Nom : Rheims, prénom : Bettina. Elle grandit dans un appartement cossu où, aux murs, pendent des toiles de Balthus, Renoir et d'autres de même envergure. Accrochées-là, elles sont du goût de Maurice Rheims, célèbre commissaire-priseur et historien d'art de la place de Paris. Ce père académicien, romancier, on le dit distant, lointain, peu intéressé par ses filles dont la cadette est Nathalie Rheims, qui écrit. Bettina, elle, choisit la photographie comme voie d'expression à la faveur d'un cadeau, un petit Rolleiflex. L'avenir ne tient qu'à un déclenchement.

Crédit photo Bettina Rheims

© Bettina Rheims. Autoportrait de Valeria Golino par moi-même, April 1991, Los Angeles.

Dès son premier travail, elle choisit son sujet de prédilection, qu'elle ne quittera plus : le corps, les femmes. En 1978, Bettina Rheims publie dans la très select revue Égoïste sa série sur des strip-teaseuses de Pigalle et des acrobates. Le sujet est suffisamment sulfureux pour se faire joliment remarquer. Elle alternera ensuite travail de commande et recherche plus personnelle. Ce qui compte pour elle, c'est d'essayer la transgression, d'ouvrir la polémique.

Dans la même veine, à la fin des années 1980, elle s'empare des corps qui interrogent ceux qui les regardent : les androgynes. La série, nommée "Modern Lovers", annonce des travaux ultérieurs sur le transgenre et l'identité sexuelle, dont notamment "Gender Studies" qui sera exposé en 2013 en Allemagne.

Crédit photo Bettina Rheims

© Bettina Rheims. "Gina and Elizabeth kissing", March 1995, Los Angeles. ("Gina et Elizabeth s'embrassant", mars 1995, Los Angeles.)

Dans les années 1990, elle s'associe dans la vie comme dans le travail à l'écrivain Serge Bramly, avec qui elle élabore un projet photographique qui reprend l'iconographie des premières images pornographiques.

En 1995, après avoir couvert à l'invitation de Jacques Chirac les coulisses de la campagne présidentielle, elle réalise son portrait officiel en tant que président. Elle le fait poser, en extérieur, dans les jardins de l'Élysée, loin des décors convenus de la bibliothèque ou en grand apparat. Ce sera une première.

Crédit photo Bettina Rheims

© Bettina Rheims. "Kristin Scott Thomas Playing with a Blond Wig", May 2002, Paris. ("Kristin Scott Thomas jouant avec une perruque blonde", mai 2002, Paris.)

"INRI" sera le second projet élaboré avec Bramly : ils transposent, dans un dialogue texte-image et à une époque contemporaine, la crucifixion de Jésus. Cela fera scandale mais n'empêche pas, à l'époque, les musées du monde entier de faire tourner l'exposition.

2010, année de leur dernière collaboration, donnera naissance à "Rose, c'est Paris". La capitale devient le théâtre d'une fiction d'une femme, B, cherchant sa jumelle R. Chercher l'auteur, sans doute.

© Bettina Rheims. Milla Jovovich, étude, March 2005, Paris.


Jusqu'au 27 mars 2016, la MEP expose 40 ans de travail de la photographe française. Ses portraits de stars se mêlent et se confrontent à ses derniers sujets, étrangement moins glamour, dont sa série consacrée aux portraits de femmes détenues. Taschen s'associe à cette rétrospective pour sortir une somme de plus de 500 images.
 

Bettina Rheims, Taschen, couvertureBettina Rheims
Du 28 janvier au 27 mars 2016
Maison Européenne de la Photographie
5-7 rue de Fourcy, 75004 Paris
Plein tarif : 8 € ; tarif réduit : 4,5 €

Note : en raison du plan vigipirate, afin d'éviter une file d'attente sur la voie publique, la MEP a supprimé la gratuité du mercredi.

Bettina Rheims
Éditions Taschen
598 pages, édition trilingue anglais, allemand, français
Édition courante : 59,99 € ; édition originale limitée et signée : 500 €
> Présentation et commande sur le site de l'éditeur

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