Pour tester les différents aspects du Nikon D5, nous avons demandé au photographe sportif Yonathan Kellerman de pendre en main le nouveau reflex professionnel lors d'une journée de shooting. Un temps trop court pour rentrer en profondeur dans les arcanes du boîtier, les premiers ressentis d'un utilisateur de D4 sont toujours intéressants.

Yonathan Kellerman
Crédit pour les photos : Yonathan Kellerman.

Focus Numérique : Peux-tu te présenter et nous dire avec quel matériel tu travailles habituellement ?

Yonathan Kellerman : Je suis d'origine canadienne et je suis arrivé en France il y a 5 ans pour développer le côté sportif de mon activité de photographe. La France offre une bien plus grande variété de sport que le Canada. Je suis également réalisateur de films documentaires très accès sur le sport et l'identité. Je me suis équipé en Nikon avec un D4 et un D810. Je voulais du matériel aussi bien à l'aise en photo qu'en vidéo. J'étais déjà équipé d'un reflex pro pour la photographie sportive (rafale rapide) et je voulais que ce matériel puisse me servir pour mes documentaires avec ce rendu cinématographique avec lequel j'ai tout appris.

Focus Numérique : Ce sont tes premiers boîtiers ?

Yonathan Kellerman : j'avais un D700 qui était parfait pour la photographie sportive avec une bonne rafale, mais il n'avait pas de fonction vidéo. Le D810 avait la fonction vidéo désirée, mais n'était pas assez rapide en rafale pour le sport. Le D4 s'est alors imposé de lui-même, car j'étais déjà bien équipé au niveau des optiques. Toutefois, je savais que le D4 ne serait qu'un boîtier de transition, car sa définition n'est pas suffisante pour tous les travaux et notamment des tirages en grand format pour des expositions. Inversement, le D810 propose une définition trop importante pour la photographie sportive : les ordinateurs ne suivent pas et les fichiers sont beaucoup trop "lourds". Un capteur à 20 Mpx me semble être le meilleur compromis. Le D5 est donc le bienvenu !!

Focus Numérique : Tu as pu passer un peu de temps (pas assez je sais) avec le D5. Quels sont tes premiers sentiments ?

Yonathan Kellerman : J'avais une commande intéressante pour Décathlon pour photographier des employés à la fois pour des portraits posés et en action dans leur activité sportive. Il me fallait donc un boîtier polyvalent avec de la définition pour les portraits et une bonne réactivité pour la photo d'action. Le D5 était à mon sens un boîtier très adapté, car les photos seront au final tirées dans des formats de plus de 2 m. Je voulais voir la différence entre les 16 et 20 Mpx. Je me suis senti toute de suite très à l'aise avec ce nouveau boîtier. Il y a quelques changements ergonomiques qui obligent à modifier sa manière de travailler, mais le D5 est un savant mélange entre le D800 pour le trèfle à gauche et au D4 pour le reste. J'ai noté qu'on pouvait maintenant choisir la cadence rafale directement à l'aide d'une touche à l'arrière du boîtier, c'est plutôt intéressant. Il y a la touche ISO aussi qui est désormais à côté du déclencheur. Pourquoi pas; ça ne pas plus gêné que ça.

Marque : NIKON CORPORATION
Modèle : NIKON D5
Vitesse : 1/160 s, ouverture : f/5.0
Sensibilité : 200 ISO
Focale : 85 mm, décalage expo : 0 IL


Focus Numérique : Le D5 grimpe à 12 ips voir 14 ips sans suivi AF. Est-ce un vrai critère de choix pour toi ?

Yonathan Kellerman : Absolument ! Je photographie surtout de l'athlétisme et je m'oriente vers le sport de combat et je vois que les mouvements des sportifs sont très rapides. Un saut par exemple ne dure qu'une fraction de seconde c'est-à-dire 3 à 6 images pas plus. Le mouvement n'est finalement pas si bien décomposé. Avoir toujours plus d'images dans une rafale est donc important oui. Toutes les images sont différentes et plus le choix est grand mieux c'est. Je suis donc preneur des 12 ips et j'ai même essayé à 14 ips dans suivi autofocus, c'est tout à fait intéressant. Mais il y a mieux encore : la vidéo. J'ai réalisé de très courts films en UHD. J'ai donc des rafales à 30 ips en 8 Mpx, ce qui peut être suffisant parfois pour de la presse ou une publication sur Internet. Ce côté-là est très intéressant en tout cas, car on double la cadence ! Attention, l'image est compressée, nous n'avons pas la même qualité d'image qu'en 20 Mpx.

Focus Numérique : Côté autofocus, le module est tout nouveau avec pas moins de 153 collimateurs. Est-ce que ça change quelque chose pour toi ?

