Au cours de nos articles précédents, nous avons abordé les notions techniques indispensables lorsque l’on pratique le portrait en extérieur. Maintenant que sont posés la gestion de la lumière et du cadre, le travail sur la lumière et l'utilisation des flashs, ainsi que l'interaction avec votre modèle et son environnement, nous allons nous pencher sur l’organisation et la préparation d’une séance en équipe en tenant compte de tous ces paramètres, mais aussi des contraintes inhérentes au travail à plusieurs.


Constituer une équipe

Il faut tout d’abord savoir que plus un photographe se professionnalise, plus il doit s’entourer d’une équipe. Il y a évidemment des cas particuliers : certains artistes se révèlent être de véritables couteaux suisses, tandis que d’autres travaillent avec des staffs pléthoriques dignes d’une production cinématographique ; mais entre ces deux extrêmes, je pense pouvoir dire que 90 % des portraitistes s’entourent de l’équipe suivante :
  • Le maquilleur : en portrait, sa fonction première est de préparer le teint d’un modèle afin d'en faire disparaître les imperfections (avant même d’apporter une touche créative). Il devra également travailler le rendu de la peau, de la plus nacrée à la plus mate, en fonction de votre direction artistique. Un maquillage naturel, contrairement à ce que l’on pourrait croire, est un exercice extrêmement technique et difficile : il faut être capable de repérer la teinte exacte de la peau, tout en conservant des nuances suivant la zone du visage et le grain de la peau. Un bon maquilleur est également capable de modifier légèrement la forme du visage, par exemple en assombrissant le dessous des pommettes afin de les faire ressortir, ou les arêtes du nez pour l'affiner. En un mot, il va magnifier le visage du modèle sans le dénaturer.
  • Le coiffeur : son rôle peut sembler évident, et lorsque l’on veut conserver une équipe réduite, le maquillage et la coiffure peuvent être réalisés par la même personne. Lorsque l’on photographie un homme, on parle d’ailleurs de "grooming" — terme anglais dont la définition recouvre toute la "mise en beauté" (une manière de dire que cette personne pourra également intervenir sur la barbe). Durant la prise du vue, le coiffeur garde un œil sur la chevelure et intervient régulièrement pour qu’elle conserve un mouvement harmonieux. Ici aussi, un rendu "naturel" est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord.
  • Le styliste : il sera là pour habiller le modèle en fonction de sa silhouette et de la direction artistique de la séance (casual, formel, créatif, décalé...). Lorsque l’on photographie des personnalités, acteurs, musiciens ou sportifs, il arrive que ces derniers soient sous contrat avec des marques. Le styliste devra alors s’assurer que les vêtements choisis n’entrent pas en contradiction avec ces contrats. De plus, lorsque ces images sont à destination de magazines de mode, il arrive que ces derniers aient également des contraintes sur les marques à mettre en valeur. On comprend aisément qu’à un certain niveau de professionnalisation, le travail du styliste est fondamental, et que le photographe aurait de grandes difficultés à le gérer en plus de sa prise de vues.
  • L’assistant : son aide est souvent indispensable pour gérer les accessoires comme les réflecteurs, les cartes mémoire, les optiques. En extérieur, il va aussi pouvoir surveiller le matériel de toute l’équipe et ne sera pas de trop lorsque l’on se déplace d’un "spot" à l’autre.

Trouver une bonne équipe, c’est bien souvent ce qui permet aux photographes que monter en qualité et en régularité. Mais le travail en groupe ne va pas sans quelques contraintes supplémentaires que le photographe doit apprendre à gérer.

Travailler en extérieur avec des équipes

Lorsque l’on travaille seul, il est facile de donner rendez‐vous à son modèle sur le lieu de la prise de vues et de lui demander d'arriver parfaitement habillée, maquillée et coiffé. Mais en équipe, évidemment, la logistique est beaucoup plus lourde.

Lorsque l’on n’a pas la chance de travailler en studio, la préparation du modèle peut devenir une aventure. Il est fortement conseillé de trouver un "camp de base" où cette préparation pourra se faire, et où vous pourrez retourner entre deux sessions de prise de vues. En effet, si passer une chaude journée d’été en extérieur n’est pas désagréable, il est indispensable en hiver de se réserver des points de repli chauffés afin de conserver énergie et bonne humeur dans l’équipe. Il peut s’agir d’un café (version petit budget), d’une chambre d’hôtel louée pour l’occasion (budget intermédiaire) ou, mieux, d'un Car‐Loge garé le plus près possible du lieu de la séance (budget important). Enfin, des sites comme Airbnb permettent de louer à prix raisonnable des appartements pour la journée, et ce, dans presque tous les quartiers (si vous n’y passez pas la nuit, vous pourrez même négocier le tarif !).

portrait en exterieur
En extérieur, un équipe doit être souple et débrouillarde pour travailler dans des conditions parfois difficiles.

