"L'homme rayon" est mort le 18 novembre 1976 à Paris. Il était âgé de 86 ans. Né Emmanuel Radnitzky, de nationalité américaine, Man Ray voit le jour le 27 août 1890 à Philadelphie (États-Unis). Sa vie résume un XXe siècle artistique fait de découvertes, d'excès en tout genre, mais aussi d'œuvres fondatrices.

Man Ray - Visage de nacre et Masque d'ébène
Visage de nacre et Masque d'ébène. © Man Ray Trust/ADAGP

Emmanuel, fils d'émigrés russes arrivés aux États-Unis en 1888, est un fort en thème : il fait des études brillantes de dessin industriel et de mécanique au lycée de Brooklyn. Il fréquente assidûment, à la même période, le Metropolitan Museum of Art et le Brooklyn Institute of Arts and Sciences. À 18 ans, il renonce à une bourse qui lui aurait permis d'étudier l'architecture pour se consacrer à sa vocation d'artiste. Toute sa vie sera ainsi orientée vers une réflexion et une pratique artistique foisonnante.

C'est dans un contexte d'effervescence créative que le futur Man Ray décide de poursuivre sa passion. En effet, au début du siècle, un vent nouveau souffle sur New York. Des immeubles d'une hauteur jamais vue sortent de terre et des émigrés se mêlent avec succès à la culture du nouveau monde. Artistiquement, en 1902, paraît Photo Secession, revue appelant à reconnaître la photo comme un art à part entière. En 1905, Alfred Stieglitz et Edward Steichen ouvrent la Galerie 291.

Man Ray - Rayogramme (pupitres)
Rayogrammes (pupitres). © Man Ray Trust/ADAGP

Radnitzky fils est alors embauché en tant que traceur et graphiste chez un éditeur d'ouvrages techniques. Cette activité professionnelle lui permet de s'adonner à la peinture sans craindre les soucis matériels. En 1911, il découvre les aquarelles de Cézanne et visite la première exposition américaine de Picasso. C'est aussi l'année où il utilise pour la première fois le pseudonyme de Man Ray, empruntant trois lettres à son prénom, trois lettres à son nom et signifiant littéralement "homme rayon".

En 1912, Man Ray se forme à la Ferrer Modern School. Il y trouve les vertus artistiques qui le guideront tout au long de sa vie : les enseignements évoquent la libération intérieure, la créativité sans borne, le dépassement des conventions... Les arts doivent s'entrechoquer pour provoquer quelque chose de nouveau, d'inattendu et d'aussi éloigné que possible de la raison.

Man Ray - Le fameux primat de la matière sur la pensée
Le fameux primat de la matière sur la pensée, 1929. © Man Ray Trust/ADAGP

Ainsi, il cherchera à réinventer différentes techniques de création comme la peinture et la photographie. Il considérera parfois la première comme un "art poisseux", tandis que la seconde lui permettra une inventivité illimitée. C'est bel et bien la photographie qui le fera reconnaître dans un premier temps en Europe et beaucoup plus tard aux États-Unis.

Man Ray explore la création jusqu'à l'utilisation de techniques qu'il a découvertes ou redécouvertes plus ou moins par hasard, les plus connues étant aujourd'hui la rayographie et la solarisation. Inventée au début du XIXe siècle, la rayographie n'avait alors suscité que peu d'intérêt. Cette technique consiste à poser des objets sur du papier sensible pour ensuite exposer le tout à la lumière. Man Ray la remet au goût du jour à l'occasion d'une fausse manipulation dans le laboratoire mis à sa disposition par le célèbre couturier Paul Poiret. Nous sommes alors en 1921 et le magazine Vanity Fair US en publiera dès 1922.

Man Ray - Rayogramme (pupitres)
Rayographe (pistolet). © Man Ray Trust/ADAGP

À cette époque, Man Ray côtoie ceux qui font l'actualité artistique. C'est notamment le cas de Stieglitz, qui, en mars 1915, lance une revue liée à la Galerie 291 et se voulant interdisciplinaire. C'est d'ailleurs par son intermédiaire qu'il rencontre Marcel Duchamp. Leur amitié ne s'éteindra qu'à la mort du Français en 1968.

