Après un D4S au succès mitigé, Nikon revient avec un D5 nettement plus engagé dans la course avec le Canon 1D X II. Le boîtier évolue petitement, mais de manière intéressante. Il ne faut pas trop bousculer les habitudes des photographes professionnels qui n'ont pas toujours le temps ou l'opportunité de se former aux nouvelles fonctionnalités.

Nikon D5, test review, vue de face sans objectif
Le nouveau porte-étendard de Nikon : le D5 !

Prise en main

Châssis

Le D5 est un vrai char d'assaut ! Sur cette gamme de produits professionnels, les boîtiers sont fabriqués pour durer avec un châssis en métal (alliage de magnésium) et une finition à l'épreuve des intempéries. Ainsi, vous trouverez des joints d'étanchéité sur la trappe des cartes mémoire, mais également au  niveau de la batterie. Au niveau de la baïonnette, il faudrait compter sur des optiques là aussi équipées de joints pour éviter les infiltrations de poussières ou d'eau. Toutes les commandes (boutons, molettes, joystick) sont également dotées de joints pour éviter les intrusions.

Sur l'avant du reflex, vous trouverez désormais 3 commandes le long de la baïonnette qu'il est possible de paramétrer avec pas moins de 26 fonctions. Ainsi, vous pouvez activer le tester de profondeur de champ, la motorisation silencieuse du diaphragme (une pour le +, une autre pour le -) intéressante pour la vidéo, le mode RAW, le passage rapide à 14 ips (sans mouvement du miroir), le quadrillage dans le viseur, changement de modes / zones AF...

Reflex Nikon D5, test review, motorisation boîtier
Une nouvelle commande apparaît sur le D5 à l'avant du boîtier : Pv, Fn1 et Fn2.

Dessus du boîtier

Toujours pas de flash sur les modèles professionnels. C'est un signe distinctif. C'est toujours étonnant quand on sait que l'argument avancé par les marques est la fragilité. Difficile à recevoir, renforcer cette partie d'un reflex n'est sans doute pas très compliqué.

Les habitués au D3/D3S/D4/D4S noteront immédiatement les changements opérés par le constructeur. La tour de contrôle, sur l'épaule gauche, reçoit désormais la commande pour le choix du mode d'exposition en plus de bracketing et du mode de mesure de la lumière. La touche Mode, auparavant placée sur l'épaule droite, est désormais remplacée par la touche ISO. Il faudra donc dorénavant opérer le changement PASM avec les deux mains. On entend déjà certains râler...

En dessous du trèfle de sélection, une couronne verrouillée, permet de choisir la motorisation. Sur l'épaule droite, trône toujours l'écran LCD de rappel, le déclencheur, la bague de mise sous tension et 3 commandes : enregistrement vidéo, correcteur d'exposition et ISO donc. Un choix qui pourra étonner, la sensibilité ISO du D5 n'étant pas un point faible du boîtier, il tout à fait envisageable de laisser cette fonctionnalité sur automatique. Nous regrettons juste le manque d'options dans le réglage ISO justement (définition d'une plage ISO avec les bornes minimales / maximales).

Reflex nikon D5 test review, vue de dessus

La bague de mise sous pension permet également d'enclencher l'éclairage des écrans LCD (épaule et dos), mais également de rétroéclairer certaines touches (enfin !! Comme le proposait l'Olympus E620 en 2009...). Une excellente idée, mais pas assez aboutie à notre goût de nombreuses commandes ne disposant pas encore d'une petite lumière.

Reflex Nikon D5 commandes rétroéclairées test review

Dos

Le dos du D5 reçoit également quelques aménagements. Une commande Fn3 fait son apparition dans la rangée à gauche de l'écran et l'ancienne touche info est renvoyée sous le petit écran LCD de rappel à la place du bouton d'annotation vocale (il faudra désormais appuyer sur la touche i et lancer l'enregistrement audio).

Reflex Nikon D5 test review, vue de dos

Pour le reste, peu de changements. Sous l'écran LCD, l'accès aux ISO est remplacé par une commande pour définir la cadence (haute) du mode rafale. Vous retrouverez également les très pratiques joysticks pour déplacer les collimateurs AF ou naviguer dans les options.

De nombreuses commandes sont personnalisables et notamment les boutons Fn1/2/3, AF-On, bracketing, enregistrement vidéo ainsi que le joystick. Ainsi, vous pouvez attribuer à ces derniers la possibilité de passer d'un jeu de configuration du boîtier (4 disponibles A/B/C/D) à un autre très rapidement.

Nikon D5 menus de personnalisation
Exemple de personnalisation des commandes du D5.

Enfin, une touche i fait son apparition et permet d'accéder rapidement à certains réglages. Dommage que ce menu ne soit pas personnalisable. Dans une prochaine mise à jour ?

