Le stabilisateur est un dispositif électro-mécanique destiné à compenser le flou de bougé lorsque des photos sont faites sans trépied et avec un temps de pose trop long pour assurer la netteté des images. Deux principes existent : la stabilisation par l’objectif et la stabilisation par le capteur. Chacune de ces deux méthodes possède ses avantages et ses inconvénients.

Comme je vous l’expliquerai par ailleurs, le flou de bougé est un ennemi redoutable du photographe. S’il est notable, le rattrapage de netteté peut s’avérer très difficile, voire bien souvent impossible. Je supposerai ici que vous aurez mis en œuvre tous les conseils possibles pour vous en prémunir au moyen d'une tenue en mains de l'appareil la plus stable possible, d'un positionnement sur un trépied – ou un monopode –, ou encore d'une augmentation de la sensibilité ISO (de façon à raccourcir le temps de pose). En effet, actuellement, tout du moins sur un reflex, on peut conserver une qualité d’image plus qu’acceptable jusqu’à 2000 ISO voire plus.

Malgré tout, la lumière peut manquer au point que, même en réglant l’appareil sur une sensibilité proche du maximum, on risque le flou, par variation de l’inclinaison de l’appareil ou par mouvements de gauche à droite. Ou encore, plus insidieusement, parce qu’en enfonçant le déclencheur, on provoque une légère rotation de l’appareil. Souvent, ces différents risques se combinent pour aboutir à des images ratées. La situation peut concerner, certes dans des conditions un peu différentes, l’amateur avec son compact dont la montée en ISO est très limitée – ou destructrice de la qualité de l'image – et le professionnel qui a obligation de ramener des images exploitables dans les conditions les plus difficiles.


La stabilisation améliore largement la netteté dans les cas de photos au téléobjectif, pour des scènes d’intérieur ou, en extérieur, lors du crépuscule et pendant la nuit. Les photos du haut ont été faites sans stabilisation, les photos du bas avec ce dispositif en fonction. Photos © Pentax/Ricoh.

C’est ce qui a conduit les fabricants à imaginer que l’un des composants de l’appareil puisse effectuer, lors de la prise de vue, un déplacement tel qu’il contrebalance exactement le flou de bougé de l’image. On parle alors d’objectif ou de boîtier stabilisé. Autrement dit, un ou plusieurs capteurs spécifiques doivent analyser la vitesse et la direction du bougé de l’appareil et, via un ensemble de dispositifs appropriés, déplacer le composant en question de telle manière que les différents points constitutifs de l’image restent exactement au même endroit du capteur aussi longtemps que l’obturateur reste ouvert. En gros, la stabilisation va soit annuler soit régulariser l‘effet du mouvement de l’appareil. Contrairement à ce qui se passe avec un trépied, le mouvement n’est donc pas annulé : le bougé involontaire est exactement compensé par le déplacement d’une pièce interne, soit une lentille ou un groupe de lentilles (stabilisation par l’objectif), soit le capteur lui-même (stabilisation par le boîtier).

Dans la plupart des cas, vous n'aurez pas à choisir le procédé de stabilisation. Il dépend de la marque de votre appareil. Les reflex et boîtiers apparentés des marques Canon, Nikon, Sigma et les appareils Fuji de la série X à objectifs interchangeable recourent à la stabilisation optique, tandis que les Olympus, Pentax et Sony – ces derniers étant les héritiers des défunts Minolta – recourent à une stabilisation par déplacement du capteur. Toutefois, une stabilisation optique existe sur certains objectifs hauts de gamme des marques indépendantes Sigma, Tamron et Tokina. Si vous les montez sur un reflex Pentax ou Sony, vous aurez alors le choix du procédé de stabilisation.


L’avantage de la stabilisation n’est pas réservé aux équipements les plus onéreux. L’excellent petit zoom standard d’entrée de gamme Nikkor 3,5-5,6/18-55 est stabilisé. La flèche rouge en indique l’interrupteur.

