Pour la plupart des photographes, une des priorités consiste à produire des photographies dont la netteté est incontestable. Le piqué serait-il devenu le Saint Graal du photographe ? Les tests consistant à photographier une mire, les logiciels permettant un affichage à 100% ainsi que de nombreuses corrections nous formatent en réalité à considérer la photographie idéale comme une image nette et sans défaut, sans grain, sans bruit... Sans âme ?

Nous apprenons sans cesse à choisir le meilleur objectif et à exploiter au mieux l'autofocus de notre appareil photo. Dans cet article, je vais vous apprendre à lâcher prise et à utiliser le flou à bon escient !

Un monde de flou

Il existe plusieurs types de flous :
- le flou de bougé
- le flou de mise au point
- le flou lié au manque de piqué de l'objectif
- le flou lié à la vitesse d'obturation
- le flou lié à la profondeur de champ (bokeh)

Le flou de bougé

Le flou de bougé est le plus souvent un flou accidentel dû à un mauvais maintien de l’appareil ou à un déclenchement trop hâtif. La photo floue est la hantise du photographe amateur, le drame familial de notre siècle. Qui n'a jamais entendu cette phrase dans sa vie de photographe : "Mais elle est floue ta photo ! Elle avait pourtant un si joli sourire ! " et vous de vous excusez : "C'est la faute de l'appareil ! ". Non, ne niez pas... On a tous eu un jour à sortir cette excuse bidon !

Au temps de l'argentique, une photo floue était conservée dans sa boîte avec d'autres images plus ou moins réussies. Avec la photographie numérique, pas de pitié : juste après avoir déclenché, le photographe – tel le maître des arènes – lui inflige le droit de vivre ou non. Le châtiment choisi est alors un envoi sans préambule vers la corbeille.

Mon premier conseil est de ne pas jeter vos photographies ratées, gardez-les. Les disques durs ont des capacités de plus en plus importantes pour un coût de plus en plus faible. Lors d'un tri de mes photographies argentiques, j'ai redécouvert des  photos : beaucoup de portraits flous, mais aussi beaucoup de sourires sur les visages ! Des années plus tard, la perception d'une photo ratée n'est plus la même, nos souvenirs réapparaissent – et cela même grâce à une photo floue.

Savoir gérer le flou en photo
La mise au point a volontairement été faite sur le pouce, avec une ouverture de f/1,8 et un capteur plein format la profondeur de champ est minime. On ne distingue plus les détails du visage... Juste un sourire !


Le flou de mise au point

Les performances des autofocus modernes réduisent les probabilités d'obtenir un flou de mise au point.  Vous pouvez bien sûr débrayer ces automatismes et sélectionner le collimateur de façon à choisir le sujet que vous voulez rendre net. Dans ce cas de figure, vous pouvez en effet vous tromper et ne pas sélectionner le collimateur correctement.

La mise au point manuelle est bien entendu plus délicate et le nombre de photos ratées est plus important. Mais la mise au point manuelle vous offre une créativité plus importante. Vous pouvez ainsi vous concentrer uniquement sur le sujet et faire votre mise au point où vous voulez. Il n'y a ainsi aucune limitation due au nombre de collimateurs – qui ne couvrent pas forcement l’intégralité du viseur.

Savoir gérer le flou en photo
Le nombre de collimateurs AF est de plus en plus important sur nos appareils photo. 


Le flou lié au manque de piqué de l'objectif

Souvenez-vous du fameux objectif que vous avez acheté à petit prix avec votre premier reflex... Celui qui produit des photographies sans relief et qui oblige à choisir une ouverture de diaphragme de f/11 pour gagner en netteté et éviter l'apparition de vignetage – petite précision, les objectifs de base achetés maintenant sont de meilleure qualité que les objectifs achetés il y a plus de 5 ans). Plus que de flou, on parle alors de mollesse de l'objectif. Nous parlons également frequemment de l'homogénéité de l'optique, les bords de l'image étant traditionnellement moins précis, moins nets que le centre.

Le flou lié à la vitesse d'obturation

Selon le déplacement du sujet, il faut choisir le temps d'exposition de façon à figer ou non la scène. Une mauvaise gestion de la vitesse d’obturation produira une photographie floue. Par exemple, un enfant qui court sera inévitablement flou s'il est photographié à une vitesse de 1/15 seconde... Mais cela peut également être l'effet recherché.

Le flou lié à la profondeur de champ

Plus la profondeur de champ est courte, plus le flou en avant et en arrière du plan de netteté est important. La profondeur de champ est naturellement utilisée pour faire ressortir le sujet et obtenir un beau flou d’arrière-plan appelé "bokeh". La taille de la zone de netteté varie en fonction de la focale utilisée, de la distance de mise au point et de l'ouverture de l'optique.

Flous créatifs

La connaissance des différents types de flous peut permettre de créer des photos floues de façon créative ! La maîtrise de la vitesse d’obturation et de l'ouverture du diaphragme va nous permettre de produire facilement plusieurs styles de photographies floues.

