Le Reflecta ProScan 10T, scanner de films et diapositives 24 x 36 mm équipé de deux passe-vues — l'un pour le film en bande, l'autre pour le film sous cache —, a pour particularité d'offrir, pour moins de 500 €, une résolution théorique de 10 000 ppp... Qu'en est-il vraiment ?

Test Reflecta ProScan 10T

Présentation et caractéristiques

Autant la prise de vue est une activité passionnante, autant la numérisation peut souvent être considérée comme assommante. Pourtant, ressortir de nos placards nos "vieilles bobines argentiques" reste toujours un plaisir et se plonger dans l'analyse des négatifs refait très rapidement vibrer notre corde passionnelle de photographe.

L'an dernier, Reflecta, fabricant de scanners, a donc légèrement secoué la désormais petite communauté argentique sortant le ProScan 10T, permettant donc d'atteindre une résolution théorique de 10 000 ppp.
Une telle résolution s'accompagne d'une sortie de fichier de 14 370 x 9 514 px, soit une définition d'image de 136 Mpx. Sachant que les meilleurs scanners professionnels type Nikon Coolscan V ED offrent une résolution de 7 200 ppp, nous étions très curieux de voir comment se comporte notre "petit" Reflecta.

Test Reflecta T10 vue générale

Caractéristiques techniques

Technologie : CCD
Source de lumière : LED
Résolution matérielle : 10 000 DPI
Modes de numérisation  
Couleur : Entrée 48 bits ; Sortie 24/48 bits
Échelle de gris : Entrée 16 bits ; Sortie 8/16 bits
D-Max : 3,9
Infrarouge : Canal infrarouge interne
Surface de numérisation (LxL) : 36,5 x 24,3 mm
Vitesse de numérisation  
2 400 dpi: 1,05 min environ
5 000 dpi : 1,30 min environ
10 000 dpi : 1,46 min environ
Vitesse de prévisualisation  
Négatif : 20 s environ
Positif : 20 s environ
Boutons fonctions : QuickScan (Windows uniquement)
Gestion des couleurs : Calibrage mire IT8
Accessoires  
  Porte-film pour les diapositives (jusqu'à 4 diapositives)
  Porte-film pour les films en bande (jusqu'à 6 images)
Logiciel  
Logiciels : CyberView NX 5.0
  Photoshop Element 12
Système d’exploitation : Windows 8, 7, Vista, XP
  Mac Intel OS X 10.9/ 10.8/ 10.7/ 10.6/ 10.5
Divers  
Alimentation : 12 V / 1.25 A
Interface : USB 2.0
Dimensions (LxPxH) : 275 x 167 x 80 mm
Poids : 1 kg

Logiciels

Le Reflecta ProScan10T est livré avec le logiciel CyberView NX. Bien que son interface soit dépouillée, il permet de piloter le scanner rapidement et surtout facilement. Nous avons aussi installé la dernière version de SilverFast Ai Studio 8 afin d'obtenir le meilleur rendu possible. Cependant, si ce dernier représente pour beaucoup la crème des pilotes de numérisation, il reste beaucoup plus complexe à utiliser et surtout engendre un surcoût de 299 €...

reflecta T10 test review logiciel
L'interface de SilverFast Ai Studio 8 est beaucoup plus complète que celle du logiciel fourni, CyberView NX, mais il coûte 299 € et la licence n'est valable que pour un seul scanner.

Test

Nous avons pris le parti de nous pencher principalement sur le flux de production et les différentes manipulations plutôt que d'analyser les caractéristiques techniques de notre scanner. Est-il facile ou non d'installer des négatifs dans le porte-vue, d'utiliser le logiciel, quel est le temps de numérisation puis l'analyse des images ?

Pour les tests de numérisation, nous nous contenterons de travailler sur des images à 2 400 ppp et 5 000 ppp, lesquelles permettent de réduire considérablement le poids des fichiers et de réduire leur temps de numérisation. Évidemment nous analyserons aussi la pleine définition à 10 000 ppp, mais nous ne l'utiliserons pas systématiquement.

