Après la rencontre avec le nouveau président de Nikon France, Benoît de Dieuleveult, nous rencontrons aujourd'hui les deux nouveaux personnages incontournables de Canon France CIG (pour Canon Imaging Group) que sont Emmanuel Stock, le nouveau directeur et Claire-Anne Devillard, la nouvelle directrice marketing. Nous leur avons posé beaucoup de questions sur la stratégie à venir de Canon et le marché de la photo.



Focus Numérique : Le marché de la photo vit encore une année difficile. Comment pouvez-vous analyser cette situation et comment Canon y réagit ? Selon vous, comment le marché de la photo va évoluer dans les années à venir ?

Emmanuel Stock : C'est vrai que le marché, notamment en volume, vit une année difficile. Néanmoins, il y a plusieurs signes encourageants. Le premier est avant tout le nombre d'images et de vidéos produites et publiées chaque jour qui en très forte croissance. C'est ça notre vrai marché ! À nous de trouver les bonnes solutions pour donner l'envie aux consommateurs de prendre toutes ces images avec des produits Canon. Lorsque l'on prend un peu de recul et que l'on observe le marché au niveau européen, on voit des signes très encourageants comme par exemple avec l'Italie qui, sur les boîtiers à objectifs interchangeables, montre de belles progressions à deux chiffres.

Il est vrai qu'en observant le marché global en volume, il régresse mais il régresse nettement moins en valeur. On observe une augmentation du prix moyen. Nous ne sommes plus dans cet effet de masse de la photo numérique que nous avons connu il y a quelques années pendant lesquelles le marché a atteint presque 5 millions d'appareils. Nous sommes revenus à une situation similaire a il y a une dizaine d'années, du temps encore de l'argentique.




Marché de la photo : Canon reste premier malgré un très net recul

Nous sommes sur un marché de passionnés et dans de nombreux secteurs, les marchés qui tournent autour de la passion sont des marchés pérennes, qualitatifs et en développement. On voit en fonction des technologies qu'il y a des cycles avec de gros booms, des périodes plus calmes mais que quant la passion est là, il y aura toujours des consommateurs et toujours des fabricants  pour fournir les bonnes solutions pour assouvir ces passions.

Nous sommes sur un marché de passionnés et dans de nombreux secteurs, les marchés qui tournent autour de la passion sont des marchés pérennes, qualitatifs et en développement.

Canon a anticipé cette baisse du marché. C'est presque l'une des seule marque qui fabrique 100 % ses appareils et pratiquement l'ensemble de ses composants majeurs. Les fluctuations du marché ont donc un impact très important sur notre production. On a orienté nos sorties de produits sur la valeur avec par exemple les deux EOS 5Ds ou nos nouveaux compacts experts (G5X ou G9X). On va continuer dans cette direction.


On a aussi modifié notre activité marketing. On cherche une communication très ciblée via le digital. L'ensemble du dispositif que nous avons mis en place sur la fin d'année devrait toucher environ 100 millions de contacts au niveau européen. On regarde aussi avec une très grande attention ce qui se passe dans d'autres pays pour les implanter en France.

Canon n'a pas que des solutions en photo mais bien sur l'ensemble de la chaîne de l'image : de la capture jusqu'à l'impression. Nous sommes également présents sur le numérique avec irista mais aussi Lifecake (que nous avons acheté cette année) et nous avons lancé aussi la Canon Academy en juillet. La vision de Canon est de donner un écosystème complet aux passionnés de l'image.




Focus Numérique : Sur Q3 les ventes (en volume au niveau mondial) des Canon ont reculé de 20 % avec 29 % pour le secteur des compacts mais surtout 17 % sur celui des appareils à objectifs interchangeables (reflex et COI) et ce malgré une année riche en nouveautés reflex (750D, 760D, 5Ds, 5DsR). Plus les années passent et plus on a le sentiment que Canon passe totalement à côté du secteur pourtant très prometteur des COI. Même si Canon se décide enfin dans un futur plus ou moins proche à se lancer sur le marché des COI avec des produits experts et / ou professionnels, n’avez-vous pas peur qu’il soit trop tard ? D’une manière plus générale, comment expliquer que les deux “géants” de la photo ne soient pas pionniers sur ce secteur ?

Emmanuel Stock : Canon n'a jamais négligé le segment des compacts à objectifs interchangeables et a toujours observé avec la plus grande attention ce secteur. Il n'a pas de barrière technologique à l'entrée dans ce secteur. Pour l'instant c'est une décision assumée de la part de Canon.

