Les championnats du monde de natation ont eu lieu cet été à la Kazan Arena, en Russie, avec leur lot de médailles, de records et de photographies plus spectaculaires les unes que les autres. Parmi elles, vous avez sans doute vu des photographies réalisées sous l'eau et diffusées par l'AFP. Leur auteur s'appelle François-Xavier Marit et depuis plusieurs années, il a fait de la photographie "underwater" sa spécialité. Nous l'avons rencontré.

 François-Xavier Marit
China's Yang Jian competes in the men's 10m platform semi-final diving event at the 2015 FINA World Championships in Kazan on August 1, 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.
(Yang Jian (Chine) en demi-finale de l'épreuve de plongeon 10 m individuel messieurs des championnats du monde de natation 2015 à Kazan, le 1er août 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.)


Focus Numérique - Depuis quand faites-vous de la photo "underwater" ?

François-Xavier Marit - Je travaille pour l'AFP depuis 1987. Depuis mes premiers Jeux olympiques à Séoul en 1988, j'ai couvert la plupart des grands évènements sportifs internationaux : Jeux olympiques, Coupe du monde de football, championnats du monde d'athlétisme, de natation... En 2004, j'ai découvert la photo de natation "underwater" et j'ai décidé d'en faire ma spécialité.

Focus Numérique - Dans quel contexte avez-vous fait vos premiers essais ?

François-Xavier Marit - C'était à l'occasion des Jeux olympiques d'Athènes en 2004, quand Nikon m'a prêté un caisson étanche pour le Nikon D1. À cette époque, il n'y avait pas d'images réalisées sous l'eau et il n'a pas été pas simple de convaincre les organisateurs de nous laisser faire notre installation au fond de la piscine olympique. Avec Vincent Amalvy, qui était le rédacteur en chef photo de l'agence, nous avons passé plusieurs jours de négociations pour finalement obtenir l'autorisation deux jours après le début des épreuves !

Il nous a ensuite fallu des heures d'installations et de tests, parfois jusqu'à une heure très avancée de la nuit (nous devions intervenir en dehors des heures d'entraînements et de compétitions). Mon objectif était de photographier Michael Phelps. Mais à quel endroit de la ligne 4 fallait-il mettre le caisson ? Quel angle de vue ? Où faire la mise au point ? Quel choix d'exposition ? Tout ceci était nouveau... Et à l'époque, le matériel était installé sur une position fixe et on déclenchait au passage des nageurs.

 François-Xavier Marit
China's Wang Shun competes in the semi-finals of the men's 200m individual medley swimming event at the 2015 FINA World Championships in Kazan on August 5, 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.
(Wang Shun (Chine) en demi-finale de l'épreuve de 200 m quatre nages messieurs des championnats du monde de natation 2015 à Kazan, le 5 août 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.)


Focus Numérique - Les autorisations sont-elles difficiles à obtenir pour installer ce type de matériel au fond de la piscine ?

François-Xavier Marit - Après l'expérience d'Athènes, toutes les agence se sont engagées dans cette voie et deux ans après les J.O., pour les championnats du monde de natation à Montréal, les organisateurs se sont retrouvés avec une dizaine de demandes d'autorisation d'installation. La FINA voulait alors que nous organisions un pool avec un seul caisson dans la piscine dont nous aurions partagé la production. Mais avec la société Extrem'vision, nous étions les seuls à avoir développé un caisson underwater capable de rapatrier les images au fur et à mesure des prises de vues. Il était hors de question de mettre ce développement au service de la concurrence. L'AFP devait garder son avance. Finalement l'autorisation, a été obtenue pour les grandes agences internationales avec une limite de 6 caissons dans la piscine. Aujourd'hui, les autorisations sont toujours limitées aux grandes agences internationales.

Focus Numérique - Depuis l'installation d'Athènes en 2004, quelles ont été les évolutions apportées à votre système ?

François-Xavier Marit - Les premières années de prises de vues étaient passionnantes et les images obtenues, fantastiques. Mais la position fixe de l'appareil photo était extrêmement frustrante. Pour les Jeux olympiques de Pékin en 2008 [voir le podcast "Photos impossibles" que nous avions relayé, NDLR], je disposais d'un moteur électrique sur mon zoom 24-70 mm f/2,8, qui est toujours mon optique de base aujourd'hui. Mais cela ne suffisait pas : il fallait pouvoir bouger, modifier l'angle de vue pendant les épreuves, ajuster et changer les réglages au fur et à mesure de la compétition...

Avec Extrem' Vision et Nikon, nous avons donc réalisé une rotule motorisée que j'ai utilisée aux championnats d'Europe à Budapest en 2010, et que j'utilise encore aujourd'hui. Ça a été une nouvelle révélation. Sur une même cession, je pouvais photographier de multiples situations : le plongeon au départ qui révèle des effets de bulles habillant le nageur d'un costume fantastique, la coulée, le reflet des nageurs à la surface de l'eau ou bien encore des compositions graphiques avec les lignes d'eau ou la structure de la piscine... Pour l'anecdote, persuadé que les images que j'avais prises à Budapest n'avaient pas pu être prises avec un boîtier télécommandé, un journaliste avait écrit dans le blog du Denver Post que j'étais installé au fond de la piscine pour les prendre !

