Quand on naît sous le signe de l'étoile de David à la fin des années 1920 en Europe, et qu'on pressent qu'il faut sauver sa peau, on emprunte alors les chemins de l'exil. Celui qui sera plus tard connu sous le nom d'Elliott Erwitt naît Elio Romano Erwitz, à Paris, en 1928, ses parents ayant fui la Russie. Il est d'abord élevé en Italie, puis, en 1938, part avec sa famille aux États-Unis, à New York, Chicago et enfin Los Angeles, où il arrive à 11 ans, l'année du début du conflit mondial. Résultat : il parle aujourd'hui quatre langues.

Photo Elliott Erwitt
Paris, 1949. © Elliott Erwitt

Il fut paraît-il un enfant placide, et l'homme serait d'ailleurs resté taciturne, si l'on en croit sa femme. Sa timidité le place en retrait dans les grandes assemblées. Il observe, regarde, remarque, note, capture.

À l'âge de 14 ans, il devient photographe des bals de lycée. L'année de ses 16 ans, son père quitte le foyer, contraignant Elliott à voler de ses propres ailes. Nous sommes en 1944. Modigliani et, dans un autre genre, Atget et Cartier-Bresson lui ouvrent les yeux. L'une des images de l'instigateur de "l'instant décisif", Derrière la gare Saint-Lazare, sera d'ailleurs fondatrice dans son choix d'opter pour la photographie.

Henri Cartier-Bresson
Henri Cartier-Bresson, Derrière la gare Saint-Lazare, Paris 1932. © Henri Cartier-Bresson

À l'aube des années 1950, toujours étudiant, il trouve son premier job dans un laboratoire : faire des tirages de photos de stars de cinéma, pour que leurs fans puissent les faire dédicacer. Son service militaire dans l'armée américaine lui permet de voyager, et notamment de retourner en France et en Europe. Il réalise alors ses premières photos personnelles qui seront remarquées. Le cliché du soldat afro-américain tirant la langue dans le New Jersey en fait partie.

Tout de suite après ces deux années passées dans l'armée, Erwitt se fait repérer par "la bande à Capa". Ce dernier lui propose de participer à l'aventure Magnum dès le milieu des années 1950. Il la dirigera de 1968 à 1971 et y rencontrera Koudelka, Riboud et bien d'autres grands noms de la photographie.

Photo Elliott Erwitt New Jersey, 1951. © Elliott Erwitt

C'est en 1946 qu'il publie pour la première fois une image de chien. Un chien minuscule fait face au spectateur à côté des chaussures de sa maîtresse qui paraissent immenses et presque effrayantes. Prise au ras du sol, le point de vue adopté est celui de l'animal. Il recourt à cette astuce pour un sujet sur la mode des chaussures pour femme commandé par le New York Sunday Times Magazine. Le succès est au rendez-vous.

Aujourd'hui, Elliott Erwitt a publié une dizaine de livres en lien avec son amour des chiens. Cet intérêt lui est venu de façon relativement fortuite : en parcourant ses planches-contact, il remarque que l'espèce canine constitue un très bon sujet. Il exploite le filon et justifie son choix en soulignant que les chiens ne demandent pas d'autorisation de publication — ainsi que peu de royalties — et qu'ils peuvent avoir les mêmes expressions que les humains tout en ayant plus de poils !

Photo Elliott Erwitt
© Elliott Erwitt

Photo Elliott Erwitt
© Elliott Erwitt

Photo Elliott Erwitt
© Elliott Erwitt

La carrière d'Elliott Erwitt apparaît comme un détonnant mélange de reportages, de travaux de commandes et de photographies personnelles. Il intensifie cette diversité par brassées de portraits, d'images plus posées et de ce qu'on appelle aujourd'hui la street photography, que ce soit en noir et blanc ou en couleurs. Sa seule constance, c'est son outil : son Leica argentique "exclusively". Du numérique, il déplore la facilité, le fait qu'il n'y ait pas besoin de beaucoup de réflexion derrière. En cela, il rejoint le photographe italien Gianni Benrengo Gardin en une "grande amitié argentique" que célébrera une exposition de leurs photographies de 1950 à 2014, au prochain Salon de la Photo à Paris.

Photo Elliott Erwitt
Marilyn Monroe, 1956. © Elliott Erwitt

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Simone de Beauvoir. © Elliott Erwitt

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Colorado, 1955. © Elliott Erwitt

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Californie, 1964. © Elliott Erwitt

Photo Elliott Erwitt
Newcastle, 1969. © Elliott Erwitt

> Le site internet d'Elliott Erwitt

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> Grand photographe : Gianni Benrengo Gardin
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Gianni Berengo Gardin et Elliott Erwitt : regards croisés de deux maîtres du noir et blanc
Photographies de 1950 à 2014
Salon de la Photo 2015
Du jeudi 5 au lundi 9 novembre 2015
Parc des expositions de la Porte de Versailles, Paris.

> Toutes les informations sur le site du Salon de la Photo 2015

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