Compact ou reflex ? Les appareils hybrides à objectifs interchangeables ont fait une percée remarquée et représentent désormais une réelle option pour les amateurs avancés et les professionnels. De quoi faire le point sur la visée, un paramètre distinctif essentiel des boîtiers numériques. Voici quelques explications pour vous aider à faire votre choix en fonction de vos attentes… et de votre budget. Dans un premier temps, nous nous intéresserons aux compacts et à la visée reflex pour poursuivre sur la visée Liveview et miroir semi-transparent.


Le choix de la visée

Le type de visée détermine le confort d’utilisation de l’appareil, mais aussi son volume. Il entre en ligne de compte dans le niveau de qualité de l'ensemble, donc le prix. Enfin, il détermine dans une large mesure d’autres éléments du boîtier : diaphragme, obturateur, posemètre, autofocus. Pour paraphraser le célèbre paléontologiste Georges Cuvier : "Aucune de ces parties ne peut changer sans que les autres ne changent aussi."

Le choix de la visée est important, mais c'est aussi une affaire de goût et de tendances, pour ne pas dire de mode. Plusieurs variantes et options existent. Nous vous proposons ici quelques pistes de réflexion, mais rien ne vaut votre essai personnel.

Compacts simples : visée électronique sur écran

La visée sur écran fixe uniquement

Les compacts simples, comme ce Nikon Coolpix S810c, ont pour viseur le seul écran arrière occupant l’essentiel de la face opposée à l’objectif.

Aujourd’hui, la visée la plus basique est offerte par l’écran arrière, ou visualiseur. Il s'agit en général d'un afficheur à cristaux liquides (LCD). En fonction du retour écran, on compose son image, on choisit le programme adapté à la scène (ou le mode P, qui laisse un peu plus de liberté mais impose de réfléchir davantage) et on déclenche, un peu comme on prend une photo avec un portable et si possible sans bouger.

Sur les compacts, les viseurs optiques ont disparu depuis 2006 environ. La raison en est simple : le prix ! Les fabricants ont réduit au minimum le nombre de pièces mécaniques. Le capteur sert à la fois à photographier, à générer l’image qui va être représentée sur l’écran, à mesurer la lumière, à évaluer la distance au sujet et enfin d’obturateur.

Ce manque d’alternative en visée peut cependant s’avérer très délicat en cas de forte lumière, car le visualiseur s’assombrit alors et on ne voit pratiquement plus rien. Même avec un écran moderne, dans un environnement très lumineux, il faudra tenter d’abriter l’écran de la main et/ou de pousser sa luminosité (si l’appareil le permet), sachant que l’accumulateur se videra alors bien plus vite.

Les écrans orientables

Écran orientable (à la verticale uniquement) de l'Olympus OM-D E-M5. Cet hybride à objectif interchangeable de grande qualité ressemble beaucoup à son prédécesseur, l'OM-4 (reflex argentique), mais intègre un viseur électronique.

Certains modèles de compacts un peu plus évolués, de plus en plus nombreux, intègrent des écrans orientables, verticalement ou dans les deux sens (horizontalement et verticalement).

La possibilité d’orienter l'écran est essentielle dans le confort d’utilisation de l’appareil. Pas seulement pour des selfies, mais aussi pour adopter un point de vue bas (viser à hauteur de poitrine ou au ras du sol), photographier au-dessus des têtes dans une foule avec l’appareil à bout de bras, ou prendre des images plus discrètement (par exemple photographier à 90° de la direction du regard). C’est aussi un avantage en vidéo.

Les écrans tactiles

Certains boîtiers plus récents intègrent un écran tactile. Cela facilite la navigation dans les menus, et permet de zoomer dans l’image, comme on le fait sur l'écran d'un smartphone.

Les informations délivrées par l’écran arrière

En fonction du niveau de gamme de l’appareil et des réglages, l’écran, qui sert aussi à naviguer dans lesdits réglages, peut communiquer d'autres informations : état de charge de la batterie, programme d’exposition, sensibilité ISO, cadre sur lequel la mise au point va se faire, et éventuellement grilles d'aide à la composition ou un genre de niveau à bulle. Dans certains cas, on peut faire apparaître l’histogramme de densités du sujet cadré, mais sur la plupart des compacts, cette information n’est disponible qu’après-coup, en mode visualisation des images.

Sur les appareils évolués, on peut paramétrer ce qu’on souhaite afficher : on peut choisir de ne faire apparaître que le minimum si on ne souhaite pas être envahi d’informations.


Le Panasonic Lumix DMC-FT5 est un vrai compact tout terrain ou "baroudeur" : étanche jusqu'à 13 m de profondeur, il résiste à des chutes à 2 m, supporte un poids de 100 kg et fonctionne jusqu’à -10 °C. Dans ces conditions, un écran fixe s’impose. Le boîtier de 188 g est doté d’un zoom 4x (équiv. 28-128 mm) conçu par Leica Camera, d’un GPS avec altimètre et d'un capteur de 16 Mpx. Cependant, les modes de prise de vue "experts" (priorité ouverture et temps de pose, manuel) ne sont pas disponibles. (Panasonic 2015).

La visée optique directe

Sur les compacts, la visée optique a pratiquement disparu : elle coûte cher à fabriquer et a été — en partie injustement, pour ne pas dire malhonnêtement — très décriée. On ne la trouve plus guère que sur le Canon G16, sur les Fujifilm X100T et X-Pro 1 et sur l’exceptionnel Leica M.