Coup de zoom

Ce type d'effet est également appelé zooming ou explozoom. Pour le produire, vous devez disposer d’un reflex ou d’un appareil photo numérique muni d’un zoom manuel. En effet, l’utilisation d’un zoom numérique est plus délicate – mais pas impossible. L’objectif utilisé ne doit pas forcément être de qualité ou lumineux. La technique du coup de zoom consiste à déplacer plus ou moins rapidement la bague de zoom en allant d’un extrême à l’autre, et cela au moment même où vous déclenchez.

Pour avoir un effet prononcé, vous devez utiliser le mode de priorité à la vitesse d'obturation en choisissant un temps de pose d’un minimum de 1/2 seconde. Pour ce type de prise de vues, vous devez faire attention à la surexposition si vous faites des photographies en plein jour. Fermez le diaphragme, diminuez la sensibilité ou photographiez dans des endroits peu lumineux. Voici quelques exemples de coups de zoom réalisés entre autres dans une église et dans une ruelle sombre.

Savoir gérer le flou en photo
Ici, le coup de zoom sur un néon d’une enseigne donne l’illusion d’un plafond lumineux.


Savoir gérer le flou en photo
A l’intérieur d’une église, un coup de zoom sur un vitrail permet de faire ressortir et de créer un ensemble de figures géométriques.


Savoir gérer le flou en photo
Explosion de couleur en utilisant ici les vitraux multicolores.

 

Flou de vitesse

Nous avons vu qu’en bougeant le zoom et en jouant avec la vitesse d’obturation nous obtenons des flous créatifs. La maitrise de la vitesse d’obturation permet aussi de créer une sensation de mouvement. Le principe est de positionner l’appareil photo sur un trépied en photographiant un sujet en mouvement. Un manège qui tourne photographié avec une vitesse d'obturation lente va nous donner le sentiment que le manège tourne à une vitesse incroyable.  Sur l’exemple, ci-dessous, j’ai utilisé un temps de pose d’une seconde.


Savoir gérer le flou en photo
Un manège qui tourne à une vitesse incroyable ? Non… un temps de pose d’une seconde donne l’illusion d’une vitesse folle.

Une photographie de rivière avec une vitesse d'obturation lente va rendre l’eau floue et lui donner un aspect cotonneux et magique. Si le sujet est trop lumineux, il ne faudra pas hésiter à utiliser un filtre à densité neutre pour diminuer la luminosité. Ici, j’ai eu la chance d’avoir un temps gris et peu lumineux. Je n’ai pas eu besoin d’utiliser de filtre.


Savoir gérer le flou en photo
Un temps gris, une rivière qui coule rapidement et un temps de pose d’une demi-seconde à f/22.

À l’inverse, capturer un sujet qui se déplace rapidement avec une vitesse d'obturation courte va permettre de figer l'action, l’effet de vitesse étant alors annulé. Pour redonner cette impression de vitesse, il faut suivre le sujet et utiliser une vitesse d'obturation médiane comme 1/125 ou 1/60 seconde. C'est ce qu'on appelle l'effet de filé. Si le sujet est proche, vous pouvez aussi activer le flash. Celui-ci figera le sujet, mais le flou de mouvement de l’arrière-plan sera toujours présent.


Savoir gérer le flou en photo
Pour cette prise de vue, j’ai utilisé un zoom 70-300. La vitesse d'obturation est de 1/60 seconde. J’ai suivi le sujet en faisant un mouvement horizontal et j’ai déclenché en mode rafale.

Savoir gérer le flou en photo
Sur cette scène d'action, la lumière du flash donne une dynamique et un relief plus importants. La vitesse d’obturation est de 1/50 seconde. Plusieurs essais ont été nécessaires pour obtenir le résultat escompté.

Flou lié à la profondeur de champ (bokeh)

L’utilisation d’une grande ouverture de diaphragme pour obtenir un arrière-plan flou ne demande pas une grande technicité, il faut cependant utiliser un objectif adéquat. La technique est simple, on utilise la plus grande ouverture de l’objectif et on choisit un sujet en prenant en compte l'arrière-plan. Si cela paraît simple, le choix de l’arrière-plan est plus difficile qu’il n’y parait. De la patience et de nombreux essais permettent d'obtenir de bonnes photographies. Il faut souvent se déplacer autour du sujet – voire même déplacer le sujet lui-même – de façon à utiliser le meilleur arrière-plan possible.


Savoir gérer le flou en photo
Un crapaud, une ouverture à f/2,8 et beaucoup de patience pour avoir un beau bokeh. 
 

VERDICT

Il existe donc une multitude de flous volontaires ou involontaires. Cet article a pour but de vous faire réfléchir à un autre type de photographie. La photo floue est un art à part entière !

Savoir gérer le flou en photo
Le flou nous invite à voyager, à laisser perdre notre regard, à nous faire rêver.


Lire également :
> Decouvrir le flou avec le free lensing
> Excercice photo : zooming et explozoom
> Excercice photo : le flou de filé


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