Depuis maintenant 10 ans et l'apparition du DNG, un débat revient régulièrement concernant la nécessité et l'utilité d'adopter ce format pour les photographes. Pour ou contre : difficile d'y voir clair. Tentons de dresser le bilan et de faire la lumière sur cette question que vous vous posez probablement.

Faut-il adopter le format DNG ?

Quand vous avez commencé la photographie numérique, vous vous êtes rapidement confronté à la fameuse question : JPEG ou RAW ? Maintenant que vous avez adopté le RAW, vous voilà confronté à une nouvelle problématique plus tranchée : RAW ou DNG ?

Précisions sur les formats RAW

Le RAW, comme son nom l'indique, est un format brut présentant l'avantage d'être non destructif. Mais le RAW en tant que tel est un type de fichier, non pas un format standardisé. En clair, chaque constructeur d'appareil photo possède son propre format avec un encodage différent et même, pour certains, plusieurs formats différents. Par exemple, chez Nikon, vous pouvez avoir des fichiers bruts au format .NEF ou .NRW : chez Canon, des fichiers en .CR2 ou .CRW, alors que chez Sony, vous avez du .ARW (pour ne citer qu'eux).

Pour aller encore plus loin, chaque boîtier possède sa propre architecture au sein du même format. Par exemple, chez Nikon, un même fichier NEF ne sera pas écrit de la même manière selon qu'il est issu d'un D3200, d'un D600 ou d'un D750. Seul le constructeur sait lire ce fichier nativement, et c'est lui qui donne aux éditeurs de logiciels les moyens de l'interpréter. C'est ce qu'on appelle un format propriétaire.

La différence du format DNG

Le format DNG est lui aussi un fichier RAW, mais avec pour principale différence d'être libre de droits.
Le .DNG — pour Digital Negativ — a été créé en 2004 par la firme Adobe, dans le but de proposer un type de fichier standardisé pour garantir un accès durable aux photographies archivées. Pour ce faire, ses spécifications sont publiques, donc à disposition des autres éditeurs de logiciels et constructeurs d'appareils photo.

Dans les faits, de nombreux programmes récents supportent ce format : ceux développés par Adobe évidemment, Photoshop et Lightroom en tête, mais aussi Gimp (via des greffons, le plus souvent UFRaw), Capture One, DxO Optics Pro ou le défunt Aperture. Mais des fabricants d'appareils photo comme Leica, Pentax, Ricoh, Hasselbald ou Samsung ont eux aussi abandonné leurs formats propriétaires afin d'adopter l'universalité du DNG sur leurs boîtiers.

Faut-il adopter le format DNG ?
Menu de conversion au format DNG lors de l'importation sur Lightroom.

Les avantages du DNG

Si sur le principe, le concept du format DNG semble séduisant, ces arguments devraient pour le moment rester trop faibles pour vous convaincre de convertir un catalogue de 40 000 photos au format libre.

Voyons en détail quels sont les vrais arguments pratiques du DNG.
  • Un archivage rétro-compatible : comme vu précédemment, le format RAW propriétaire ne peut être interprété qu'à l'aide du constructeur. Aujourd'hui cela ne pose aucun problème, mais vu la vitesse de l'évolution technologique, nous n'avons pas encore assez de recul pour certifier ce qu'il en sera dans 10, 20 ou même 50 ans. Pourrez-vous toujours ouvrir un fichier RAW pris en 2010 ? Même si cela semble impensable aujourd'hui, que se passerait-il si un constructeur majeur disparaissait, et avec lui le support du fichier ?

