salles de sports et nous ne voulons surtout pas gêner les boxeurs. De plus, son éclair ajouterait une source lumineuse supplémentaire à gérer et malheureusement, la lumière des salles de boxe ou des gymnases est déjà bien assez difficile à dompter.

Vous pouvez emporter avec vous une charte de gris pour réaliser une balance des blancs précise et avoir un point de repère lors du développement de vos images. Si vous travaillez en Raw, cela vous permettra de revenir à cette charte avec la pipette et de l'appliquer à votre série.

Sur et autour du ring

J'ai photographié les matchs de poules des Championnats Techniques et Challenges IDF 2016, qui se déroulent du 9 janvier au 19 mars pour la finale Challenge et Coupe au Gymnase Léon Biancotto à Paris.

L'arrivée sur les lieux confirme mes craintes : la lumière mixe trois sources lumineuses différentes de faible densité. Il va falloir gérer la lumière du jour qui passe à travers des lucarnes, des sources tungstène et les tubes fluo des néons. Comme il y a beaucoup d'inscrits, je pourrai peaufiner mes réglages au fur et à mesure. Les assauts se déroulent par matchs de 3 rounds de 2 minutes chacun et, contrairement à ce que l'on pourrait penser quand on voit des "gens se taper dessus", l'ambiance est détendue, presque zen.

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Pensez à aller photographier près des vestiaires.

Rapidement je m'installe aux abords du ring. Un peu partout dans le gymnase des groupes discutent, s'entraînent, se préparent ou se concentrent. Cela peut donner lieu à quelques photos d'ambiance mais en réalité, j'ai hâte de m'approcher du cœur de l'action !

Je commence avec mon 50 mm, mais je sens que je vais être un peu long dans les moments où les combattants se rapprochent de moi et, bien que j'ai de l'espace pour reculer, si je fais un pas en arrière je vais faire entrer les cordes dans mon cadre et elles vont couper mes sujets. Je dois trouver un moyen de les intégrer à mes compositions. Après accord du président de la rencontre, je peux monter au bord du ring, sans toutefois avoir le droit d'utiliser un flash évidemment. Je lui réponds par un clin d'œil complice.

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Je monte mon 24-70 mm et shoote quelques images. Le champ couvert me convient mieux et j'ose même quelques clichés au 20 mm pour étirer les perspectives et créer des dynamiques dans mes compositions en plaçant mes sujets ou les cordes en bord de cadre.

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Le 24-70 mm me permet d'être polyvalent.

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Le grand-angle dynamise l'image.

Pour varier, je tente quelques images au 300 mm, mais finalement je ne me sens pas très à l'aise aussi loin de l'action.

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300mm f/2,8.

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Un rapide dérushage sur l'écran arrière me fait constater que je vais devoir travailler à au moins 6 400 ISO pour conserver une vitesse d'obturation convenable. En effet, non seulement les combattants se déplacent rapidement, mais aussi et surtout les coups portés sont fulgurants. Ici il n'est pas question de taper fort — ce qui engendre d'ailleurs des pénalités —, mais précisément et vite : comme leur nom l'indique, les Championnats techniques sont faits pour démontrer un savoir-faire technique et non pas mettre K.O. son adversaire. Du coup, je ne peux espérer figer l'action en dessous du 1/500 s.

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Pour maîtriser mon temps de pose, je commence par me mettre en mode priorité à la vitesse et veille à le régler à 1/800s. Le boîtier va calculer lui-même l'ouverture adéquate en fonction de ma sensibilité ISO.

Cependant, il est important d'être attentif à sa mesure de lumière, car c'est sur elle que va se baser le boîtier pour mesurer la bonne exposition. Dans le cas qui nous occupe ici, la lumière n'étant pas dirigée vers les tireurs, je préfère me fier à la mesure multi-zone (appelée matricielle chez Nikon) et compenser avec la molette d'exposition en cas de fort contre-jour.

Par ailleurs, la luminosité ayant peu de chance de changer, je ne prends pas un grand risque à travailler aussi en Mode M : l'important est, si je veux figer l'action, de conserver un temps de pose le plus court possible.

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Pensez à intégrer les cordes dans vos compositions et veillez à l'exposition avec la mesure de lumière.

La balance des blancs joue aussi un rôle capitale sur la qualité du rendu final. Si vous n'êtes pas tenu de rendre les photos le jour même, je vous conseille de vous octroyer un marge de manœuvre en post-production avec le Raw. Les 18 Mpx "seulement" du Canon 1Dx permettent de ne pas excéder 25 Mo par photo, ce qui ne mettra pas mon ordinateur sur les genoux. De plus, en travaillant en Raw, je vais pouvoir à loisir développer mes images au niveau de l'exposition, de la balance des blancs et du bruit. Comme je ne veux pas passer des heures en post-production, je cale ma température de couleur à 3 250 K ; j'ajusterai dans mon logiciel de dématriçage.

Vous l'avez compris, nos combattants se déplacent vite ; pour capturer les instants importants, il va falloir compter sur la vélocité de l'autofocus. Le module AF du 1Dx est certes une usine à gaz, mais il est particulièrement complet et efficace. Ici, j'ai choisi la case 6 : "pour les sujets changeant de vitesse et imprévisibles". Les paramètres de sensibilité du suivi, du suivi "accélération et ralenti" et de changement de collimateur AF sont laissés en position médium. Je suis aussi passé en mode AI Servo, ce qui équivaut à un autofocus continu.

Les résultats sont globalement très bons. L'autofocus accroche sa cible et suit le sujet, ce qui me laisse le loisir de composer mes images et déclencher.

Si vous n'utilisez pas un boîtier aussi complet, je vous conseille dans tous les cas de passer en mode autofocus continu pour suivre les boxeurs.

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Gardez bien en tête que plus votre boîtier enchaîne les rafales élevées, plus vous aurez d'images à éditer par la suite. Il n'est pas nécessaire de monter à des cadences de 10 im/s pour obtenir le bon cliché. L'important est d'anticiper l'action et de bien comprendre le jeu des boxeurs entre parades, feintes et enchaînement pieds-poings. En restant le doigt vissé sur votre déclencheur en rafale, vous n'obtiendrez que des centaines d'images où les coups sont amorcés ou ratés. 

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Il faut anticiper les actions plutôt que de shooter systématiquement en rafale.

Je finirai ce tutoriel sur une note personnelle. Tout au long de cet article, j'ai adopté la posture classique d'un rapporteur d'images qui va figer l'action, tenter de la capter le plus précisément possible, mais finalement... avec un point de vue très (trop ?) "journalistique". Tout le monde ne tente-t-il pas de faire la même chose ?

Il est tout à fait possible d'oser aborder l'image sportive avec une autre approche, celle de la pose longue et du flou de mouvement. Ici, on ne va plus rapporter l'effort ou la précision de l'impact, mais la vitesse, l'esquive, la danse d'un corps parfois même érotisé. On perd en réalisme ce que l'on gagne en poésie ou en suggestivité. C'est flou, oui... mais c'est peut être aussi la marque d'un point de vue, d'une approche spécifique et différente. Mais attention, à moins de constituer un travail personnel, ce genre de photo est à valider au préalable avec votre commanditaire.

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La pose longue, ici 1/8 s, permet de recréer le mouvement.

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Photo prise au 1/30 s.

Et un fouetté latéral en gif et en pose lente !

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