Plutôt qu’un simple test, j’avais envie de réellement tourner avec la DJI Osmo car c’est en conditions réelles de tournage que l'on se rend vraiment compte de ce que peut apporter ce genre d’outil.

DJI Osmo Test review

Mon idée était toute simple : un long plan-séquence autour d’une musicienne. Ève-Marie Bodet est une violoniste talentueuse et elle s’est prêtée à l’exercice. J’avais envie d’une camera très aérienne qui lui tourne autour dans un mouvement assez lent, sans jamais la couper sur les 2 minutes de sa composition originale. Pour faire ce genre de plan, j’aurais habituellement utilisé mon Letus Helix JR qui est pour moi la référence en termes de stabilisation.

Le Helix est un super outil, mais il nécessite comme tous les modèles concurrents un équilibrage mécanique minutieux et un calibrage par le biais du logiciel : une opération chronophage. La grande force de l'Osmo réside en un point : sa facilité de mise en œuvre. En quelques secondes, on sort l’Osmo de son étui, on fixe son smartphone sur le support, on allume et ça fonctionne ! La différence est là ; on n’a pas une seule seconde à se soucier de l’équilibrage ni de trop de paramétrages au niveau du logiciel. Vu que la caméra est intégrée à l’outil, on n'a presque rien à régler. C’est la grande différence avec les différentes solutions proposées par la concurrence. Vous l’aurez compris, la DJI Osmo est certainement le premier système de prise de vue stabilisé qui soit réellement "run & gun", comme le disent les Anglo-Saxons.

DJI Osmo test review terrain

Une fois ma scène installée, il fallait que je puisse profiter de l’espace pour tourner autour de la violoniste. Passer entre les pieds lumière et le pied de micro, par exemple, est souvent un obstacle avec les stabilisateurs traditionnels ou les Steadicam, qui sont parfois tellement encombrants que l'on peut avoir du mal à passer une porte un peu étroite. L’autre ennui avec ces "gimbal", c’est la pénibilité de la chose : le poids reste souvent contenu quand on utilise une petite caméra, mais c’est quand même lourd de porter tout ça à bout de bras et vraiment pénible. Le paradoxe, c’est que pour pouvoir filmer longtemps, on a parfois recours à des accessoires tels l’exosquelette, comme celui que propose le fabricant français L’Aigle, ou encore les systèmes de potence comme l'easyrig. C’est formidable parce que ça compense le poids, mais c’est incroyablement encombrant et on a du mal à se déplacer dans des espaces exigus.

Ici, l'ensemble est tellement léger et petit que l'on peut vraiment faire comme on veut. J’ai ainsi pu tourner plus d’une heure quasiment non-stop avec l’Osmo sans ressentir la moindre fatigue.

DJI Osmo test review
L'interface minimaliste de l'Osmo. La plupart des réglages se font sur le smartphone.

Côté autonomie, j’ai pu tourner environ 1 heure avec une seule batterie. Elles ne sont pas forcément très chères et il est donc recommandé d’en acheter plusieurs ; c’est plutôt celle de votre smartphone qui sera mise à mal assez vite. En cas d’utilisation prolongée de l’Osmo, pensez donc à prendre avec vous une batterie externe dotée d'un port USB et suffisamment puissante. J’avais pour ma part mis la batterie dans ma poche et glissé le câble dans ma manche.



Ergonomie

Lors de ma première prise en main avec l’Osmo, j'ai été surpris par le fait que le grip en caoutchouc soit positionné non pas du côté des doigts, comme sur la plupart des appareils photo et caméras, mais plutôt du côté de la paume : un choix étrange, qui rend la prise en main un poil moins agréable. La poignée est de bonne taille et hormis ce détail, la prise en main est plutôt plaisante. La qualité de finition est vraiment très bonne, le système d’accroche pour le smartphone est très bien pensé et semble robuste. Installer ou ôter son smartphone de la fixation est un jeu d’enfant, sauf peut-être avec les téléphones grand format, type iPhone 6 Plus par exemple, où c’est un peu plus délicat.

La configuration de la caméra est elle aussi très simple : tout se passe par le biais du smartphone, avec une interface graphique claire et précise. La latence, même si elle existe, reste assez faible et tout à fait gérable. C’est parfois un peu long avant que les deux appareils ne se "trouvent", mais ça fonctionne. Il est clair que j’aurais souhaité retrouver la réactivité proposée par la DxO ONE et sa connexion Lightning, mais l'ensemble fonctionne assez bien. L’écran tactile est utilisé pour régler tous les paramètres de la caméra et on peut même piloter les moteurs sur le pan et le tilt. Je n’ai cependant pas trouvé ça très facile à gérer et j’ai préféré faire confiance à l’assistance automatique qui accompagne le mouvement provoqué par le cameraman. Si on veut faire un panoramique, le mouvement sera ainsi "adouci" par le système. Il faut pratiquer un peu, mais au final, c’est assez intuitif. Le petit joystick disponible sur la poignée pour diriger la caméra manque un peu de souplesse, mais ça peut se régler : il suffit de basculer en medium ou en slow dans les réglages sur le smartphone.

