Sportfolio, seul et unique festival au monde consacré à la photographie de sport, se tenait à Narbonne du 7 au 21 juin 2015 et proposait un accès gratuit à ses expositions. L'une d'elles abordant le sujet du sport et du handicap revêtait une importance particulière aux yeux des organisateurs du festival. Le cours Mirabeau accueillait ainsi "Hors-Norme", série de photographies réalisées par Pauce.

Nous avons rencontré Pauce – alias Christophe Paucelier –, photographe spécialisé dans les portraits de sportifs. Le récit de son parcours nous aide à mieux appréhender un monde situé à la croisée de deux grandes disciplines.

Sportfolio - Pauce
Pauce, photographe spécialisé dans les portraits de sportifs.

Focus Numérique – Pauce, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer quels liens vous entretenez avec les mondes de la photographie et du sport ?

Pauce – Je m'appelle Pauce et mon parcours de photographe est assez classique. J'ai appris sur le tas en commençant en 1993 dans un petit studio de la région parisienne où je travaillais comme assistant d'un portraitiste. J'ai ensuite monté mon propre studio photo où je faisais notamment du mariage et du portrait. En 1996, j'ai eu un coup de foudre... J'assistais un ami photographe, qui m'a demandé de l'accompagner au Parc des Princes pour faire une photo du Conseil général. Cela n'avait rien à voir avec le sport, mais il s'avère que nous nous sommes retrouvés avec une accréditation nous permettant d'accéder à la totalité du stade. J'ai donc pu descendre sur le terrain et c'est en regardant les photographes autour de moi que j'ai eu un flash... : c'était le métier que je voulais faire !

Sportfolio - Pauce
Éric Dargent - Surf © Pauce.

Il s'en est suivi un processus de deux ou trois ans à parcourir un grand nombre de compétitions sportives semi-professionnelles pour me constituer un book. J'ai ensuite commencé par travailler pour une agence qui s'appelait Tempsport, puis pour Corbis. J'ai ainsi opéré comme photographe de sport jusqu'en 2004, juste après les Jeux Olympiques d'Athènes.
Ensuite, j'ai monté une agence avec deux autres photographes et nous nous sommes spécialisés dans ce qu'on appelle le model release. Nous réalisions des prises de vues pour monter une banque d'images sur le thème du sport. Étant donné que j'avais une formation de portraitiste de studio, le mélange de mes deux disciplines de prédilection m'a amené à aimer le travail de mise en scène.

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"Hors-Norme", exposition de Pauce au festival Sportfolio.

Lorsque, deux ans plus tard, je me suis lancé en indépendant, j'ai commencé à faire de la photo de portrait, toujours en restant fidèle au monde du sport. J'ai à ce moment-là eu beaucoup de chance... En 2007, avant la Coupe du monde de rugby et alors que Sébastien Chabal n'était pas encore très connu, son agent m'a appelé pour me proposer de réaliser quelques portraits de lui. Nous avons donc décidé de faire une série de photos ensemble et il se trouve que quinze jours plus tard, Chabal est devenu le Zidane du rugby. Tout s'est ensuite enchaîné : une de mes images à fait la une du Sun, ça a boosté ma carrière et c'est à partir de ce moment qu'on m'a vraiment catégorisé comme un portraitiste de sportifs.

Je travaillais alors pour L'Équipe Magazine, mais surtout sur des reportages. Jean-Denis Walter, qui était à l'époque rédacteur en chef, a commencé à me faire travailler exclusivement en tant que portraitiste. C'est de cette façon que les choses se sont lancées.

Pour moi, la photographie et le sport sont deux passions complémentaires. Cela fait aujourd'hui pratiquement 20 ans que je suis dans ce milieu et je ne m'en lasse pas... J'aspire à me tourner vers d'autres disciplines pour évoluer dans mon métier, mais c'est bien dans le milieu du sport que je m'éclate le plus.

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Nantenin Keita - Athlétisme © Pauce.

Focus Numérique – Les images que vous produisez semblent impliquer un travail de mise en scène conséquent. Avez-vous des méthodes de travail particulières ?