Toutefois, les allers et retours peuvent faire perdre un temps précieux, surtout lorsque l’on joue avec une lumière changeante. Dans ce cas, les équipes devront parfois intervenir dehors pour corriger un maquillage ou une coiffure. Tout support sera bienvenu pour poser son matériel : un banc public, un escalier, une fontaine... Pour les changements de tenue, il existe également des cabines portables qui ne sont pas plus grosses qu’un réflecteur une fois pliées.

cabine portable
Un exemple de cabine portable

Évidemment, travailler avec des équipes et ce type d’accessoire est très peu discret : vous devrez donc impérativement demander des autorisations de tournage, alors qu’il existe une certaine tolérance si vous êtes seul avec le modèle (mais nous y reviendrons plus loin).

Faire un moodboard

Lorsque vous travaillez avec une équipe, il est indispensable que tout le monde travaille dans la même direction. Pour cela, le photographe réalise une planche d’inspiration ou "moodboard". Il s’agit d’une ou plusieurs pages réunissant les principales inspirations artistiques de la séance : ambiance générale, décors, lumières, poses, stylisme, maquillage et coiffure. Lors d’un travail commandé, il arrive que l’agence ou le magazine le réalise lui‐même, ou intervienne dessus.

Cette étape est très importante car elle permet de valider les intentions de prise de vues, mais elle permet aussi aux équipes de préparer le matériel nécessaire aux images envisagées. Le moodboard donne également l’occasion de valider des idées afin de gagner du temps lors de la prise de vue.

Grâce à Internet, il est extrêmement facile de trouver des milliers d’images d’inspiration sur les blogs comme Fubiz ou Behance, les sites des magazines ou des photographes. Pour ma part, j’utilise beaucoup Tumblr  qui permet de s’abonner à de nombreux blogs d’inspiration, et Pinterest permettant des recherches thématiques et une organisation en tableaux.

moodboard

Ces nouveaux outils sont très pratiques et permettent de réaliser des moodboards très rapidement. Pour ma part, je consacre du temps chaque jour à chercher des images par ce moyen, et ce même quand je ne prépare pas une prise de vue particulière.

Trouver des modèles, des équipes ou des lieux

Il existe de nombreux moyens de trouver des modèles ou des équipes, et ceci pour chaque niveau de professionnalisation. En photographie, le réseau est primordial, vous serez donc amené à vous inscrire sur les dizaines de réseaux sociaux existants afin de rencontrer de nouvelles personnes avec qui travailler et partager vos images. Évidemment, Facebook est sans doute aujourd’hui le réseau social le plus fréquenté, et il regorge de groupes spécialisés pour mettre en relation photographes, modèles et équipes. Mais il n’est pas le seul : LinkedIn, Viadeo ou Shapr pour les plus "pros" ; Flickr, 500px ou Viewbug, qui sont plutôt des sites spécialisés dans l’image mais possèdent une dimension sociale, et bien sûr les multiples forums dont celui de Focus Numérique... Nous n'en ferons pas ici la liste exhaustive ; les plus connus sont, évidemment, les plus fournis, mais d'autres ont le mérite de la spécialisation.

Il existe également de nombreux annuaires de modèles et d’équipes : Book.fr, très utilisé en France, Model Mayhem, plus utile à l’étranger mais intéressant en déplacement, Model Management, qui est plus récent. Il n’y a pas de sélection sur ces sites, donc attendez‐vous à trouver aussi bien des personnes expérimentées que d’absolus débutants. Dans tous les cas, prenez le temps de vous rencontrer avant la prise de vues afin de vérifier vos affinités, et parfois de débusquer quelques faux profils (cela arrive malheureusement).

Enfin, lorsque vous être professionnel (ou amateur de très bon niveau), vous pouvez consulter les sites des agences de mannequins, de comédiens ou d’équipes artistiques. Ces derniers peuvent d'ailleurs vous envoyer par lettre d'information les dernières réalisations des membres de l’agence, vous donnant ainsi l’occasion de découvrir des nouveaux talents directement dans votre boîte mail. Certaines agences de mannequins ou de comédiens sont spécialisées, comme Sports Models (modèles sportifs), Wanted (modèles atypiques et alternatifs), Plus (modèles de grande taille), Masters (modèles seniors), Frimousse (modèles enfants)... À vous de constituer votre carnet d’adresses en explorant celles qui vous correspondent et en les enregistrant dans vos favoris.

Certaines agences (sauf pour enfants) acceptent les "tests shoots" de leurs modèles débutants : vous n’aurez pas à payer le modèle, mais vous devrez fournir à l’agence des images dans un délai raisonnable afin d’étoffer le portfolio de leur mannequin. Gardez bien à l’esprit que le but des tests shoots est d’aider toute l’équipe à se constituer un portfolio ; prenez donc soin d’être à l’écoute des besoins de toutes les parties impliquées. Par ailleurs, ne vous vexez pas si une agence vous refuse des modèles : retournez les solliciter quand vous aurez un book plus fourni. De plus, il arrive que les modèles ou équipes soient annulés au dernier moment car ils ont été placés sur une prise de vues rémunérée : c’est la règle du jeu, les tests ne sont jamais prioritaires.