Reflex Nuikon D5, test review, vue de côté

Visée

Viseur optique

Nikon fait évoluer son viseur avec un grossissement plus important par rapport au D4S. Avec un grossissement de 0,72x, le D5 est un peu plus confortable que le 0,7x du précédent modèle. Étonnamment, on reste en retrait par rapport au 1D X Mark II : 0,76x. La différence est notable sans être rédhibitoire.

Pour le reste, il s'agit toujours d'un prisme en toit dont la précision de cadrage est de 100% par rapport au champ couvert.

Reflex Nikon D5, test review, viseur optique

Comme les précédents modèles, une dalle LCD permet d'afficher de nombreuses informations en surimpression de la visée optique comme une grille d'aide à la composition, les collimateurs AF sélectionnés, niveau électronique...

Visée sur écran

Ici, le changement est nettement plus important et visible. L'ancienne dalle 921 000 points est remplacée par un écran capable d'afficher 2 359 000 points soit une définition XGA (1 024 x 768 px) dans un ratio 4/3 (un bandeau noir permet d'afficher des informations sans grignoter sur la visée). La visée est précise et la visualisation très agréable.

Cerise sur le gâteau, l'écran LCD est également tactile ! Alléluia ! C'est une première sur un reflex pro de la marque. Il ne reste plus qu'à implémenter une rotule et tout sera parfait. L'écran tactile n'est pas parfait et ne fonctionne qu'en mode visée sur écran ou en vidéo. Impossible par exemple de déplacer des collimateurs AF en visée optique en déplaçant le pouce. Il n'est pas possible de naviguer dans les menus ou, comme le propose Canon sur certains de ses reflex, de paramétrer rapidement le reflex à partir du menu rapide (menu info chez Nikon). Il est toutefois possible de saisir des données (informations de Copyright, accès réseau) avec un clavier tactile. Quel bonheur. Il y a encore des progrès à faire, mais c'est très encourageant.

En mode lecture, l'écran tactile apporte également un vrai confort d'utilisation pour zoomer et se déplacer dans les images.

Mise au point, rafale et suivi de sujet

Autofocus visée optique

C'est l'une des pièces maîtresses du D5 : le module AF Multi-Cam 20K. Il propose 153 collimateurs dont 99 en croix et 15 sensibles jusqu'à f/8. Attention, sur les 153 points, seuls 55 sont sélectionnables. En fait, c'est plutôt une bonne nouvelle. En effet, traverser la zone AF aurait été sans doute trop fastidieux et trop long avec 153 "vrais" collimateurs. Les collimateurs en "extra" viennent épauler, par maillage plus dense, le module pour le suivi d'un sujet sur toute la surface couverte.

Module AF Multi-Cam 20K Nikon D5
Seuls les carrés sont sélectionnables, les points sont les collimateurs d'assistance.
 

C'est surtout la plage de sensibilité qui est impressionnante. En effet, le module AF fonctionne de -4 IL à 20 IL. Attention là encore : seul le collimateur AF central est sensible à -4IL. Les autres points dispose d'une plage de fonctionnement de -3 à +20IL ce qui est déjà remarquable.

Le Nikon D5 propose les 2 modes autofocus classiques : Simple, Continu. Dans ce dernier mode, vous disposez de nombreux réglages pour faire varier le nombre de collimateurs utilisés, la zone autofocus ou le regroupement de collimateurs pour faciliter le suivi manuel.

Le mode Lock-On (verrouillage d'un sujet) dispose désormais d'options pour spécifier la réactivité de changement et le comportement du sujet (aléatoire ou stable).

Nikon D5 réglage autofocus lock-on

Le D5 ne propose pas de petite lampe d'assistance AF.

Sur le terrain, l'autofocus s'est montré très réactif et précis. En basse lumière, le collimateur central plus sensible apporte un vrai confort.

Nous avons également mis le mode suivi AF à l'épreuve en réalisant quelques séries d'images en mode rafale rapide (environ 12 i/s) en activant la priorité à la mise au point.

Pour notre test, nous avons positionné le reflex au 1/10000 s, f/4, ISO auto, rafale rapide et suivi de sujet avec priorité à la mise au point. De son côté, Dorian avance sur sa trottinette assez rapidement. Les résultats sont bons et si quelques images manquent un peu de piqué, le suivi de sujet fait parfaitement son travail. Sur la rafale qui compte environ 30 images, aucune ne montre une perte du sujet pendant toute la séquence.

Reflex Nikon D5, test review, rafale de suivi d'un sujet en mouvement
Malgré un petit problème de front focus qui sera résolu avec le micro ajustement automatique du D5, le reflex assure un excellent suivi du sujet.

Autofocus en visée sur écran

Malheureusement Nikon se cantonne toujours à un système autofocus par détection de contraste en visée écran. Si les progrès sont notables à chaque nouvelle génération de boîtier, ce système de mise au point reste assez lent. Très pratique en studio pour du pack shot, il s'avère très difficile à exploiter sur un sujet mouvant (cf. mode vidéo). La recherche s'avère encore trop hésitante avec des effets de "pompage" parfois très présent. Toutefois, la reconnaissance des visages ou la possibilité de verrouiller un sujet permettent au D5 d'être pertinent dans certaines circonstances.