    Dans une autre mesure, moins alarmiste, étant donné que chaque boîtier génère une architecture différente, il n'y a pas actuellement 15 à 20 types de fichiers RAW, mais plusieurs centaines. Qu'en sera-t-il dans 20 ans à ce rythme ? Soit les éditeurs devront supporter des milliers de formats au risque d'alourdir le logiciel, soit ne plus supporter les architectures les plus anciennes au détriment de vos anciens RAW. Face à cette problématique, le choix le plus judicieux serait encore d'adopter un format universel tel que le DNG.
  • Compatibilité entre logiciel obsolète et matériel récent : ce n'est pas un problème auquel on est confronté quotidiennement, mais il permet de mettre en lumière un autre avantage du format DNG. Du fait du changement d'architecture au sein d'un même type de fichier selon les boîtiers, si vous changez de matériel mais continuez à utiliser un logiciel qui n'est plus mis à jour, vous pourriez être incapable de lire les RAW issus de votre nouvel appareil. Grâce à l'universalité du format DNG, vous pourriez contourner cette limite.

    Prenons un exemple concret. Vous venez d'acheter le Nikon D750, or vous utilisez Lightroom en version 4.2, donc plus mis à jour depuis longtemps. Au moment d'importer vos RAW, le logiciel se montre incapable de les interpréter alors que d'habitude, il lit tous vos fichiers en .NEF. Deux solutions se présentent alors : saisir cette occasion pour enfin acheter la mise à jour de Lightroom, ou convertir les fichiers issus du D750 au format DNG afin de les rendre compatibles avec la version obsolète du logiciel.
    Dans ce cas vous pouvez utiliser la fonction "Importer au format DNG" présente dans Lightroom depuis la version 4. Si votre logiciel ne propose pas cette fonction nativement, Adobe met à disposition gratuitement le logiciel DNG Converter.

Faut-il adopter le format DNG ?
DNG Converter est un logiciel gratuit et simple d'utilisation pour convertir vos RAW en DNG.
  • Le XMP encapsulé : si vous êtes habitués au format RAW, vous avez alors déjà croisé sur votre chemin ces fameux fichiers .XMP à côté de vos RAW d'origine. Ces fichiers contiennent toutes les informations liées à la retouche de votre image. Si par mégarde vous le déplaciez ou le supprimiez, c'est tout votre développement qui serait perdu.

    Un des avantages du format DNG est que désormais, le XMP est enregistré dans le fichier lui-même, non plus dans un fichier annexe. En plus d'éviter de créer un fichier supplémentaire, il est donc impossible qu'il disparaisse ou se corrompe lors d'un transfert. Toutes les modifications sont enregistrées dans un même fichier avec pour conséquence un chargement légèrement plus rapide, mais surtout optimisé pour les processeurs multicœurs.
  • Des fichiers plus légers : l'autre argument majeur de ce format est son poids qui, de manière générale, est 10 à 20 % plus léger que le fichier propriétaire. La conséquence réelle ne se mesure pas sur un fichier ou sur une série, mais imaginez-la sur votre disque dur de sauvegarde de 2 To. Le format DNG peut vous faire gagner 200 à 400 Go de stockage pour le même nombre de photos.

    Comment expliquer cette perte de poids ? Malheureusement, cela reste de l'ordre du mystère. Les aficionados diront qu'Adobe arrive à mieux compresser les fichiers, les détracteurs, que c'est la conséquence de la suppression de certaines informations de la part d'Adobe.

Faut-il adopter le format DNG ?
Un des avantages du DNG reste son poids plus léger ; ici, un fichier NEF de 29,4 Mo devient un DNG de 25,9 Mo sans perte de données essentielles.

Les limites du format DNG

  • Des informations manquantes : si le DNG semble en tout point similaire à un RAW propriétaire, lors de la conversion de ce dernier au format libre, certaines informations ne sont pas enregistrées. Certaines données contenues dans le fichier propriétaire sont confidentielles ; Adobe ne sachant pas les interpréter, il les supprimerait tout simplement lors de la conversion. Ainsi, sur certains logiciels, des fonctionnalités ne seront plus disponibles, comme la correction du profil d'objectif, l'affichage des données GPS ou encore l'affichage du point d'autofocus.

    Pour autant, toutes les fonctionnalités de développement sont toujours valables, quel que soit le logiciel utilisé. Il faut tout de même préciser qu'en la matière, Lightroom reste celui qui s'en tire le mieux avec le DNG en termes de compatibilité des informations converties.
  • Le manque de compatibilité avec certains logiciels : même si ce point tend à s'atténuer avec le temps, de nombreux photographes ont longtemps été réticents à l'idée d'adopter le format DNG à cause de sa moindre compatibilité entre logiciels. Par exemple, jusqu'à sa version 9, le logiciel de développement Capture One savait écrire en DNG, mais pas le lire. De même, ceux qui utilisent les logiciels propriétaires tels que Capture NX-2 ou NX-D de Nikon ou Digital Photo Profesionnal de Canon ne peuvent travailler au format DNG.

    Quand bien même ces utilisateurs seraient intéressés par le format DNG pour ses différents avantages, c'est tout leur workflow qui serait à changer. Dans ce cas, autant attendre la prise en charge du format que d'apprendre de nouvelles habitudes de travail, ou perdre tout simplement tous les anciens développements.
  • Une conversion fastidieuse à opérer : même sans avoir à changer de workflow pour adopter le DNG, convertir tous ses anciens fichiers au format libre peut être très fastidieux, voire décourageant. Bien qu'adopter du jour au lendemain le réflexe de conversion de tous vos nouveaux fichiers en DNG ne soit pas compliqué, l'idée de convertir toutes vos archives va nécessiter énormément de temps et d'organisation.

    Par mesure de sécurité, il est conseillé de procéder à la conversion dossier par dossier, tout en vérifiant que vos DNG fonctionnent bien avant d'éventuellement supprimer le RAW propriétaire. Inutile de préciser que vous n'aurez pas assez d'un week-end pluvieux pour boucler cette tâche.
  • Un manque de reconnaissance universel : dans l'idée, le format développé par Adobe se veut universel et entend représenter le standard du futur. Mais avant de s'imposer comme le JPEG ou le PDF en leur temps, manque encore à Adobe la reconnaissance d'un organisme international indépendant. Si un jour le DNG est reconnu comme tel, alors de nombreuses portes qui lui résistent encore devraient s'ouvrir plus facilement.
  • Un gain de place pas systématique : le gain de place n'est effectif que si l'on convertit le fichier propriétaire en DNG et supprime la source. Or le format n'est pas reconnu officiellement : bien qu'Adobe le vende comme le standard du futur, pour le moment rien n'est fait. Si l'on ajoute à cela le fait que la conversion supprime certaines informations qui pourraient vous être utiles (ou non), le mieux reste encore actuellement de conserver le fichier propriétaire à côté du DNG, ou de l'encapsuler dedans si vous avez un doute. Mais alors vous doublez le poids de votre fichier et perdez une bonne partie des avantages qu'offre ce format.

Faut-il adopter le format DNG ?
La conversion de tous vos anciens RAW sur Lightroom se fait en quelques clics, mais peut vite devenir fastidieuse si vous la faite dossier par dossier, ce qui reste pourtant recommandé.

Pour conclure

Alors finalement, doit-on adopter le format DNG ? Oui et non. C'est une question de choix personnel, presque comme se demander si l'on est Canon ou Nikon. En effet, le DNG semble être un fichier stable et performant, bien parti pour remplir son contrat, à savoir offrir un format de fichier standard pour le développement comme l'archivage de vos photos. Mais encore une fois, il n'y a aucune certitude pour le moment : seule la reconnaissance d'organismes indépendants et internationaux pourra achever le travail de lobbying. Nul doute cependant, cela ne devrait tarder quand on voit que de plus en plus de constructeurs et d'éditeurs supportent ce format.

Si vous avez entièrement confiance en Adobe pour réitérer "le coup du PDF", vous pouvez foncer les yeux fermés et convertir tous vos fichiers. Si vous avez encore des doutes, vous pouvez toujours garder en copie de sauvegarde votre RAW propriétaire et travailler en DNG sur votre disque dur courant. À titre personnel, je convertis toutes mes photos personnelles en DNG, mais continue à travailler en RAW propriétaire pour toute la partie professionnelle, histoire de couper la poire en deux.

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