En photo, au-delà d’un heureux hasard, tout doit être voulu. Le flou de bougé est par principe indésirable, et le but premier du photographe débutant est de tenter de d'obtenir une image nette. Mais ce n’est pas toujours facile. Il n'est donc pas inutile de revenir à la base : pour obtenir une image nette sans trépied, il saut savoir bien tenir son appareil photo.

Hormis lors du suivi d'un sujet en mouvement, l’appareil doit être maintenu aussi immobile que possible, et ce, d’autant plus que la focale de l’objectif est plus longue. Dans le cas contraire, vous aurez une image bougée : tout y sera flou. Or il est indispensable que la photo comporte certains éléments nets, sinon l’œil des lecteurs de l’image n’accrochera pas. Si ce bougé est très réduit, vous arriverez à le rattraper dans Photoshop ou dans un logiciel spécialisé, mais cela trouve vite ses limites.

Bien sûr, les photographes plus avancés chercheront à réaliser des flous différentiels, soit par le mouvement du sujet ou de certaines parties du sujet ou du fond, soit par une mise au point sélective, à grande ouverture, pour détacher le sujet du fond.

Tutoriel : éviter le flou de bougé à main levée

Dessin © E. Elcet

Bien tenir l’appareil minimise les risques de bougé. C’est moins facile en cadrage vertical, surtout pour la frêle jeune fille dotée d'un lourd reflex professionnel représentée ci-dessus. La tentation est d’avoir la main gauche enroulée autour de l’objectif, avec la paume vers le bas, comme sur cette image. Il est moins instinctif, mais préférable d’avoir le pouce en haut, car 4 doigts soutiennent alors l’objectif.

La règle de l’inverse de la focale : un strict minimum

En 24x36, on considère qu’avec une main moyennement entraînée, il faut proscrire les temps de pose plus lents que l’inverse de la focale. Ainsi, avec l’objectif de base de ce format : le 50 mm, il ne faut pas tomber en dessous de 1/50 s, en pratique 1/60 s. Avec un 200 mm, vous ne devriez pas prendre de "vitesse" plus lente que le 1/200 s (en pratique 1/250 s). Et si votre main est peu stable ou si vous êtes débutant, prenez un cran plus court, le 1/125 s avec un 50 mm et le 1/500 s avec un 200 mm.

A contrario, avec une main bien entraînée, on peut "descendre" d’un cran, voire de deux. Bien reposé, bien concentré, j’arrive à "descendre" au 1/15 s, voire 1/8 s avec une focale standard (50 mm en 24x36, 35 mm en format DX), alors que 1/125 s serait nécessaire pour un novice.

Mais attention ! Sur des appareils à capteur de plus petites dimensions, ces valeurs sont à multiplier : avec un appareil DX, il vous faut à peu près 1/60 s avec une focale de 35 mm, car le 35 mm équivaut à un 53 mm ou à un 55 mm en 24x36. Avec une focale de 200 mm, le 1/300 s est un minimum. Et avec un compact ou un bridge à capteur encore plus petit, le calcul est simple.

Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, célébrant un baptême collectif, 4/03/2006. Ce genre de photo prise au téléobjectif, sans pied, dans des circonstances où un flash est strictement interdit, exige une excellente sûreté de main. Je pense que j’avais dû m’adosser à une colonne, quand même...
Nikon D70 avec AF-Nikkor 2,8/180 ED à pleine ouverture, 1/100 s, 1 000 ISO. © L. Gérard Colbère 2006.

Un facteur souvent négligé est la définition du capteur. Certains appareils actuels dépassent 20 millions de pixels. Si l’objectif donne un piqué suffisant pour exploiter cette définition (ce qui est loin d’être évident !) et si vous souhaitez faire de très grands agrandissements (A3 et plus), ou recadrer de manière conséquente, il vous faudra redoubler de précautions à la prise de vues pour limiter les risques de bougé.
Dans un tel cas, les fonctions de stabilisation aident beaucoup : on gagne ainsi au moins 2 crans, parfois jusqu’à 4, ce qui et considérable.

Pour faire court, le stabilisateur est un dispositif qui compense les déplacements involontaires de l’appareil. Mais il ne peut rien contre un mouvement propre du sujet et n’empêche pas non plus un mouvement continu, volontaire, de l’appareil. Je ne parlerai pas ici des trépieds, monopodes, crosses, et accessoires visant à limiter le mouvement de l’appareil (parfois appelés à tort stabiliseurs) : ils feront l’objet d’un article ultérieur du glossaire.

Nous considérerons ici le cas d’un appareil utilisé à main levée.

La bonne posture

Tutoriel : éviter le flou de bougé à main levée

La photo de gauche est le pire cas de figure : le photographe tient l’appareil d’une seule main et la courroie n’est pas passée autour de son cou ; si l’appareil échappe des mains, bris assuré ! La photo du milieu montre un cas moins risqué, mais la main gauche est mal placée, car elle devrait venir entourer l’objectif tout en le soutenant. En revanche, ce type de préhension conviendrait pour un compact. L’attitude de droite est presque acceptable, mais il serait préférable de retourner la main (pouce en haut) pour mieux soutenir l’objectif.