Attention : mettre en service le stabilisateur ne constitue pas un remède à tous les maux car celui ne sera réellement efficace qu’avec des sujets statiques ou animés d’un mouvement très régulier. Cela ne sert à rien pour photographier des enfants qui jouent, ou des activités sportives, dont les mouvements sont brusques et imprévisibles. S’imaginer le contraire et laisser la fonction de stabilisation sur "On" en permanence vous conduira à des déceptions. Par exemple, sur certains compacts, la stabilisation peut réduire – dans une certaine mesure – la netteté. Le phénomène peut aussi se constater lorsque l’appareil, reflex ou non, est fixé sur trépied. La stabilisation consomme d'ailleurs de l'énergie et peut ainsi contribuer à vider une batterie plus rapidement – ce qui peut être gênant sur une longue journée de prise de vues.


Le télézoom Fuji XF 50-140 mm f/2,8 destiné aux appareils Fuji de la série X (à capteur DX), assez lourd et volumineux en raison de son ouverture constante, est doté de l’un des stabilisateurs les plus performants. J’ai shooté ce portrait à pleine ouverture sur la plus longue focale (équivalent 210 mm en 24x36), à 1/20s, sans aucun appui, alors que sans stabilisateur le 1/200 s aurait été un strict minimum, surtout compte tenu de la finesse du capteur (16Mpix). L’œil du modèle est un recadrage affiché ici à la taille réelle des pixels. On ne constate aucun bougé. Photo © L. Gérard Colbère 2015.

Bien utilisée, la stabilisation permet un gain considérable de netteté dans des conditions critiques : 3 à 4 diaphragmes, voire un peu plus. Le risque de bougé est donc réduit dans un facteur qui peut atteindre 16 fois, ce qui est énorme… et particulièrement précieux pour assurer des images de qualité dès que les conditions ne sont pas optimales. Par exemple, en format DX, avec un téléobjectif de 300 mm (équivalent 450 mm en 24x36), il faudrait shooter avec un temps de pose de 1/500 s ou plus court alors qu'un bon stabilisateur permet de descendre au 1/30 s – à condition, comme dit plus haut, que le sujet ne bouge pas.


La stabilisation par l’objectif


Principe de la stabilisation par l’objectif : un groupe de lentilles asservi par un jeu de capteurs se déplace de manière à contrebalancer exactement les déplacements involontaires de l’appareil. Illustrations © Édouard Elcet.

C’est le procédé le plus ancien. Il est apparu avec le Nikkor VR 38-105 mm f/4-7,8 en 1994, suivi l’année d’après par le Canon EF 75-300 mm f/4-5,6. Deux gyromètres piézo-électriques détectent les vibrations, et une lentille flottante qui leur est asservie se déplace perpendiculairement à l’axe optique pour rétablir la fixité de l’image. Ce type de système a depuis connu des progrès importants, par exemple pour permettre de supprimer les vibrations lorsqu’on suit un sujet en mouvement. Dans ce cas, les capteurs différencient les mouvements volontaires des trépidations qui ne le sont pas, et adaptent en conséquence la stabilisation. Cette différenciation est évidemment indispensable pour un appareil tenue à main levée. Celle-ci était moins efficace sur les premiers objectifs stabilisés, le gain de stabilité était ainsi moins important.

Le système anti-bougé des zooms Fuji de la série X comme le 18-55 mm ou le 40-150 mm est destiné à supprimer à la fois les vibrations rapides de l’appareil et les mouvements involontaires un peu plus amples, tout en ignorant les mouvements volontaires que le photographe veut imprimer à son appareil, par exemple pour suivre un sujet qui se déplace. Illustration © Fujifilm.

Les objectifs stabilisés sont maintenant bien au point, de telle sorte qu’ils se sont imposés. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient sans inconvénients par rapport aux objectifs classiques… lorsque ces derniers sont encore en vente. Ils sont un peu plus fragiles, nettement plus lourds et plus encombrants que leur équivalents non stabilisés. On perd aussi, dans le cas de certains zooms, un bon demi-diaphragme sur la plus longue focale. Ils sont également un peu plus chers. C’est bien entendu dans le cas des téléobjectifs que la stabilisation est la plus intéressante.