Reflecta T10 test review avec les deux passes films

Prise en main

Le Reflecta ProScan 10T est un scanner film assez compact et léger (1 kg environ). Son esthétique s'inscrit dans la droite ligne de son prédécesseur le Reflecta ProScan 7200. Sobre, épuré, il ne présente qu'un seul bouton déclenchant le scan à la volée — ou numérisation rapide — de son négatif. Cette fonction n'est malheureusement disponible qu'avec Windows.

Le Reflecta 10T déçoit un peu au niveau de sa qualité de construction. Certes, il fallait bien réduire les coûts de production pour rester sous la barre des 500 €, mais la construction "tout plastique" déçoit un peu. Pour une somme similaire, le Plustek OpticFilm 8200i Ai (testé) offre une finition plus sérieuse et un design plus avenant. En revanche, il était plus avare d'information : aucun regard sur la numérisation en cours, impossible de savoir si le passe-vue est correctement installé dans la fenêtre de numérisation...

Ce défaut du Plustek disparaît en partie ici puisque le Reflecta est équipé d'une fenêtre de visualisation rétroéclairée qui permet non seulement d'observer la numérisation en train de se faire, mais aussi de positionner correctement le passe-vue. Seul bémol, la lumière est un peu faible et s'éteint toute seule après un certain temps d'inutilisation du scanner.

Reflecta T10 test review
La finition tout plastique déçoit, mais le Reflecta ProScan 10T est léger et prend peu de place.

Passe-vues

En ce qui concerne les passe-vues pour films en bande, notre première réaction a été un soupir de lassitude. Il est vrai que nous avions un peu perdu l'habitude de manipuler des négatifs ces derniers temps, mais Reflecta ne nous facilite pas la tâche. Hormis les fenêtres prédécoupées, il n'y a ni repères pour fixer correctement la bande de film dans le passe-vue, ni ergots ou système d'accroche qui aiderait à la positionner.

De même, on regrette que Reflecta ne fournisse ni gants ni pince en plastique pour manipuler sans risque les négatifs, et surtout éviter de laisser des traces de doigt. Même si nous avons été très précautionneux, il nous est arrivé de toucher malencontreusement le négatif  pour l'ajuster correctement dans les fenêtres prédécoupées.

Reflecta T10 test review passe vues  Reflecta T10 test review passe vues

La manipulation du passe-vue pour films sous cache est quant à elle beaucoup plus facile et presque sans risque, puisqu'ils sont beaucoup plus facilement manipulables.

Reflecta T10 test review fonctionnement  Reflecta T10 test review fonctionnement
Difficile de ne pas toucher le négatif avec les doigts et il n'y a pas de repères ou d'encoche qui permettent de bloquer le film.

Enfin, autre aspect contraignant : il n'est pas possible de scanner un autre format que le 24x36... Nous avions des négatifs 24 x 36 mm exposés en format panoramique sur 6 cm de large, mais ils resteront dans nos archives pour l'instant.

Numérisation

Une fois le passe-vue en place, il ne reste plus qu'à prévisualiser puis numériser les films. Le gros bouton ceinturé d'une lumière bleue lance une numérisation rapide et envoie directement le fichier dans le répertoire préalablement défini, grâce au logiciel fournit par le fabricant CyberView NX.

Ce dernier manque cruellement de réglages et ses fonctionnalités sont peu nombreuses. L'interface très dépouillée paraît bien pauvre pour qui veut se lancer dans une interprétation poussée de son négatif. Cependant cette simplicité d'utilisation a l'avantage de ne pas perdre le néophyte dans une multitude de réglages et, d'une certaine façon, accélère le processus de production, l'image générée pouvant de toute façon par la suite être interprétée comme bon vous semble dans Photoshop.

Test Reflecta ProScan 10T

Les temps relevés pour la prévisualisation et la numérisation sont sensiblement les mêmes entre Cyber View NX et SilverFast, avec un net avantage pour ce dernier lorsqu'il s'agit d'activer le mode "Multi- Exposure". Sur un négatif couleur Portra 160VC, nous avons compté seulement 5,30 min, alors qu'avec CyberView, nous avons dû arrêter le processus au bout de 1 h, car il n'était même pas arrivé à 50 %. L'argentique s'inscrit nécessairement dans un temps long, mais il ne faut pas exagérer.

Toujours dans un souci d'économie, Reflecta a jugé bon de ne pas intégrer de système d'automatisation de la numérisation. Il faut donc insérer manuellement les négatifs, un à un, et ne pas compter sur une numérisation en lot... Dommage.

Analyse d'image

Le Reflecta ProScan 10T promet une résolution de 10 000 ppp, soit une sortie de fichier de 14 370 x 9 514 px.

Si en effet nous obtenons au maximum de la résolution une image de 136 Mpx, le ProScan 10T n'est pas capable de résoudre autant de points par pouce. Bridée par une résolution optique de 5 000 ppp, la restitution des plus fins détails ne peut excéder celle de la résolution optique. C'est donc par interpolation que le fichier de sortie est deux fois plus grand.

Cependant, en dépit de la déception causée par ce tour de passe-passe marketing, les résultats obtenus sur un scanner de cette gamme restent très bons, tant en numérisation de négatifs couleur ou noir et blanc que de diapositives.

Test Reflecta ProScan 10T

Test Reflecta ProScan 10T
Avec une numérisation de 10 000 ppp, nous obtenons un fichier de 134 Mpx, mais la résolution des détails n'excède pas celle de la résolution optique de 5 000 ppp. Il n'en demeure pas moins que la qualité est au rendez-vous.

CyberView ou SilverFast ?

Nous avons procédé à l'examen des différentes fonctionnalités du ProScan 10T en utilisant le pilote offert par le fabricant, CyberView NX, ainsi qu'avec SilverFast Ai Studio 8.

Dans les deux cas, les rendus des détails sont bons et il est assez difficile de déterminer qui, de CyberView ou de SilverFast, offre la meilleure restitution.

C'est plutôt au niveau de la gestion des couleurs et de la dynamique que le logiciel professionnel de la firme allemande s'en sort mieux. CyberView NX propose un rendu qui tire légèrement sur le magenta et une image trop contrastée là où SilverFast, lui, garde une tonalité chaude et une saturation des couleurs beaucoup plus flatteuse. L'image apparaît aussi plus agréable dans les tons moyens. Autre aspect avantageux de SilverFast : sa capacité à gérer les contrastes, notamment les basses lumières. Avec CyberView NX, l'image est bien détaillée, mais les ombres apparaissent vite bouchées.

Test Reflecta ProScan 10T
Scan d'une Fuji Portra 160VC avec CyberView NX.

Test Reflecta ProScan 10T
Le même scan (Fuji Portra 160VC) avec SilverFast.

Test Reflecta ProScan 10T
Le même scan (Fuji Portra 160VC) SilverFast et fonction Multi-Exposure activée.

Sur le fichier issu de SilverFast, on observe plus d'information dans les ombres et une plus large dynamique globale dans l'image. Nous restons sceptiques quant à la D Max de 3.9 annoncée par le fabricant, mais en jouant avec le mode "Multi-Exposure" de SilverFast, on arrivera à sortir un fichier facilement utilisable en post-production.

Test Reflecta ProScan 10T
Scan d'une Tri-X 400.

En noir et blanc, on constate un beau rendu des tonalités de gris, mais une dynamique un peu trop courte. Les noirs sont facilement enterrés et les blancs, vite surexposés.

Gestion des poussières

La manipulation des négatifs fait surgir un problème particulier qui a longtemps été considéré comme le pire ennemi du photographe : la poussière. La numérisation des négatifs entraîne donc la mise en lumière de toutes ces particules ainsi que d'un nombre important de défauts, dont des rayures.