Lorsque le temps de pose commence à s’allonger, il est prudent de chercher à limiter le plus possible les tremblements qui peuvent affecter l’appareil, surtout s’il est léger. On le voit, les indications que je viens de donner sont approximatives, car la stabilité varie dans de larges proportions avec l’état physique du photographe (les photographes confirmés ont une main bien plus ferme que les novices, et connaissent les bonnes postures dont je vais parler), et leur équipement plus lourd favorise la stabilité. L’âge peut aussi entrer en compte, avec une main moins stable qu’une main plus jeune et avertie. Enfin la fatigue et le stress augmentent aussi l’instabilité.

Tutoriel : éviter le flou de bougé à main levée

Les compacts sont en majorité pourvus d’une courte dragonne. Celle-ci doit entourer le poignet. Mais il est préférable de la remplacer par une dragonne longue pouvant se placer autour du cou. Si votre appareil n’a pas de viseur optique, il est indispensable que la dragonne en question soit assez longue pour conserver l’appareil autour du cou tout en cadrant dans le visualiseur.

Petite parenthèse : sauf exception, vous ne devez photographier qu’avec la courroie de l’appareil passée autour de votre cou ou, s’il est muni d’une dragonne, avec ladite dragonne bien enroulée au poignet. La dragonne fournie d’origine avec les compacts est mieux que rien, mais il est conseillé de la remplacer par une dragonne longue que vous pourrez passer autour du cou et qui s’achète chez tout bon revendeur photo. Cette précaution vous évitera qu’en cas de distraction, l’appareil ne chute au sol ou vous soit volé par une main baladeuse. Les reflex peuvent recevoir en option une sangle robuste qui enferme le poignet contre le bossage de préhension de l’appareil et se fixe dans le filetage de pied.

Tutoriel : éviter le flou de bougé à main levée

La main gauche doit s’enrouler autour du fût d’objectif sauf dans le cas d’objectifs extra-plats ou trop petits. Au moins l’un des coudes doit être plaqué contre la poitrine. De ce fait, le photographe a une meilleure posture sur la photo de droite. Remarquez que l’appareil est bien plaqué contre la tête : ce n’est pas agréable lorsque, comme votre serviteur, on porte des lunettes, mais cela contribue aussi à stabiliser l’appareil. Notez aussi la position assez avancée de la main gauche, qui réduit le risque de basculement vertical de l’appareil.

Une tenue ferme et non crispée

Sauf dans le cas d’un sujet se déplaçant en mouvement continu (une voiture de course, un animal au galop...), le photographe et son appareil doivent se tenir le plus immobiles possible : solides comme le roc, mais sans crispation, car cela pourrait aboutir à des tremblements. De plus, le photographe doit tenir son appareil le plus solidement possible. Selon les appareils, les risques ne sont pas les mêmes. Mal pris en mains, un reflex doté d’un gros téléobjectif ou télézoom peut fatiguer le photographe.

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La tenue en mains verticale d’un appareil reflex est moins évidente que la tenue horizontal, à moins de disposer d’un booster d’alimentation. Cependant, il faut (sauf dans le cas de très petits objectifs), garder la main gauche enroulée autour de l’objectif : la pose prise sur la photo de gauche est donc à éviter. L’attitude de la photo centrale, appareil suspendu sous la main gauche, est la plus naturelle, mais celle de droite est un peu plus stable. Comparez avec le dessin du début de l’article.

À l’inverse, le risque de bougé est bien plus important avec un compact, car sa prise est plus faible (taille bien plus petite, absence très fréquente de bossage) et l’inertie de l’appareil est dérisoire en raison de son faible poids. Avec les compacts, un risque fréquent est de provoquer une rotation de l’appareil lorsqu’on appuie sur le déclencheur. Cela peut aussi se produire avec un reflex, mais de manière bien plus rare.

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Avec un compact le risque de bougé est accru du fait de la légèreté et de la très petite taille de l’appareil, qui cependant offre souvent de longues focales. Il est impératif de le tenir des deux mains, contrairement à la photo de gauche, mais il faut aussi veiller à ne boucher aucun des organes essentiels : objectif, flash, cellule, fenêtre de l’autofocus, etc. Lorsque l’appareil est sans viseur optique, il faut quand même essayer de plaquer les coudes au corps, comme sur la photo de droite.

Pour comprendre ce qu’est une posture efficace, il faut l’analyser des mains aux pieds en passant par la tête. Commençons par les mains. Les reflex numériques actuels sont plus asymétriques que leurs prédécesseurs argentiques et tous faits pour des droitiers (pour mémoire, un reflex argentique, l’Exakta, était idéalement fait pour les gauchers, car presque toutes ses commandes étaient à gauche, inversées par rapport à celles des autres appareils). Mais quasiment tous ont un bon bossage de préhension. Les doigts de la main droite doivent s’inscrire autour de ce bossage, l’index venant se placer sur le déclencheur et le pouce sur la face arrière. La main gauche doit venir soutenir l’objectif, et réduire le poids exercé sur la droite, a fortiori si l’objectif est pesant et/ou long (zooms d’ouverture f/2,8 constante, télés et objectifs de focale fixe à grande ouverture). Il faut que le pouce soit au-dessus, et les autres doigts en dessous, en support. Ce n’est certes pas naturel, mais sinon on perd en efficacité. L’attitude inverse (pouce en bas) est plus fatigante, surtout avec les gros objectifs, et un peu moins stable.