La stabilisation par le boîtier

Principe de la stabilisation par déplacement du capteur : lors d’un bougé involontaire de l’appareil, des capteurs (1) analysent ce mouvement et, au moyen d’aimants (2), déplacent dans le plan-image le capteur (3). Illustration © Pentax/Ricoh.

Introduite pour la première fois par Minolta sur le Dimage A1 en 2003, la stabilisation par le boîtier fut reconduite sur le A2 (voir l’article et la séquence vidéo de Vincent Bockaert sur DPreview) et ensuite sur le 7D, reflex numérique Minolta, disparu en 2006 avec la fermeture de la marque.

Le brevet de Teramoto Tougo, ingénieur Minolta, qui a été appliqué aux bridges Dimage de la série A et au reflex 7D, utilise un capteur coulissant sur des rails-guides, avec trois moteurs. Il était remarquablement efficace pour l’époque mais ne corrigeait pas les mouvements de rotation.

Lors d’un mouvement intempestif de l’appareil, des détecteurs provoquaient le déplacement de la platine portant le capteur dans un sens opposé à celui-ci. Le déplacement était cyberné, c’est-à-dire que le capteur informait les détecteurs de la déviation qu’il avait effectué par rapport à la position de base. La gravité était elle aussi prise en compte. Le dispositif était donc, dès le départ, d’un remarquable niveau d’élaboration. Sur le A2, l’efficacité atteignait 3 diaphragmes. Sony ayant repris toute la technologie Minolta, les reflex de la marque disposent ainsi du même principe de stabilisation par le capteur.


Le capteur des reflex Pentax est monté sur une platine mobile actionnée par quatre aimants. Contrairement aux stabilisateurs d’objectif, l’effet n’est ici visible qu'en mode LiveView. On imagine sans peine que la mise au  point d’un dispositif mobile aussi précis pour des capteurs 18x24 mm dont la résolution dépasse aujourd’hui les 20 millions de pixels a dû être un casse-tête pour les ingénieurs ! Illustration © Pentax/Ricoh.

Concurremment à Minolta, Pentax déposa aussi des brevets pour des boîtiers reflex stabilisés (voir l’étude comparative approfondie de RiceHigh). Le dispositif Pentax est un peu plus élaboré, avec 4 moteurs au lieu de 3 pour déplacer le capteur, et des roulements à billes au lieu de glissières. De plus, le dispositif Pentax compense aussi les problèmes de rotation intempestive de l’appareil – lorsqu’on enfonce le déclencheur par exemple –, ce que ne permettait pas le dispositif Minolta. Le premier reflex Pentax doté d’un capteur stabilisé fut le K100D en 2006. Son efficacité était cependant, semble-t-il, moindre que celle de Minolta – avec un facteur de 2 diaphragmes. Ce système fut ensuite généralisé aux reflex de la marque.
Vue éclatée du capteur mobile du Pentax K3 II de 2015. Document © Pentax/Ricoh.

L'efficacité du système de stabilisation du Pentax K3 II, sorti en Avril 2015, serait de 4,5 diaphragmes. La précision atteint le niveau du pixel, en dépit d’un capteur de très haute résolution (24 Mpx). Olympus a aussi adopté une stabilisation par le capteur à partir du E-510, un reflex de format 4/3" sorti en 2007 (voir l’étude approfondie de Gordon Laing ainsi que, par le même auteur, cette étude du capteur). L’actuel OM-D bénéficie d’une stabilisation 5 axes. Samsung recourt aussi à la stabilisation par le boîtier.
En somme, la stabilisation est un bienfait des dieux, mais elle ne dispense pas de réfléchir avant de déclencher !

Lire également :
> Glossaire : le temps de pose
> Tous les articles du glossaire

> Excellent article interprétatif sur les deux modes de stabilsation, avec schémas (anglais)
> Article plus concis de Chris Roberts (2007, mais toujours valable, les technologies n’ayant pas fondamentalement changé, aussi en anglais)
> Article sur la stabilisation de Wikipedia France
> Article beaucoup plus complet de Wikipedia en anglais
> Description du brevet Minolta de stabilisation par déplacement du capteur (anglais)
> Étude par Ian Burley du Pentax K100D (22/5/2006), premier reflex Pentax stabilisé  (anglais)

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