Canon est en général très prudent et n'est jamais le premier fabriquant à rentrer sur un marché. Nous attendons en général qu'un marché soit mature avant d'y entrer. Canon fabrique 100 % de ses appareils et une grosse partie de ses composants. Malgré le fait qu'il est indéniable que ce marché soit prometteur, force est de constater que sa croissance n'est pas aussi forte que les prévisions. C'est encore un marché en devenir qui tourne autour des 100 000 appareils / an en France. Pour un industriel, se lancer sur tel marché avec un aussi grand nombre d'intervenants déjà présents n'est pas encore assez profitable.

Aujourd'hui, Canon propose déjà deux appareils et n'est donc pas totalement absent de ce marché. Il est évident aussi que ce n'est pas ces deux appareils qui nous permettrons de devenir leader sur ce marché. C'est cependant un signe fort de notre part qui montre que l'on est présent. Sans pouvoir en dire plus, il y aura des sorties de produits beaucoup plus significatives l'année prochaine qui vont montrer tout l'intérêt que l'on porte à ce secteur. Cela a été annoncé au niveau mondial, nous voulons devenir leader sur ce segment.


Nous voulons devenir leader sur le segment des compacts à objectifs interchangeables.


Hybride ou reflex, le consommateur ne fait pas vraiment la différence. Il cherche un boîtier a objectifs interchangeables. En fonction de son usage il s'orientera vers l'un ou l'autre. Notre rôle est de lui proposer le meilleur.



Nous ne pensons pas qu'il soit trop tard pour investir ce segment. Nous pensons que c'est l'innovation qui fait la différence. Par le passé, on a pu souvent repprocher à Canon et parfois à juste titre son extrême frilosité ou son attentisme. Par contre, à chaque fois que nous sommes rentrés sur un nouveau marché, nous avons toujours proposé une solution qui faisait la différence. Nous sommes persuadés que soit l'année prochaine, soit dans les années à venir, nous arriverons avec une solution qui fera la différence sur le marché.


Focus Numérique : Cela fait maintenant plusieurs mois que les 5Ds et 5Ds R sont sur le marché. Quels sont les premiers retours des utilisateurs ? Est-ce qu’il y a un usage particulier qui se dégage ? Qu’est ce qui les séduit dans la très haute définition ? La possibilité de pouvoir faire des tirages très grands formats, la possibilité de pouvoir recadrer ? Autre chose ?

Claire-Anne Devillard : Les premiers commentaires que nous avons récoltés sont très positifs. Ce qui revient généralement c'est la simplicité et la polyvalence de l'appareil. On se rapproche de fichiers de moyens formats tout en gardant l'utilisation simple d'un reflex. La cible des utilisateurs est plus large que ce que l'on pourait penser avec un etlle définition. On intéresse autant les photographes animamiers, de sport ou même les paparazis qui ont besoin de recadrages que des photographes qui vont avoir besoin d'un détail extrême dans les images comme la mode ou la photographie de studio.

Award Focus lecteur, meilleur APN reflex 24x36mm 2015
Canon EOS 5DSR


Awards Focus Lecteurs 2015
Awards Focus 2015
Guide d'achat : les meilleurs appareils reflex

C'est vraiment au moment de l'impression finale que nous pouvons découvrir le potentiel de détails et la qualité des photos qu'offrent ces appareils. C'est en partie pour cela que nous lançons également notre nouvelle imprimante A2 (imagePROGRAF PRO-1000).



Focus Numérique : Lors de la Canon Expo, nous avons pu observer des démonstrations assez avancées de capteurs extrêmement définis (120 ou 250 millions de pixels). On a l’impression que Canon est déjà prêt pour implémenter ces capteurs dans des reflex. Selon vous il va falloir attendre longtemps avant de les voir arriver ?

Claire-Anne Devillard : Impossible de savoir quant ! La possibilité d'avoir un boîtier de prêt est une chose, le fait que l'environnement qui avec le soit également en est une autre. Sur ce dernier point, nous ne sommes pas convaincus que ce soit le cas. 


Canon Expo 2015 : démonstration de force !

Emmanuel Stock : Il y a un certain nombre de choses que l'on va d'abord tester sur la vidéo surveillance. Il y a plus de chance de voir en premier le capteur de 250 millions de pixels dans une caméra de surveillance que dans un boîtier photo.