Pauce – Je me renseigne énormément en amont sur la personne que je vais photographier. Il m'arrive de travailler plus à l'improviste, mais dans la plupart des cas, j'essaie de savoir à qui j'ai affaire pour ensuite faire des images qui correspondent vraiment au personnage. Ce travail de recherche est très important.

J'ai toujours des idées de mise en scène avant d'aborder un shooting, même s'il y a parfois une part d'improvisation en fonction du lieu où s'effectuent les prises de vues. Je n'ai aucun talent particulier de dessinateur, mais j'essaie toujours d'esquisser les images que j'ai en tête de façon à laisser un minimum de place à l'improvisation. Je ne fais, en fin de compte, pas beaucoup de prises de vues au cours d'un même shooting car beaucoup d'éléments sont décidés en amont.

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"Hors-Norme", exposition de Pauce au festival Sportfolio.

Focus Numérique – Comment se porte la profession de photographe de sport ? Subissez-vous les mêmes aléas que les photographes de presse en tant que portraitiste ?

Pauce – Il me semble que le métier de photographe est compliqué quelle que soit la discipline choisie. Il faut intégrer dès le départ que ce métier est fait de bonnes et de mauvaises périodes... Et il faut arriver à gérer cela ! En ce qui concerne la presse, il est clair que le domaine va mal et que les commandes des magazines sont de plus en plus dures. Il faut donc arriver à se tourner vers la communication, la pub... Il faut travailler avec des marques ou même produire ses propres images pour essayer de les vendre ensuite.

Les dinosaures de la profession sont extrêmement défaitistes mais je pense vraiment que le métier de photographe est par définition compliqué. C'est un métier de saltimbanque ! En ce qui me concerne, j'ai énormément bossé cette année depuis le mois d'avril... Je sais que la roue tourne et qu'il va certainement s'ensuivre une période plus difficile mais je l'intègre à ma façon d'appréhender ce métier.

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Philippe Croizon - Natation © Pauce.

Focus Numérique – Quel est le principal conseil que vous donneriez à une personne souhaitant se lancer dans la profession ?

Pauce – Ce qui me semble le plus important, c'est de créer son propre univers. Des photographes lambdas, il y en a à la pelle... Lorsqu'un client appelle un photographe, c'est bien souvent pour l'univers qu'il a su créer. C'est en ce qui me concerne ma plus grande fierté dans ce métier. Nombre de personnes disent reconnaître mes photos sans lire le nom qui les accompagne. Ce n'est pas quelque chose que je cherche, mais c'est venu naturellement à travers ma façon de travailler.

Il est possible de reconnaître une photo de David LaChapelle au premier coup d'œil, même chose pour Terry Richardson. On aime ou on n'aime pas, ce n'est pas le problème, mais ils ont su créer une signature propre à leur travail qui fait qu'on les appelle pour ça. C'est ce qui me semble le plus important.

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"Hors-Norme", exposition de Pauce au festival Sportfolio.

Focus Numérique – "Hors-Norme" est le nom votre série de photographie exposée à l'occasion du festival Sportfolio. Pouvez-vous nous en parler ?

Pauce – C'est une série qui avait été commandée par L'Équipe. À l'époque, toutes les entités du groupe avaient regroupé leurs moyens pour promouvoir le handisport. Ils m'avaient donc commandé cette série en me laissant carte blanche. Dès le départ, j'ai eu envie de faire des images qui ne soient pas larmoyantes. J'avais non seulement envie d'un peu de légèreté, mais aussi de magnifier le handicap.

Il a fallu trois mois pour penser les photos, appeler les athlètes et déterminer ce qu'il était possible de faire. Je suis ensuite parti en camping-car avec un rédacteur et un filmeur, ce qui a donné lieu à un road trip à la rencontre des athlètes. Humainement, cette expérience a été hallucinante. J'ai été confronté à des surhommes qui réalisent des exploits extraordinaires ! Je me suis vraiment amusé avec eux et j'espère avoir fait des images qui révèlent leur beauté aux yeux de tous.

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Gautier Simounet & Trésor Makunda - Course en double © Pauce.

> Le site internet du festival Sportfolio
> Le site internet de Pauce

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