On a notamment reproché à la visée optique, dans le cas de la photo rapprochée, de ne pas correspondre exactement au sujet photographié (parallaxe). Mais le reproche ne tient pas, car dans ce cas on peut toujours viser sur écran et, dans le cas des Fujifilm, le viseur est permutable en pressant un bouton pour une visée électronique.

Le Fujifilm X100T est un compact à objectif de focale fixe demi-grand-angle au design classique et à la fabrication sans compromis. Son superbe viseur optique, doté d’un réglage à la vue, est instantanément permutable en visée électronique en pressant le bouton View Mode.

Le Fujifilm X-Pro 1, qui est un compact à objectif interchangeable, présente un viseur optique multifocal avec deux grossissements possibles : grand-angle et standard. La visée est plus confortable que sur un Leica M dont le viseur est monofocal, mais le Leica peut quant à lui recevoir des viseurs accessoires.

Le Fujifilm X-Pro1 présente, comme le X100T, un double système de visée : optique et électronique. À gauche : A, structure du viseur, cube semi-transparent ; B, objectif permettant d’observer agrandie l’image électronique ; C, mini-afficheur à cristaux liquides ; D, lentille fixe ; E, lentille mobile pour le viseur optique (sert pour les objectifs de 35 et 60 mm). Au centre, positions de la lentille mobile. À droite, ce qu’on voit dans le viseur : avec le 60 mm (télé-macro, équivalent d’un 90 mm en plein format), l’image est agrandie par rapport à l’objectif de 18 mm (équiv. 28 mm), mais pas en proportion ; le cadre est donc réduit, tandis qu’il est bien plus grand sur le 35 mm. (Documents Fuji recomposés par nos soins.)

Enfin, dans le cas du G16, on a accusé un oculaire trop petit. La réalité, c’est que le viseur optique est doublement utile : il ne vide pas inutilement l’accu (on peut viser à tout moment), et on on y voit très bien, même en cas de forte luminosité.

Le Canon G16 est l’un des rarissimes compacts ayant conservé un vrai viseur optique (signalé par les flèches). Sa qualité de fabrication est exemplaire ; dommage que son écran soit fixe, contrairement à ceux de certains de ses prédécesseurs.

Remarquons que ces quatre compacts d’une qualité exemplaire (à zoom pour le G16, à focale fixe semi-grand-angle pour le X100T, à optique interchangeable pour le Leica M et le X-Pro 1) proposent un écran non orientable, ce qui est dommage.

La visée reflex

Il s’agit d’une visée optique réelle, un miroir basculant permettant, abaissé à 45°, de projeter une image du sujet sur un verre finement texturé et, une fois relevé, de laisser passer la lumière vers le capteur.

Le principe, imaginé à la fin du XIXe siècle pour des appareils à plaques, a été perfectionné d'étape en étape, de la mise au point du reflex à pellicule par K. Nüchterlein avec l’Exakta 4 x 6,5 en 1933, jusqu'à l’autofocus avec le Minolta 7000 en 1985. Un reflex numérique moderne ne présente virtuellement aucune différence avec ce modèle, de 30 ans plus ancien, hormis la partie numérique !


Schéma de principe d’un compact et d’un reflex numériques. Comme nous l’avons vu, les compacts ont rarement un viseur optique : la partie située au-dessus des pointillés a donc disparu. Les reflex numériques modernes conservent le principe de fonctionnement des reflex argentiques de dernière génération (à partir de 1985), sauf bien sûr pour tout ce qui concerne la surface sensible et le traitement de l’image. Dessins © E. Elcet 2001, 2015.

Le reflex est la plus étonnante machine à photographier qui ait jamais vu le jour et, en dépit de sa complexité (un bon millier de pièces déjà sur le Minolta SRT-101 de 1966), il a atteint un niveau de fiabilité exemplaire. En partie, à vrai dire, par la faillite des constructeurs de "canards boiteux". En effet, aujourd’hui, les marques qui produisent des reflex à "petit capteur" (APS-C) ou 24x36 se comptent sur les doigts d’une main : Canon, Nikon, Pentax, Sigma, et dans le créneau très pro du moyen format, Hasselblad, Leica, Mamiya, PhaseOne, ou là encore Pentax.

Pour permettre la visée optique réelle et exacte du sujet, le reflex fait appel à de nombreuses pièces qui se mettent en mouvement lors de la prise de vues. 1 : position de repos ; le diaphragme (au milieu de l’objectif, en rouge) est ouvert, le miroir est abaissé avec le miroir secondaire à 90° (pour renvoyer une partie de la lumière vers le dispositif de mesure de distance), et l’obturateur est fermé. 2 : en pressant le déclencheur, le miroir principal et le miroir secondaire se plaquent contre le verre de visée et le diaphragme est fermé à sa valeur de travail, mais l’obturateur est fermé. 3 : position de prise de vues avec l’obturateur (en rouge, en avant du capteur) ouvert. 4 : l’obturateur se referme alors, puis les deux miroirs vont reprendre leur place, le diaphragme va se rouvrir  et ainsi la visée sera rétablie. Ce cycle peut se répéter jusqu’à 14 fois par seconde sur le reflex le plus rapide du monde, le Canon EOS-1DX. Dessins © E. Elcet 2015

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