 François-Xavier Marit
Italy's duet Linda Cerruti and Constanza Ferro competes in the women's duet Free final event during the synchronised swimming competition at the 2015 FINA World Championships in Kazan on July 30, 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.
(Le duo Linda Cerruti et Constanza Ferro (Italie) en finale de l'épreuve libre duo dames de natation synchronisée des championnats du monde de natation 2015 à Kazan, le 30 juillet 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.)

Focus Numérique - Aujourd'hui, quel matériel utilisez-vous ?

François-Xavier Marit - Aujourd'hui je dispose de deux systèmes de prise de vue motorisée prototypés par Extrem' vision, dont un équipé des moteurs et du logiciel de pilotage de la société MRMC. Les deux équipements accueillent un Nikon D4s, un dôme pour un 14-24 mm f/2,8 et un dôme pour un 24-70 mm f/2,8. Un moteur électrique a été ajouté pour contrôler les zooms. Je dispose d'une caméra vidéo fixée sur le viseur de l'appareil photo pour une visée en temps réel et le mouvement de la rotule se fait sur deux axes : 360° horizontal et 180° vertical. Les équipements (d'un poids négatif) sont fixés au fond de la piscine à l'aide de ventouses.
 
Focus Numérique - Où vous placez-vous ensuite pendant la compétition ? Quelle liberté avez-vous alors pour effectuer des réglages ?

François-Xavier Marit - Pendant la compétition, je suis soit en tribune de presse, soit sur une position photo au bord du bassin, ce qui me permet de photographier à la fois avec mon caisson et de façon traditionnelle. Pour l'appareil qui se trouve dans le caisson, j'ai accès à tous les réglages à l'aide de Nikon Camera Control, grâce auquel je peux, par exemple, faire des filés en vitesse lente.

 François-Xavier Marit
Australia's Mack Horton competes in the preliminary heats of the men's 1500m freestyle swimming event at the 2015 FINA World Championships in Kazan on August 8, 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.
(Mack Horton (Australie) durant les séries préliminaires de l'épreuve de 1 500 m nage libre messieurs des championnats du monde de natation 2015 à Kazan, le 8 août 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.)


Focus Numérique - Quelles sont à vos yeux les possibilités créatives offertes par ce système ?

François-Xavier Marit - En général les photos d'action en natation sont des gros plans sur les visages et les bras. Avec l'underwater, il est possible de montrer tout le corps des athlètes, de mettre en avant leur puissance et leur musculature, tout en créant des compositions très variées, avec ou sans les lignes d'eau. Les bulles produites par les entrées dans l'eau, le reflet des nageurs à la surface de l'eau et le mélange entre la vision extérieure et sous-marine permettent de donner aux images une dimension artistique qui me passionne. Les possibilités créatives sont immenses, c'est ce qui me fascine dans cette discipline. On est dans une fusion entre fantastique et réalité.

Focus Numérique - Toutes les piscines et toutes les épreuves se prêtent-elles à la photographie underwater ?

François-Xavier Marit - Le must, ce sont les piscines en extérieur, parce que la qualité de la lumière du soleil est inégalable. Mais toutes les piscines s'y prêtent, chacune avec leur spécificité. À Kazan, je pouvais jouer avec le logo Kazan qui était inscrit à l'extérieur du bassin, à l'endroit où étaient remises les médailles [voir la photo ci-dessous], ou encore avec la couleur orangée ou rouge produite par la lumière du soleil au travers de la bâche qui composait le toit de la piscine de la Kazan Arena. Quant aux épreuves, j'utilise mon matériel sur la natation, le plongeon et la natation synchronisée. Je pense que toutes ces disciplines se prêtent parfaitement à l'underwater.

 François-Xavier Marit
Venezuela's Cristian Quintero competes in the preliminary heats of the men's 4x200m freestyle relay swimming event at the 2015 FINA World Championships in Kazan on August 7, 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.
(Cristian Quintero (Venezuela) durant les séries préliminaires du relais 4 x 200 m nage libre messieurs des championnats du monde de natation 2015 à Kazan, le 7 août 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.)


Focus Numérique - Pensez-vous pouvoir faire encore évoluer votre système pour d'autres possibilités ?

François-Xavier Marit - Je pense à des évolutions effectivement, et j'espère pouvoir les mettre en œuvre pour les Jeux de Rio [2016, NDLR]. Il est intéressant de toujours repousser les limites. Les évolutions et les bonds en avant sont aussi portés par l'évolution des boîtiers photo. À chaque sortie de nouveau boitier, on gagne par exemple un diaphragme ou une vitesse.

 François-Xavier Marit
France's Florent Manaudou competing in the final of the men's 50m butterfly swimming event at the 2015 FINA World Championships in Kazan on August 3, 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.
(Florent Manaudou (France) durant la finale de l'épreuve de 50 m papillon messieurs des championnats du monde de natation 2015 à Kazan, le 7 août 2015. Photo : François-Xavier Marit / AFP.)

 
> Vidéo de l'installation sur le blog de l'AFP
> Une photographie racontée par François-Xavier Marit
> Suivre François-Xavier Marit sur Facebook

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