David LaChapelle prouve qu'on peut avoir un style pompier, exubérant, flamboyant à l'excès, et dénoncer les préoccupations environnementales de notre temps. Retour sur le parcours de ce photographe américain compulsif, sensible et diablement attachant.

david lachapellesavid Lachapelle
Eminem, Grafitti (à gauche), About to blow (à droite), 1999.

D'après la légende, c’est après avoir fait une photographie à l’âge de 7 ans de sa mère en maillot de bain, sirotant un martini sur un balcon de Puerto Rico, que David LaChapelle a voulu être photographe. D'après une autre, au moment où il apprend sa séronégativité, il délaisse le noir & blanc pour voir la vie et la capturer en couleur. Enfin, une dernière veut que ce soit après une visite à la Chapelle Sixtine que David LaChapelle ait décidé de faire une pause en 2006 et soit parti élever des chèvres dans l'archipel d'Hawaii.

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Icarus, 2012.

Comme le dit Cocteau, les légendes sont des mensonges qui dévoilent la vérité. Celles-ci en sont. Et elles révèlent l’extrême sensibilité d’un homme et sa capacité à transformer les émotions qui le traversent dans des images à l'énergie folle.

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Courtney Love, 2007.

David LaChapelle est né en 1963. Sa vocation est donc née sur un balcon d'Amérique latine. Il tente une école d'art en Caroline du Sud pour devenir peintre ou illustrateur. Mais après un déménagement à New York, il intègre deux grandes écoles d'art de la ville, The Arts Students League et The School of Visual Arts. Là, il opte définitivement pour la photographie, finalement première de ses passions visuelles. Il commence à accrocher ses noirs & blancs dans des galeries reconnues et se fait remarquer par le grand manitou de la scène artistique new-yorkaise de l'époque, Andy Warhol. Rédacteur en chef d'Interview, le patron de la Factory lui offre ses premières publications. Nous sommes à l'orée des années 1980, David LaChapelle n'a pas 20 ans. Le sida se répand. La deuxième légende transforme son point de vue sur le monde et la vie.

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Negative Currency Project: One Dollar Bill used as a Negative, 1990-2008.

La suite, on la connaît. Il fait défiler devant ses objectifs toutes les stars de l'époque pour les couvertures des plus grands magazines : Rolling Stone, Vanity Fair, GQ, etc.

Son succès ne s'est jamais démenti en plusieurs décennies. Cette longévité s'explique par un ton et un style alors résolument nouveaux et dynamiques. Il photographie le plus grand nombre d'acteurs, de chanteurs, de mannequins... même si le résultat ne plaît pas toujours à ceux qui s'y risquent.

Pourtant LaChapelle entend aussi délivrer des messages plus profonds, qui dénoncent les travers de la société américaine : le matérialisme, l'importance de l'argent, la malbouffe, le dérèglement environnemental...

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Déluge, 2006.

Sa patte faite d'exubérance et de couleurs chatoyantes y fonctionne tout aussi bien. Ses images sont de véritables prises de vue, de réelles mises en scène. Comprendre par là qu'il n'utilise pas Photoshop pour insérer un élément étrange dans une image. "La lumière, je la crée sur le set. J'ai appris sur le tas et avec l'inspiration comment on utilise la lumière. Quand je travaille et que je suis inspiré, il y a comme une sorte de courant qui me traverse et me dit ce que je dois faire" (Rolling Stone italien, 1er mai 2015).

Dans son pays, les États-Unis, "[il] se sent toujours un touriste", déclare-t-il dans le même article.

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Station Shell, 2012.

Lui qui a commencé sa vie à New York comme aide-serveur logeant dans une auberge de jeunesse n'a pas oublié l'Amérique des marges. En 2004, LaChapelle change de médium et passe derrière la caméra. Il signe Rize, un très vivifiant long métrage sur le krumping, danse frénétique née des danses tribales africaines et pratiquée dans les quartiers difficiles de Los Angeles. Visuellement très fort, le sujet lui permet de transposer son style photographique sur des images animées avec une virtuosité éclatante. Le film, qui ouvre le Tribeca Film Festival en 2005, est récompensé comme Meilleur Documentaire à l'Aspen Film Festival. Il enchaîne alors sur des clips pour Amy Winehouse, Elton John, Christina Aguilera, etc.

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Land Scape: Luna Park, 2013.

Puis en 2006, donc, sa visite de la Chapelle Sixtine le fait tout plaquer. Il achète à Maui (archipel d'Hawaii) un camp de nudistes qu'il transforme en ferme bio. Sa voiture roule à l'huile végétale, des arbres fruitiers et du lait de chèvre le nourrissent, le soleil lui fournit l'électricité. Il y vit toujours, mais sa retraite réelle, sans travailler, n'a duré que 6 mois. Depuis, LaChapelle se concentre plus sur son travail artistique que sur des commandes commerciales. Les expositions qui ont eu lieu en France à la Monnaie de Paris (2009) ou à la Galerie Templon en 2014 reflètent sa dénonciation du monde industriel et de la trop grande marque de l'homme dans l'environnement.

Aujourd'hui, David LaChapelle a 52 ans. Lors d'une conférence, devant un parterre d'étudiants en arts, LaChapelle prévient : "Je vous le promets, la vie ne se passe pas comme on l'a prévue, alors comment savoir si on doit continuer à frapper à une porte fermée ou bien en trouver une autre ? Vous devez écouter la voix créative qui est en vous, votre propre GPS." Let's see. Tout est possible.

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