En 1922, cela fait un an que Man Ray a emménagé à Paris à l'invitation de Duchamp. Dès son arrivée, ce dernier lui présente Cocteau, Breton, les anciens membres du mouvement Dada, les futurs surréalistes et Gertrude Stein. À défaut de le payer pour un portrait, celle-ci lui ouvre son formidable carnet d'adresses. C'est également cette même année qu'il fait la connaissance de Kiki de Montparnasse. La rencontre, à la fois inspirante, belle et orageuse, donnera lieu à deux des photographies les plus symboliques de cette période : Le Violon d'Ingres en 1924 et Visage de nacre et Masque d'ébène publié en 1926 dans Vogue UK.

Man Ray - Le Violon d'Ingres
Le Violon d'Ingres. © Man Ray Trust/ADAGP

En 1929, la rupture avec Kiki précède la rencontre avec Lee Miller : une Américaine, modèle d'une beauté à couper le souffle, qui souhaite devenir l'élève de Man Ray. De la technique de tirage à la prise de vues, il lui apprend tout. Elle en fera son métier et deviendra plus tard reporter de guerre pour Life... mais ceci est une autre histoire. À partir d'une erreur de manipulation, Lee invente la solarisation. Ce procédé, consistant à exposer très brièvement à la lumière les négatifs et à les plonger dans le fixateur, sera très largement utilisé par Man Ray. Lee dira de lui qu'il "avait un don unique pour enrôler le hasard dans un processus créatif".

Man Ray - Portrait solarisé de Lee Miller
Portrait solarisé de Lee Miller. © Man Ray Trust/ADAGP

Si Man Ray est fou de Lee, celle-ci se lasse et le quitte. L'artiste sombre alors dans la dépression. Il délaisse la photo pour créer des objets surréalistes tel qu'un métronome surmonté d'un œil — celui de Lee — qu'il a la délicatesse d'appeler Objet à détruire.

Man ray - Objet à détruire
Objet à détruire. © Man Ray Trust/ADAGP

Qu'importe les événements de la vie, Man Ray crée et expérimente. Il ne refuse jamais une expérience nouvelle. À l'orée des années 1930, il devient cinéaste presque malgré lui. Il associe des images d'objets filmés en gros plan à un poème de Robert Desnos. Le résultat plaît et les membres de la famille de Nouailles, riches mécènes de l'époque, lui commandent d'autres films.

Étant de citoyenneté américaine et de confession juive, la Seconde Guerre mondiale l'incite à retourner aux États-Unis. Une nouvelle vie commence de façon plus sereine grâce à la rencontre de Juliet, qui sera sa dernière femme. Établi en Californie, Man Ray travaille sur des reproductions d'œuvres restées en France ou à New York. Il organise des expositions et des rétrospectives, mais ne parvient toujours pas à vendre en Amérique. C'est cette absence de reconnaissance qui le fera retourner à Paris en 1947, d'abord temporairement, puis définitivement en 1951. Il installer son atelier au 2 bis rue Férou, derrière la place Saint-Sulpice.

La décennie qui suit a un ton différent, plus académique. Le surréalisme devient un courant étudié à l'école, André Breton fait des conférences... En Europe, les photographies de Man Ray s'imposent dans toute exposition consacrée au mouvement. Cela lui déplaît cependant. Il préfère la peinture, mais photographie de futures stars, dont Catherine Deneuve. Il écrira plus tard dans Self-Portrait, ses mémoires parus en 1963, que la photographie lui a en fait permis de gagner sa vie pour assouvir sa passion pour la peinture.

Man Ray - Catherine Deneuve
Catherine Deneuve, 1968. © Man Ray Trust/ADAGP

En 1966, une grande exposition au Los Angeles County Museum of Art est consacrée à son œuvre. C'est un vif succès en termes d'audience, mais encore un échec en termes de vente. Les ouvrages de référence avancent que c'est justement la multiplicité des techniques utilisées par Man Ray qui a dérouté les marchands d'art... C'est en tout cas ce qui a permis de faire connaître au monde l'un des artistes les plus foisonnants de sa génération.

Lire également :
> Tous nos portfolios

PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation