De l'ombre et de la lumière.... En ce mois dédié au noir & blanc, notre boîte mail a été envahie par le monochrome et c'est un grand merci que nous vous adressons : cette thématique noir & blanc vous a inspirés ! Nous avons été comblés par vos images et vos messages. Vous êtes nombreux à nous écrire pour nous féliciter de cette nouvelle rubrique et c'est grâce à votre volonté d'apprendre et d'en savoir toujours plus que nous trouvons l'énergie de continuer.

Vos photos nos conseils, mai 2015, le noir et blanc

Pour rappel, nous vous proposons chaque mois une thématique photographique à laquelle vous pouvez répondre en nous envoyant 1 à 2 images. À la fin du mois, nous sélectionnons et publions sur Focus Numérique 3 à 4 photos sur lesquelles nous vous donnons notre avis, qu'il soit bon ou mauvais !

Pièges et subtilités du noir & blanc

En ce mois de mai, la thématique était donc le noir et blanc et on peut dire que nous n'avons pas été déçus. Que vous ayez conçu votre image en monochrome dès la prise de vue ou que vous l'ayez développée dans votre logiciel préféré pour la convertir par la suite, vous avez su éviter un premier écueil : celui de la simple désaturation.



La palette des gris

En effet, une photographie noir et blanc, ce n'est pas simplement la disparition des couleurs mais, au contraire, une large gamme de tonalité de gris issue de toutes les couleurs du spectre de la lumière.

Regardez par exemple ce qu'il se passe lorsque vous travaillez directement en mode monochrome sur votre boîtier et que vous placez (artificiellement ou non) un filtre devant votre image. Un filtre rouge va accentuer les contrastes, un filtre jaune va assombrir le ciel, un filtre vert va éclaircir le feuillage, etc.

Il en est de même avec votre logiciel. Lorsque vous souhaitez convertir une image en noir et blanc, nous vous conseillons dans un premier temps d'utiliser le mélangeur de couches. Il va vous permettre de travailler avec plus ou moins d'intensité sur chacune des couches de couleur, et donc de faire ressortir certains éléments plutôt que d'autres. En augmentant la luminance de l'orange sur un visage, par exemple, vous éclaircirez la peau et la ferez davantage ressortir.

Des compositions graphiques

Par ailleurs, pour cette thématique, il était important de mettre l'accent sur un point : le graphisme de vos compositions. Plus que jamais, en photo noir et blanc, les jeux d'équilibre entre les masses et les vides sont importants. En effet, il ne suffit pas de créer une image noir et blanc pour que celle-ci soit agréable à regarder il faut aussi s'attarder sur le placement des éléments dans l'image. Jouez sur les silhouettes, les formes ou utiliser un fond sombre quand le sujet est clair par exemple afin de lui offrir un maximum de visibilité. Bravo à vous ! Vous avez majoritairement su vous placer et ordonnancer les éléments pour guider notre regard. Il n'est pas facile de trouver le bon placement dans l'espace et trouver ce qui guidera notre oeil. Mais votre regard de fidèle lecteur a su composer avec le décor et organiser ce grand désordre qui précède notre acte photographique. 

L'essence de la lumière

Dans notre Vos photos, nos conseils du mois dernier ("Lumières de printemps"), nous mettions l'accent sur la lumière comme élément constitutif de la narration d'une image. Rien n'est plus important en photo noir et blanc : sans lumière, l'image manquera de punch et vous vous retrouverez là aussi avec une image plate et grise.

Sans forcément chercher à imiter le style de Daido Moryama, il est toujours pertinent de jouer sur les contrastes lumineux d'une image monochrome. Après tout, n'est-ce pas justement en jouant sur ces oppositions constantes d'éléments noirs, blancs et gris que l'on obtient les plus belles photos noir et blanc ?

Je n'apporterai pas de réponse tranchée ici, mais en écrivant cet article, il m'apparaît comme une évidence la réflexion suivante : la photographie noir et blanc est l'avenir de la photographie.

Un choix

Submergé par un flot incessant d'images, notre œil est désormais gavé jusque dans le fond de sa rétine de photos fixes ou animées, de chiens, de chats, d'enfants, de paysages, de publicités, de tasses de café, prises par un smartphone et partagées sur les réseaux sociaux. Nos images partagées sur ces réseaux, devenues avatars de notre existence, finissent par créer une réalité immatérielle composée d'une mosaïque de petits morceaux de vie.

Mais... cet océan pictural n'est-il pas majoritairement composé d'images — peut-on encore parler de photo ? — en couleur ? Comment se distinguer ? Comment créer une image qui me soit propre et qui crée une coupure dans ce flux incessant ?

Débarrassée de toutes les contraintes colorées de la réalité, l'image noir et blanc n'est-elle pas finalement la seule qui nous permette peut être de rêver encore un peu ? La réflexion n'étant pas close, je vous invite à me laisser vos commentaires afin de prolonger le débat sur :
Vos photos nos conseils

Mais place maintenant à vos images !

À la rédaction, les discussions ont été nourries et, preuve de votre bon niveau, nous avons pour la plupart choisi des photos très différentes les uns des autres.

Néanmoins, deux ont fait la quasi-unanimité : celle de Guillaume Wilmin et celle de Lilian Grondin.

Guillaume Wilmin

Vos photos nos conseils, mai 2015, noir et blanc, Guillaume Wilmin, photo d'origine
Sigma DP2 Quattro, f/2,8, 1/40, 100 ISO

Si la composition manque encore un peu de rigueur, notamment à cause du deuxième personnage en arrière-plan qui monte l'escalier ou du panneau de publicité qu'on lit trop facilement dans le fond, le personnage principal attire clairement notre curiosité. Son habillement singulier semble tout droit sorti d'un film de Jacques Tati et une ambiance presque issue des années 1950 prend le pas sur la composition un peu caduque.

D'ailleurs, pour accentuer cet effet cinématographique, Guillaume aurait peut-être pu utiliser le mode cinémascope 21:9 de son DP2 Quattro et un peu moins centrer son personnage :

Vos photos nos conseils, mai 2015, noir et blanc, Guillaume Wilmin, photo retouchée

Lilian Grondin

Vos photos nos conseils, mai 2015, noir et blanc, Lilian Grondin, photo d'origine

Presque prise à la volée à travers les vitres d'un pub de Brighton, cette photo semble elle aussi tout droit sortie des années 1950, d'un film noir américain cette fois. La composition est un peu fouillis, avec notamment ces multiples reflets (qui contribuent paradoxalement à bien remplir l'espace) et cette lumière en haut à gauche qui gêne la lecture, mais l'on est peu à peu saisi par cette voiture noire au loin qui semble guetter, voire menacer la dernière embrassade de notre jeune couple d'amoureux. Notre plus grand regret vient néanmoins des pieds coupés de la demoiselle et des personnages positionnés trop au bord du cadre.

Comment améliorer la composition ? Je suis content d'avoir pu contaminer mes collègues avec ma lubie du carré, puisque pour une fois c'est Céline qui sautera sur la possibilité de recadrer l'image dans ce format. Depuis notre précédent sondage et l'écrasante majorité en faveur du format carré, Arthur a jeté l'éponge et ne m'adresse plus la parole.

Notre proposition est donc de simplement se concentrer sur les éléments importants de l'image — le couple et la voiture —, d'accentuer légèrement les contrastes et, quitte à jouer le film noir à l'ancienne jusqu'au bout, de rajouter un peu de grain. C'est tout. Cela ne résout pas le problème des pieds coupés, mais l'intention est là.

Vos photos nos conseils, mai 2015, noir et blanc, Lilian Grondin, photo retouchée

Jean-Luc Lalibert

Vos photos nos conseils, mai 2015, noir et blanc, Jean-Luc Lalibert, photo d'origine

Jean-Luc, tout simplement, bravo ! Non seulement vous avez réussi à nous réconcilier, Arthur et moi, puisque nous avons tous les deux choisi votre photo, mais en plus, et c'est le plus important, elle est superbe ! Lumière, cadrage, graphisme : tout y est ! L'expression de cette vendeuse est très intéressante et pleine de mystère : se cache-t-elle, bâille-t-elle, se repose-t-elle ? Du reste, a-t-on vraiment envie de le savoir ? Les méandres de ses mains nous plongent dans une rêverie où se mêlent senteurs atypiques et lumière asiatique... Une belle image !

Julien Chan Tim

Vos photos nos conseils, mai 2015, noir et blanc, Julien Chan Tim

Vos photos ont fait débat, Julien ! Certains ont beaucoup aimé le graphisme épuré de votre première composition, d'autres ont trouvé trop fouillis et trop lissée la seconde photo. Dans les deux cas je vous félicite pour une chose : votre patience. 6 minutes de temps de pose à chaque fois, voilà qui nous replonge dans un temps photographique long, où noir et blanc ne rime pas forcément avec photographie de l'instant.

Si je suis adepte des poses longues en paysage comme ailleurs, je reste toutefois un peu déçu par la composition de votre photo de la City londonienne. Les péniches ou autres barques sur le côté gauche cassent complètement le jeu d'équilibre des masses et brouille la lecture. C'est plus que dommage, car vous aviez réussi à capter une très intéressante lumière qui venait lécher la cime des immeubles.

Pour la contre-plongée du bâtiment, c'est beaucoup plus réussi. La composition est certes beaucoup plus simple, mais retenons cet adage venu tout droit du sport automobile : "Light is right!" Au vu de son succès en compétition, le concepteur de Lotus avait vu juste en pensant à l'épure de ses modèles à la puissance pourtant modeste. Ici, c'est un peu pareil : moins on en met dans le cadre, plus on a de chance de réussir à ordonnancer les éléments.

Un détail reste sujet à polémique : votre watermark. N'est-il pas préférable de reconnaître le style du photographe par le biais de sa patte d'auteur plutôt qu'au travers de sa signature ? D'aucuns considèrent que cela fait très amateur et peu sûr de soi de signer ainsi ses photos... À voir.

Louis Latouche

Vos photos nos conseils, mai 2015, noir et blanc,

Voici une photo qui aura séduit notre rédacteur en chef, Renaud, pour son côté mystérieux, presque mystique, avec cette lumière enveloppante qui irise la fin du chemin. La symétrie choisie ici par Louis se légitime par le côté très rigoureux des jardins japonais et ce dégradé intéressant de nuances de gris allant du noir le plus profond au blanc le pur.

Personnellement, je regrette un peu le traitement trop froid de l'image. Sans cette dérive, on pourrait presque se croire face à l'une des ces images réalisées par les grands maîtres japonais des années 1960, aux contrastes très forts et pleines d'un mystère inquiétant.


Encore bravo à tous pour cette formidable moisson de photos et à très vite pour notre prochaine thématique mensuelle !

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