Voici l’œuvre d'une vie, celle d'Edward S. Curtis (1868-1952). L'homme a publié, entre 1907 et 1930, vingt volumes consacrés aux Indiens d'Amérique du Nord. Taschen les réunit en un seul volume édité dans sa pertinente petite collection "Bibliotheca Universalis".

Edward S. Curtis, Les Indiens d'Amérique du Nord, ed. Taschen, couverture

Le XXe siècle commence à peine quand Edward S. Curtis, photographe de Seattle, se met à parcourir les grandes étendues sauvages voisines pour faire des photos de paysages. Il n'est pas particulièrement intéressé par les Indiens, mais les côtoie lors de ses sorties. Il comprend finalement qu'ils sont sur le point de disparaître et a l'idée de rassembler en une œuvre unique tout ce qui constitue leur civilisation. Les photographier, bien sûr, mais aussi recenser leurs rites, comprendre leurs coutumes, recueillir leurs traditions. En 1903, Curtis, alors âgé de 35 ans, utilisera l'ensemble des nouvelles technologies de l'époque, comme l'enregistrement vocal et les films négatifs tant pour la photo que pour les images animées.

Edward S. Curtis, The North American Indian, Brulé War-Party
Brulé War-Party. © Taschen

C'est un projet fou qu'il entreprend alors ; par son ambition, mais aussi par les fonds qu'il requiert. Edward S. Curtis n'y parviendra que grâce à sa rencontre avec un certain John Pierpont Morgan, le fameux "J.P. Morgan", magnat des chemins de fer de l'époque. J.P. Morgan est particulièrement séduit par le projet : "Je veux que ces photos soient dans des livres – le plus bel ensemble de livres jamais publiés". Même si sa mort en 1913 ralentit l'achèvement, son fils renouvellera son aide. Mais il ne se passera jamais une année sans que des difficultés surviennent, le projet demandant de plus en plus de moyens.

Pour soulever des fonds et susciter l'intérêt, Edward va jusqu'à tourner un film de fiction muet, In The Land of the Head Hunters (Sur la terre des chasseurs de têtes), qui ne remporte aucun succès. Mais de façon plus documentaire, il filme pour immortaliser les rites ancestraux des tribus, comme la danse du serpent chez les Hopi. Cette hésitation jamais vraiment tranchée entre documentaire scientifique et œuvre filmique aux visées plus artistiques provoqueront un certain dédain chez les scientifiques de l'époque, et sans doute le trouble chez le grand public.

Edward S. Curtis, The North American Indian, Gerónimo
Gerónimo, Apache (1905, 76 ans). © Taschen

À la publication du 20e volume en 1930, Edward S. Curtis aura parcouru le continent américain du nord de la frontière mexicaine à l'ouest du Mississippi jusqu'aux contrées glaciales du détroit de Béring. Il aura photographié près de 80 tribus, sur 40 000 négatifs, et enregistré 10 000 chansons sur les cires cylindriques conçues par Thomas Edison — le premier procédé d'enregistrement, grâce auquel il a pu conserver près de 75 dialectes et langages vernaculaires.

Edward S. Curtis, The North American Indian, Flathead Mother
Flathead Mother (Mère Flathead ou "Tête-Plate"). © Taschen

Les Morgan père et fils ont légué les 25 exemplaires en leur possession à des institutions américaines ou internationales. Le huitième a été donné à la bibliothèque universitaire de Basse-Saxe de Göttingen : il a servi de support aux éditions multiples proposées par Taschen depuis plusieurs années.

Toutes les photos : Edward S. Curtis
Edward S. Curtis – Les Indiens d'Amérique du Nord
Les portfolios complets
Coll. "Bibliotheca Universalis"
Éd. Taschen
Relié, 14 x 19,5 cm, 768 pages
ISBN : 978-3836550550 (édition française)
14,99 €

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