Un point important est la possibilité de réaliser un ajustement précis de l'autofocus (visée optique) à l'aide de la mise au point sur écran. En effet, dans ce mode, le point est réalisé sur le capteur principal et il n'y a donc pas de problème de front / back focus. Un mode automatique permet au D5 de mesure l'écart entre la mise au point optique et électronique afin de compenser les éventuels écarts. Voilà qui est bien vu et permettra de gagner un temps précieux pour étalonner les optiques.

Mise au point manuelle

En visée optique, le D5 dispose d'un télémètre qui affiche un point lorsque le point est bon. Il indique également dans quel sens faire la mise au point. De quoi faciliter l'utilisation d'optiques manuelles. En visée sur écran, vous pouvez agrandir la visée à l'aide d'une loupe afin de faciliter la mise au point. Toutefois, vous perdez totalement le contexte de la scène. Vous ne pouvez pas afficher de focus peaking (surlignage des zones nettes à l'aide de pixels colorés).

Autonomie, mémoire

Alimentation

Nikon frappe fort par rapport à son concurrent. Les chiffres CIPA annoncent pas moins de 3 780 (!!) déclenchements. Un chiffre très étonnant que nous n'avons pas réussi à reproduire. Avec une charge de batterie, nous avons toutefois facilement atteint plus de 2 000 vues avec quelques minutes de vidéo ce qui reste très très bon. Pour info, le Canon 1D X Mark II annonce 1 200 vues et le D4S était annoncé à 3 000 vues.

Reflex Nikon D5, test review, batterie

Derrière la solide trappe à double ouverture (il faut relever un levier et le tourner), vous trouverez une nouvelle batterie Li-Ion EN-EL18a de 10,8 V pour 2 5000 mAh, soit 27 Wh. Il s'agit de la même batterie que celle du D4S.

Cartes mémoire

Après voir laisser le choix aux photographes entre le format CF et XQD sur la précédente génération, Nikon tranche radicalement avec le D5 : ce sera XQD. Au niveau de l'Europe, seule la version avec les nouvelles cartes est disponible (la version CF sera vraiment confidentielle). Il sera toujours possible de faire un changement contre deux emplacements CF, mais cela imposera un retour SAV avec au final une addition salée.

Le futur s'écrira donc sur des cartes XQD. Si cela oblige a racheter un stock de cartes mémoire (qui sont actuellement un peu chères), vous n'aurez plus à jongler entre différents lecteurs de cartes pour votre flux de production. Les cartes XQD s'avèrent dans tous les cas plus rapides en lecture et en écriture que les cartes CD. Pour la vidéo UHD, ce format s'avère bien plus adapté. En outre, l'absence de picos de connexion rend l'utilisation de ces cartes bien plus fiable.

Le plus regrettable dans l'histoire, c'est que les deux géants de la photo reflex ne se soient pas entendus sur un format unique, Canon ayant opté pour le format CFast. Aujourd'hui, ce format semble avoir la préférence du marché photo/vidéo des acteurs du secteur ayant déjà franchi le pas (PhaseOne, Hasselblad...) alors que Nikon est encore seul à utiliser le format XQD.

Reflex Nikon D5, test review, logement cartes mémoire

Connectique

Le D5 de Nikon dispose d'une connectique impressionnante avec :

sur le flanc gauche
- une prise USB 3
- connecteur pour périphérique externe (module Wi-Fi WT-5 / WT-6)
- une sortie casque mini-jack 3,5 mm
- une entrée micro stéréo mini-jack 3,5 mm
- une prise Ethernet
- une sortie HDMI

À l'avant
- une prise synchro flash
- une prise pour télécommande filaire (10 broches)

Reflex Nuikon D5, test review, vue de côté, connectique

Aussi impressionnante soit-elle, cette connectique n'est pas complète. En effet, Nikon n'a pas réussi à placer une puce Wi-Fi (il faut utiliser un adaptateur certes sans doute plus puissant), une puce NFC pour appairer rapidement un smartphone ou une tablette, ni de puce GPS pour géolocaliser les images. Les connectiques modernes brillent par leur absence.

Bruit au déclenchement

Le D5 n'est pas un reflex particulièrement discret. Il propose toutefois deux modes intéressants pour réduire l'impact sonore.

Le mode Quiet (Q) permet de rabaisser le miroir qu'au moment ou le doigt n'enfonce plus le déclencheur. Ainsi, vous pouvez déclencher (avec bruit) puis camoufler le reflex au moment de faire redescendre le miroir.

Une autre option, totalement silencieuse elle, est envisageable. En visée sur écran, vous pouvez utiliser un obturateur électronique qui permet de capturer des images dans le plus grand silence. Ce mode est toutefois assez lent et ne permet pas de déclencher rapidement une salve de photographie.

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