Enfin, pour trouver des lieux, rien ne remplace la maraude dans les rues ou à la campagne, à pied, en vélo ou en voiture. Vous pouvez parfois préparer vos repérages en épluchant Google Maps, et notamment l’option Street View qui vous permet une visite virtuelle. L’avantage de cette technique est qu'en cherchant vos décors sur une carte, vous pouvez connaître directement leur orientation (voir notre premier article, "Gérer la lumière naturelle et le lieu"), mais j’insiste sur le fait que rien ne remplace le repérage de visu. Vous pouvez aussi visiter des sites d’Urbex (exploration urbaine) où certains passionnés recensent leurs trouvailles les plus originales. En voici quelques exemples qui aiguillonneront votre curiosité :

Prenez garde toutefois : la plupart de ces lieux sont abandonnés, parfois dangereux et presque toujours interdits à tout public sans autorisation, ce qui nous amène tout naturellement à nous interroger sur quelques aspects juridiques à bien connaître lorsque l’on effectue des prises de vues en extérieur.

Où peut‐on photographier ?

Les prises de vues sur la voie publique peuvent se faire sans autorisation préalable s’il s’agit d’opérations légères du type :
  • ‐ reportages caméra à l’épaule ou sur trépied,
  • ‐ photographies d’architecture avec ou sans pied,
  • ‐ photographies de mode avec ou sans pied,
  • ‐ exercices d’écoles de formation.

Attention toutefois, car parfois, depuis la rue, vous pouvez filmer des bâtiments privés ou des bâtiments publics dont l’exploitation de l'image est soumise à restrictions, voire interdite. De plus, sachez que les parcs, comme le jardin des Tuileries ou du Luxembourg, sont tous interdits sans autorisation préalable.

Lorsque votre équipe est inférieure à 10 personnes, ces autorisations sont obtenues à la préfecture de police (Paris) ou à la mairie (région parisienne et province). En outre, comme un grand nombre d’édifices appartiennent à la Ville de Paris ou sont sous la responsabilité du ministère de la Culture et de la Communication, il vous faudra parfois obtenir d’autres autorisations.

Vous trouverez de nombreuses informations utiles pour effectuer des tournages et des prises de vue à Paris sur le site de Paris Film.

Qui peut‐on photographier ?

Vous pouvez photographier tout modèle en extérieur si vous avez son consentement (qui est évident lorsqu’il pose devant votre objectif). Il n’est pas illégal de photographier des mineurs, mais sachez que cette pratique est très strictement encadrée (agence de mannequins obligatoire pour les usages commerciaux + autorisation signée des parents dans tous les cas), et que je vous le déconseille lorsque vous pouvez faire autrement.

L'autorisation de photographier n'entraîne pas obligatoirement l'autorisation d'utiliser. Il est donc prudent de définir avec votre modèle le cadre dans lequel les photos pourront être utilisées par l'un et par l'autre, et d'établir pour cela une autorisation de diffusion. Signée en deux exemplaires par les deux parties, elle doit être limitée dans le temps, les supports et la durée. Une autorisation dans laquelle une personne céderait tout pour toute sa vie, tous supports etc. pourrait ne pas être considérée comme valable.

De plus, en extérieur, il arrive que des passants entrent dans votre cadre et soient reconnaissables, même sans être les sujets principaux de la photo. Si l'utilisation de l'image n'est pas publicitaire, vous n’êtes pas obligé de leur demander une autorisation de diffusion, à condition que l’image ne porte pas atteinte à leur vie privée ou à leur dignité. En cas de conflit, la jurisprudence est que c’est à la personne photographiée de faire la preuve du préjudice. Toutefois, dans les faits, il est beaucoup plus facile d’éviter de photographier des passants, car ceux‐ci peuvent rapidement devenir agressifs, et ce, même quand vous êtes dans votre bon droit.

Les droits des équipes

C’est déplorable, mais les maquilleurs, coiffeurs et stylistes ne sont pas reconnus comme coauteurs des images dans la loi française. Il n’est pas légalement pas nécessaire de leur demander une autorisation de diffusion pour utiliser les images. Toutefois, les bonnes pratiques — qui vous aideront d'ailleurs à conserver votre équipe — seront bien évidemment de leur demander leur avis en cas de diffusion non prévue dans votre projet initial, ou au moins de les informer régulièrement de la vie de vos images.
En résumé, soyez un photographe respectueux et reconnaissant de leur implication, même si la loi ne vous l’impose pas.

Notre dossier :
> Le portrait en extérieur 1 : gérer la lumière naturelle et le lieu
> Le portrait en extérieur 2 : travailler sa lumière
> Le portrait en extérieur 3 : utiliser des flashs
> Le portrait en extérieur 4 : diriger un modèle dans un environnement

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