Le front doit s’appuyer fermement contre la face arrière. Évidemment, pour les porteurs de lunettes, cela écrase un peu les lunettes contre les yeux. En outre, les coudes doivent être le plus possible plaqués contre le buste. Cela aboutit à bien stabiliser toute la partie supérieure du corps et à la solidariser avec l’appareil. Enfin, les pieds doivent être légèrement écartés l’un de l’autre, et l’un d’eux légèrement avancé par rapport à l’autre, afin d’éviter à la fois un balancement latéral et d’avant en arrière. Il est recommandé d’arrêter sa respiration le temps de la photo, et de déclencher avec la pression la plus douce et la plus progressive possible.

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Afin d’éviter les mouvements de balancement latéral, les pieds doivent être écartés et l’un légèrement décalé par rapport à l’autre, comme sur la photo de droite.

Bien sûr si vous suivez un sujet en marchant, certaines concessions seront nécessaires. Mais dans ce cas, il sera prudent de choisir une sensibilité ISO sensiblement plus élevée (deux à trois crans, par exemple 640 ou 800 ISO au lieu de 200). Soyez aussi très vigilant avec un compact, surtout s’il est dépourvu de viseur optique et que vous devez cadrer dans le visualiseur, donc à quelque 30 ou 40 cm du visage. C'est également valable avec un reflex lorsque vous utilisez la fonction LiveView (visée sur écran).

Dans le cas d’un cadrage vertical, deux positions sont possibles : avec le bossage en haut ou en bas. La première position est la plus naturelle (l’appareil est donc "pendu" par la main droite), et on soutient l’objectif comme précédemment. L’inconvénient est que le coude droit est inévitablement loin du buste, et c’est un peu plus fatigant (mais il est rare qu’on passe longtemps à faire des cadrages verticaux).
Lorsque le bossage est tenu en bas, le poignet droit est davantage fléchi mais les coudes peuvent être collés au corps. La main gauche forme un L autour de l’objectif, avec le pouce en bas et les autres doigts en haut.

Tutoriel : éviter le flou de bougé à main levée

La prise en mains verticale d’un compact s’apparente à celle d’un reflex, mais elle est plus délicate en raison de la petite taille de l’appareil. Il faut faire encore plus attention qu’en cadrage horizontal à ne boucher aucun des organes de l’appareil.

Plus la lumière manque, plus il vous faut chercher les appuis. Un tronc d’arbre, une colonne, une porte, un mur contre lequel on peut s’adosser constituent autant de bons appuis. On peut aussi poser les coudes voire l’appareil sur un muret ou un capot de voiture, quitte à légèrement soulever l’objectif en plaçant les doigts en-dessous.

Tutoriel : éviter le flou de bougé à main levée

Un mur, un tronc d’arbre constituent de bons appuis lorsque la lumière manque.

Attention à ce que devient la ligne d’horizon si votre support est incliné. Si c’est l’appareil que vous posez, mettez-le sur un linge plié (serviette ou vêtement) : cela évitera les vibrations et les rayures à l’appareil.

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On peut poser l’appareil contre une colonne ou s’appuyer sur un capot de voiture pour réduire le risque de bougé d’au moins 4x sur des sujets statiques.

Lorsque le point de vue le permet, c’est mieux d’être assis que debout (surtout avec les coudes posés sur les cuisses).

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En s’asseyant sur un banc ou à même le sol on réduit aussi le risque de bougé, à condition d’appuyer les coudes contre les cuisses. Ces postures conviennent surtout pour des sujets bas (comme des enfants) ou éloignés.

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On peut aussi poser un genou en terre, en posant le coude sur l’autre. Noter la main gauche étendue le long du fût d’objectif.

La pose couchée peut servir pour de très petits sujets (s’ils ne sont pas fugitifs), pour des oiseaux posés ou si vous êtes en hauteur. Elle est peu pratique et fait perdre du temps, mais assure une meilleure stabilité qu’une attitude agenouillée, ce qui est précieux au téléobjectif.

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Pour réussir certaines prises de vues, il ne faut pas hésiter à s’allonger sur le sol. Dans une telle posture, coudes posés au sol et main gauche allongée le long de l’objectif, l’appareil est bien maintenu. Cette posture peut être intéressante pour la photo d’oiseaux.

Un pied bien stable, à défaut un monopode ou une crosse photo aident aussi à la stabilité. Il existe des "pieds de poche" pour le voyage. Sans remplacer un bon trépied de 2 à 4 kg, cela rend de vrais services au fond d’un fourre-tout.

Photos de l’auteur et de M.T. Colbère.

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