Focus Numérique : Hormis la définition et les connexions modernes, il semble difficile d’innover dans le domaine des reflex (on le voit avec le 5Ds qui n’apporte finalement pas grand-chose). Peut-on encore espérer des améliorations ?

Claire-Anne Devillard : Je pense qu'il ne faut pas minimiser les avancées. La gestion d'un capteur de 50 millions de pixels sur un boîtier qui est souple et simple d'utilisation est déjà une prouesse. On va pouvoir faire des choses avec cet appareil que l'on ne pouvait pas faire avant. Pour ce qui est des évolutions futures, généralement on ne les connait pas avant qu'elles arrivent. Ce que l'on a pu montrer avec Canon Expo c'est que l'image au sens large du terme a énormément de potentiel dans de très nombreux domaines. On va pouvoir utiliser l'outil reflex pour faire des choses que le grand public n'a peut être pas pensé. Les reproductions d'oeuvres d'art sont un bon exemple.



Emmanuel Stock : C'est un des points positifs que je vois dans ce marché qui est difficile. Cela oblige les marques à innover et innover plus vite. Il est vrai que, par exemple, les différences entre un Canon EOS 700D et un EOS 760D ne sont pas suffisantes pour que la plupart des utilisateurs réinvestisse. Cela explique en partie la baisse de ce marché. Canon dépense quoi qu'il arrive entre 7 et 8 % de son chiffre d'affaire en recherche et développement. Canon Expo est une bonne image de ce que l'on est capables de faire. Il y a beaucoup d'interactions possibles. Qu'on les retrouves directement sur le boîtier ou indirectement sur de nouveaux usages. Dans les années à venir nous allons voir apparaître de nouvelles choses.

Focus Numérique : Beaucoup de constructeurs jouent la carte “rétro” sur certains de leurs appareils mais pas Canon. Est-ce un choix délibéré ou est ce que l’on peut s’attendre à voir naître ce genre de
produits dans le futur ?



Claire-Anne Devillard : C'est un vrai choix ! Canon est une entreprise technologique très tournée vers le futur. Nous n'avons pas l'habitude de regarder dans le rétroviseur avec nostalgie. Nous ne nous interdisons pas de petits clins d'oeil de temps en temps (look un peu rétro des derniers compacts experts). En revanche, nous sommes ravis de fêter des anniversaires importants pour nous car nous avons un historique très fort. Par exemple, nous venons juste de fêter les 10 ans de la série 5D.

Focus Numérique : Sigma et maintenant Tamron se lancent avec un certain succès sur le marché des focales fixes haut de gamme très lumineuses qui sont pour certaines, d’après nos tests, d’un niveau comparable ou supérieur à l’offre Canon. L’écart de prix entre les produits Canon et leur offre est très importante. Comment expliquer cette différence ?




Duel - Canon EF 35 mm f/1,4 L USM II vs Sigma Art 35 mm f/1,4
Duel - 24 mm f/1,4 : Canon L vs Sigma A

Claire-Anne Devillard : Nous n'avons pas de commentaire a faire sur les prix des produits de nos concurrents. L'optique, c'est l'ADN de Canon. Il y a une importance extrême qui est attaché aux optiques dans l'entreprise. Depuis quelques années, nous sortons de nouvelles versions de certaines optiques comme par exemple le 24-70 mm f/2.8, le 200-400 mm ou le 35 mm f/1.4. Ces nouveaux objectifs sont conçues pour les définitions des 5Ds mais ils sont également prêts pour de potentiels futur boîtiers encore plus définis. On estime qu'elles valent vraiment le prix auquel on les vend.

Focus Numérique : Vous venez de lancer timidement la Canon Academy. Quels sont les premiers retours d’expériences des élèves qui ont suivi les cours ? Comment va évoluer cette nouvelle offre de services dans les mois, années à venir ? Qu’est ce qui la différencie de la Nikon School et des très nombreux autres centres de formation qui existent à Paris ?

Claire-Anne Devillard : Les premiers retour sont très bons. On va ouvrir dans les mois à venir une antène dans le centre de Paris pour être encore plus proche de nos stagiaires potentiels. Nous sommes très à l'écoute des demandes des utilisateurs. Nous sommes très flexibles. C'est les cours orientés boîtiers qui fonctionnent le mieux et nous offrons des solutions quel que soit l'appareil utilisé et quel que soit le niveau : du 1200D au 1DX.

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