Comment prévoir qu'un chemin de halage puisse mener à la photographie, au rock, au cinéma et à la littérature ? Avec Renaud Monfourny, chaque photo est une ouverture, prétexte à une rencontre. À la veille de son accrochage à la MEP de l'exposition "Sui Generis" qui démarre le 3 février, il a trouvé du temps pour évoquer avec nous le mariage de la photographie et du rock 'n' roll. Mais pas que.

Renaud Monfourny, Patti Smith
Renaud Monfourny, Patti Smith.

Focus Numérique – Parmi toutes vos photos, celle qui vous touche particulièrement est une photo de Patti Smith sur son ponton prise en 1995. Pourquoi avez-vous choisi celle-ci ?

Renaud Monfourny – C'est une photo qui est iconique pour moi. Pour tout ce qu'elle représente. D'abord parce que je trouve que Patti Smith rayonne sur cette photo. Elle dégage une grande force. C’est une artiste qui m'a ouvert les horizons de la culture... Horses, en 1978, fait partie des premiers disques que j'ai achetés et il a marqué une rupture (et une ouverture) dans mes goûts. Vous savez, j'ai grandi à la campagne à une époque ou c'était compliqué d'avoir accès à la culture : pas d’Internet évidemment et, en ce qui me concerne, ni radio ni télé ; seuls les copains d’école (et leurs grands frères) nous fournissaient de la musique.

En 1995, j'étais en voyage à New York et je vois dans le journal que Patti Smith fait un concert gratuit à Central Park. Un an après, j’allais la voir dans sa maison près de Detroit dans le cadre d’un voyage de presse pour son grand retour discographique. J’étais très impressionné… Cette photo a été prise sur le ponton de sa maison ou elle m’a reçu avec simplicité et générosité. Techniquement, j'ai pris cette image avec un Mamiya C330, que j'utilise d'ailleurs toujours, et un film Tri X à 400 ASA.
Renaud Monfourny, Kristin Scott Thomas
Renaud Monfourny, Kristin Scott Thomas.

Focus Numérique – Dans votre portfolio, le portrait de Kristin Scott Thomas semble dégager une force particulière...

Renaud Monfourny – C'est la seule et unique fois que j'ai rencontré Kristin Scott Thomas. C'était en 1996 ou 1997, lors de la sortie d’un film dans lequel elle jouait. J’ai été happé par son regard, à la fois transparent et profond. J'aime beaucoup le portrait quand il est très frontal, comme ici. Moi, ce qui m'intéresse dans le portrait, c'est de révéler quelque chose de l'âme de celui qui pose. Et "d’enfermer" la personne dans un contexte visuel, ou choisir d’éliminer ce contexte par le cadrage. Aujourd'hui, on oublie cette chose essentielle : le cadrage. Le bord noir instauré par Cartier-Bresson, c'était un acte politique : on ne recadre pas une photo. Le garder lors du tirage, c'est justement interdire tout recadrage... Aujourd'hui, le cadrage est une notion qui a complètement disparu.

Nicéphore Niépce, Point de vue du Gras
Nicéphore Niépce, Point de vue du Gras, Saint-Loup-de-Varennes (Saône-et-Loire), 1826 ou 1828.

Focus Numérique – Existe-t-il une photo qui vous a donné l'envie de devenir photographe ?

Renaud Monfourny – Oui... mais c'est une photo mentale. Elle n'existe pas sur papier, mais elle existera toujours dans ma tête. C'était un matin d'hiver, avec de la brume. Pour aller au lycée en vélo, je longeai un chemin de halage, je vois alors une roulotte de romanichels, avec un cheval à côté, et une femme qui donne le sein à son enfant devant un feu de bois. C'était très cliché, finalement, cette image, mais elle était parfaite. Je commençais tout juste à fréquenter un photo-club et c’est rester gravé dans ma mémoire : une photo mentale matricielle !

Sinon, si vous voulez une image réelle, c'est évidemment celle que Niépce a faite, la toute première photo en 1827, Point de vue du Gras. C’est lui le premier homme à avoir vu la toute première photographie au monde ! Cela faisait plus de 10 ans qu’il essayait de fixer une image, quel émerveillement il a dû avoir au moment de l'apparition... je n'ai pas de mot pour ça !
Renaud Monfourny, Leonard CohenRenaud Monfourny, Leonard Cohen.
Renaud Monfourny, James Graham Ballard
Renaud Monfourny, James Graham Ballard.

Renaud Monfourny, Dennis Hopper
Renaud Monfourny, Dennis Hopper.

Renaud Monfourny – Sui generis
Du 3 février au 27 mars 2016
MEP (Maison Européenne de la Photographie)
5-7 rue de Fourcy, 75004 Paris
Du mercredi au dimanche, de 11h à 19h45
Plein tarif : 8 € ; tarif réduit : 4,5 €
Attention, en raison du plan vigipirate, la plage gratuite du mercredi est annulée.

> Présentation de l'exposition Sui Generis

Sortie de l'ouvrage Sui Generis (131 portraits et "vision élargie de l'exposition") le 9 mars aux Éditions Inculte/Dernière Marge, 30 €.

Renaud Monfourny – Sui generis, Éditions Inculte/Dernière Marge, couverture de l'ouvrage
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