Afin d'améliorer le rendu  de nos images, nous avons activé la correction automatique de poussières. Les deux logiciels offrent de très bons résultats. Pour une sortie à 5 000 ppp, comptez en moyenne 3,40 min avec CyberView NX, et 3 min avec SilverFast, contre respectivement 2,55 min et 1,39 min en désactivant Magic Touch ou iSRD.

Test Reflecta ProScan 10T
Numérisation d'une Fuji Provia 100F (film inversible).
 
Test Reflecta ProScan 10T
Même numérisation (Fuji Provia 100F, film inversible) avec activation de la fonction iSRD.

Durée globale

Nous l'avons vu précédemment : le rendu des images est intéressant, surtout pour un produit dans cette gamme de prix. Mais un point pourra en rebuter certains : il est totalement manuel. Le passe-vue ne bénéficie malheureusement pas de motorisation, exactement comme nous le reprochions au Plustek. Si vous avez beaucoup de films à scanner, les manipulations s'avèrent finalement fastidieuses et longues.

Conclusion

Se lancer dans le développement et la numérisation de ses négatifs semble d'un anachronisme foudroyant en ces temps d'hyper-partage et d'hyper-instantanéité. Pourtant, de nombreux amateurs souhaiteraient faire cohabiter la passion de l'argentique avec celle d'une ère moderne plus ancrée dans une logique de production rapide. En dépit des temps excessivement longs auxquels nous avons été globalement confrontés, nous ne pouvons que réaffirmer ce que nous savions déjà : travailler sur ses négatifs a quelque chose de passionnel, de sensuel et de fusionnel. Aucun matériel numérique, aussi performant et puissant soit-il, ne permet pour l'instant encore, selon nous, de retrouver la sensation d'un travail réalisé à 100 % en argentique. Et encore : nous n'évoquons ici que le développement et la numérisation à partir de films. C'est encore une tout autre poésie qui se crée au moment du tirage...

Test Reflecta ProScan 10T
Numérisation d'une Fuji Provia 100F (film inversible).

Globalement, le Reflecta ProScan 10T est un scanner qui offre un rapport qualité/prix très convenable si votre souci premier est la qualité d'image. Bien que sa résolution effective soit d'environ 5 000 ppp (donc 50 % de moins que celle annoncée par le fabricant), la qualité des images fournie est très bonne. On regrette néanmoins que les 10 000 ppp ne soient qu'une résolution "marketing", c’est-à-dire que vous pourrez davantage zoomer dans l'image, mais pas résoudre plus de détails.

En passant par SilverFast, vous tirerez la quintessence du scanner et obtiendrez des images à la colorimétrie flatteuse. En noir et blanc, même constat. La large gamme des gris allant du blanc le plus pur au noir le plus profond vous fera redécouvrir les joies de la pellicule et son grain si particulier.
CyberView NX offre quant à la lui une première approche qu'il faudra compléter avec un logiciel de retouche tel que Photoshop.

Test Reflecta ProScan 10T
Scan d'une Tri-X 400. Les tonalités de gris sont très flatteuses, mais la dynamique, un peu courte.

En ce qui concerne la dynamique, elle reste encore un peu faible dans les ombres. Au niveau des manques, on regrette aussi que ce Reflecta ProScan 10T ne dispose pas d'un moteur d'entraînement du passe-vue, ce qui aurait considérablement accéléré notre temps de production. Enfin, il est regrettable de ne trouver qu'une connectique USB 2.0 à l'heure ou le 3.0 est généralisé. Nous avons aussi évoqué la finition "tout plastique" un peu décevante.

Le Reflecta ProScan 10T est donc un bon outil, permettant de créer un pont de qualité entre un négatif et sa future interprétation numérique, mais nous pensons que le Plustek 8200AI présente un rapport qualité/prix plus avantageux. En outre, si sa capacité de résolution est moindre, il est fourni d'office avec le logiciel SilverFast Ai Studio qui coûte à lui seul 299 € et offre un meilleur rendement.


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