Yonathan Kellerman : S'il y a bien une fonctionnalité sur laquelle je ne m'attarde pas, c'est bien l'autofocus. Le nombre de collimateurs m'importe peu, car je veux avoir la maitrise sur la mise au point. Je suis donc, comme beaucoup de mes collègues, dans le mode le plus simple à savoir un seul collimateur. Le problème des suivis 3D par exemple, ce sont les mouvements des collimateurs en permanence. Au final, on ne sait jamais lequel sera activé lors du déclenchement. Quand je fais un filé par exemple, je veux mon collimateur sur le visage du sportif, pas ailleurs. Du coup, c'est un seul collimateur ou parfois avec les points d'assistance. Par contre, je veux un collimateur très sensible. Je n'ai pas noté de réelle différence à ce niveau par rapport au D4. Le D5 fonctionne vraiment et je n'ai pas eu de souci de ce côté-là.

Marque : NIKON CORPORATION
Modèle : NIKON D810
Vitesse : 1/160 s, ouverture : f/5.0
Sensibilité : 200 ISO
Focale : 85 mm, décalage expo : 0 IL


Focus Numérique : L'autre point important du D5, c'est la sensibilité ISO. Tu penses quoi du 3 millions d'ISO ?

Yonathan Kellerman : J'ai réalisé quelques tests à 10 000, 20 000, 51 000 et 3 millions d'ISO. Comme tu as pu le voir, cette dernière sensibilité ISO est inexploitable, en tout cas pour moi. Peut-être qu'il faut exposer différemment pour de telles sensibilités, mais sinon je ne comprends pas bien l'intérêt. Par contre, j'ai noté une réelle avancée au niveau de la gestion du bruit électronique. Par exemple, je trouve que les images à 20 000 ISO sont vraiment correctes et utilisables. J'ai même poussé au-delà et je trouve le bruit pas trop "moche". Pour de la presse ou du Web, je pourrais même utiliser des sensibilités supérieures.
Par rapport au D4 ou je m'arrête à 8 000 ISO, on gagne un bon diaph.

Focus Numérique : Mais finalement, c'est intéressant pour toi de grimper autant dans les tours ?

Yonathan Kellerman : Aujourd'hui, les grands stades sont bien éclairés et souvent on a de bonnes vitesses à 8 000 / 10 000 ISO. Mais en salle ou dans les petits stades, pouvoir photographier à 12 000 voire 20 000 ISO c'est toujours un confort important. Donc oui, c'est un grain appréciable.

Marque : NIKON CORPORATION
Modèle : NIKON D5
Vitesse : 1/8000 s, ouverture : f/9.0
Sensibilité : 65535 ISO
Focale : 36 mm, décalage expo : 0 IL

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Marque : NIKON CORPORATION
Modèle : NIKON D5
Vitesse : 1/2000 s, ouverture : f/5.6
Sensibilité : 20000 ISO
Focale : 36 mm, décalage expo : 0 IL

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Marque : NIKON CORPORATION
Modèle : NIKON D5
Vitesse : 1/8000 s, ouverture : f/22.0
Sensibilité : 65535 ISO
Focale : 36 mm, décalage expo : 0 IL

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Focus Numérique : Et l'autonomie ?

Yonathan Kellerman : Je n’ai rien à reprocher au D5. J'ai passé ma journée de shooting loin du chargeur ! J'ai pourtant fait beaucoup de rafales et de la vidéo. C'est au moins aussi performant que le D4 et de ce point de vue là, c'est vraiment très bon.

Focus Numérique : Tu parlais de vidéo. Que penses-tu du D5 dans ce domaine.

Yonathan Kellerman : J'ai des besoins assez simples en vidéo et le D5 répond très bien à mes demandes. Par exemple, je fais rarement des plans ou j'ai besoin d'autofocus. Je fais tous mes réglages à la main que ce soit pour l'exposition ou le point. C'est sans doute lié à ma formation cinéma. Il manque pourtant une fonction sur le D5 : le ralenti. Il faudrait vraiment que ce type de boîtier puisse filmer en 1080 à 120 images par seconde ou plus ! C'est pour moi une vraie lacune.

Focus Numérique : Et le format UHD ?

Yonathan Kellerman : Là aussi c'est très intéressant pour la réalisation de documentaires pour lesquels les budgets sont toujours très serrés. Je m'explique. En UHD, on peut filmer et zoomer dans l'image. On peut donc recadrer avec une seule prise. Une seule prise, c'est une seule caméra et un seul opérateur. Un vrai gain financier. J'utilise le format UDH uniquement pour ça, car pour l'instant ce n'est pas pertinent pour la diffusion. Aujourd'hui, il n'y a pratiquement aucune chaîne de télévision qui diffuse en UHD. Le format 1080 est déjà rare, la plupart des documentaires sont diffusés en 720. Mais en termes de post production, le format UHD offre une belle latitude de travail.


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