DJI Osmo test review (crédit : Gizmodo)
Le bouton à l'avant permet de passer d'un mode tout auto à un mode selfie.

De nombreux accessoires sont proposés pour équiper l’Osmo. DJI a eu l’intelligence d'intégrer un système de rosette et un pas de vis qui permettent la fixation de tout un tas de bidules. Il existe par exemple un système de fixation afin de la mettre au guidon d’un vélo ou d’une moto, ou encore un petit bras d’extension pour fixer un micro ou une petite torche.

C’est un peu dommage de devoir passer par un accessoire pour mettre un support micro, et c’est l’occasion de parler du point faible de l’Osmo : le ventilateur de la camera fait un bruit assez gênant qui empêchera la prise de son si on n’éloigne pas le micro de la caméra. DJI a prévu une prise mini-jack 3,5 pour brancher un micro, mais rien pour le fixer : il faudra soit bricoler, soit passer par la case accessoires du constructeur.

Comme pour chaque nouvel outil, je recommande néanmoins de ne pas envisager de sortir l’appareil de sa boîte 5 minutes avant de tourner : il nécessite un peu d’apprentissage quand même. Je me suis dès le début senti très à l’aise avec l’Osmo, mais j’ai un peu de pratique : depuis 2 ans, j’ai dû jouer avec tous les systèmes de stabilisation du marché ou presque ; je sais donc comment ça réagit. Pour quelqu’un qui découvre, il ne faut pas hésiter à passer du temps avec l’outil pour "trouver le truc".

Stabilisation

La qualité de la stabilisation est plutôt très bonne. Bien entendu, 3 axes, ça reste un peu en deçà de ce que l'on peut avoir sur les capteurs stabilisés équipant les derniers boîtiers de chez Sony, comme les A7S II ou A7R II, ou encore les derniers-nés de chez Olympus.

Les effets de pas restent encore présents et c’est plus à l’opérateur de tenter de les corriger avec son corps. En effet, comme pour n’importe quel dispositif, ce fameux walking effect ne peut pas être corrigé car c’est un mouvement de translation et non de rotation.
C'est d'ailleurs le dernier point qui ferait privilégier un véritable steadycamer sur un tournage : si on veut un mouvement fluide à 100 %, aucun gimbal actuellement sur le marché ne permet de corriger ces mouvements-là. C’est assez peu visible si l'on suit ou précède un personnage, mais dès qu’il n’y a rien d’autre en mouvement que la caméra, c’est perceptible. Certains constructeurs on commencé à lancer des stabilisateurs 4, voire 5 axes. J’espère pouvoir faire des tests prochainement.

Dans tous les cas, l'Osmo est vraiment efficace, comme vous pouvez le constater dans ma vidéo. Elle n’a pour moi rien à envier à de plus gros systèmes de stabilisation.

Qualité d’image

Une des particularités de l’Osmo, c’est qu'elle offre le choix de sa caméra embarquée. Il existe 3 caméras différentes.

La X3 proposée dans le kit de base à 750 € est une caméra 1/2,3" de type Exmor Sony, de 12,73 Mpx.

DJI a annoncé la compatibilité avec la X5 et X5R, dotées de capteurs Micro 4/3 de 16 Mpx — a priori les mêmes que sur le Panasonic GH4 qui fait des merveilles en vidéo. Cette caméra est aussi en monture Micro 4/3, ce qui permettra de choisir son objectif dans la large gamme disponible chez Panasonic, Olympus et tous les autres constructeurs ayant rejoint le consortium Micro 4/3.
La différence entre les deux modèles se situe au niveau de la qualité d'enregistrement. La version X5R propose l’enregistrement en RAW de la vidéo sur un disque SSD, alors que la version X5 n'offre que la compression H.264. Les deux modèles proposeraient une dynamique de 12,8 diaphs.
J’ai été plutôt agréablement surpris de la qualité de l’image de l’Osmo en version X5, je vous recommande néanmoins de ne pas utiliser la camera en HD : l’aliasing est alors assez prononcé. Si on tourne en 4K par contre, et qu'on laisse faire la conversion vers la HD par son logiciel de montage (Première Pro CC et son moteur Mercury Engine fait ça de très belle façon), c’est parfait.

L’image obtenue est de bonne qualité. C’est assez défini ; on est au-dessus de la meilleure des GoPro, c’est parfaitement utilisable en télé voire au cinéma, le codec n’est pas trop destructeur, la dynamique est plutôt bonne, le profil "Log" est plutôt efficace et permet d’obtenir une image assez neutre, ce qui permet un meilleur travail en post-production.
La qualité en basse lumière n’est pas extraordinaire, mais elle n’est pas rédhibitoire ; jusqu’à 1 600 ISO, c’est plutôt bon et ça se dégrade à 3 200 ISO tout en restant exploitable. Il faut néanmoins veiller à bien régler son exposition. Les maniaques de l’image ultra-propre et ultra-lisse seront peut être déçus, mais pour moi, c’est totalement dans les normes et parfaitement exploitable.

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