La photographie comme subversion, défi ou acte de rébellion. La photographie est entrée dans la vie de Gianni Berengo Gardin par une porte dérobée ouverte pendant la guerre. En 1944, l'Italie est sous le joug de l'Allemagne nazie. L'armée en poste à Rome confisque les armes et les appareils photo ! Dans l'esprit de ce jeune adolescent de 14 ans, la photo, si c'était si dérangeant, c'est que ça devait être bien intéressant...

Gianni Berengo Gardin
Toscane, 1965.

C'est au début de sa vingtaine qu'il commence à penser plus sérieusement à la photographie. Jusqu'à ce moment, ce n'était qu'un hobby qui lui permettait de photographier les avions, sa passion. Mais l'histoire veut que le destin l'oriente à la faveur d'un oncle d'Amérique. Ce dernier compte parmi ses amis Cornell Capa (le frère de Robert), photographe pour Life et futur fondateur du Centre de photographie international de New York. Des États-Unis, il lui envoie des ouvrages qui l'initie à des auteurs encore inconnus en Italie comme Dorothea Lange ou W. Eugene Smith.

Gianni Berengo Gardin
Milan, 1959.

La vingtaine à peine passée, en 1954, Gianni Berengo Gardin emménage à Paris et poursuit son apprentissage au contact des humanistes à la française comme Édouard Boubat, Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson et naturellement Willy Ronis, qu'il considère aujourd'hui encore comme son maître. Toujours en 1954, il publie ses premiers reportages dans Il Mondo, un magazine d'actualité italien de l'époque, ainsi que dans des titres internationaux comme L'Express (France), Time (USA), ou Stern (Allemagne).

Gianni Berengo Gardin
Catania, 2001.

En 1955, le Museum of Modern Art (MoMA) de New York organise Family of Man, une exposition de plus de 500 images dont les thématiques — la culture, la mort, l'amour, les enfants — ont une dimension très humaniste, sans doute indispensable pour tenter de rétablir la concorde dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'exposition a tourné durant huit ans et parcouru 36 pays.

C'est grâce à la publication du catalogue que Gianni découvre une image dont il dit qu'elle a changé sa vie. Elle est faite par celui avec qui il développera "une amitié argentique" : le photographe américain Elliott Erwitt. Cette image est celle d'une femme à demi allongée sur un lit, souriant à un bébé de 6 jours (en fait Ellen, la fille du photographe, et Lucienne Matthews, sa femme). "J'étais encore un débutant. Grâce à cette photo, tout est arrivé."

Gianni Berengo Gardin
Venise en vaporetto, 1960.

Il ne se professionnalise toutefois qu'en 1962. Possible dommage collatéral de cette conversion tardive : il refuse de rentrer chez Magnum. Deux raisons sont invoquées : il n'aurait pu supporter qu'on décide pour lui les sujets à photographier et le bas niveau de rétribution de l'agence. Il le dit lui-même, c'est la raison pour laquelle il a publié beaucoup de livres. En effet, à date, sa bibliographie en compte plus de 200, dont le magnifique Italiani, paru chez Actes Sud/Motta en 2000 dans sa version française.

Gianni Berengo Gardin
Inde, 1977.

À l'âge de 85 ans, Gardin est resté un fidèle. À ses maîtres, déjà, dont les photographies lui ont fait découvrir sa voie : celle du reportage, avec pour seul sujet la vie des gens. À l'argentique noir et blanc, aussi. Une inclination à l'inverse, dit-il, de ce qui arrive à certains hommes qui, vieillissant, s'amourachent de jeunes femmes. "Je reste romantiquement fidèle aux modèles classiques du passé", déclare-t-il au quotidien La Repubblica du 16 mai 2014. Du numérique, il dit qu'il ne l'utilisera jamais dans cette vie, mais peut-être dans la suivante (National Geographic Italie, mai 2010) et que Photoshop devrait être interdit par la loi (La Repubblica, mars 2015) !

Gianni Berengo Gardin
Venise, 1960.

Gianni Berengo Gardin
Varese, 1987.

> Gianni Berengo Gardin - Storie di un Fotografo (site de l'exposition consacrée à l'artiste en 2014)
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Gianni Berengo Gardin et Elliott Erwitt : regards croisés de deux maîtres du noir et blanc
Photographies de 1950 à 2014
Salon de la Photo 2015
Du jeudi 5 au lundi 9 novembre 2015
Parc des expositions de la Porte de Versailles, Paris.

> Toutes les informations sur le site du Salon de la Photo 2015

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