Après nous être intéressés, dans les trois premiers volets de notre dossier consacré au portrait en extérieur, au choix du lieu et à la gestion de la lumière naturelle, au recours aux réflecteurs et à l'utilisation des flashs, nous nous penchons aujourd'hui sur deux autres dimensions fondamentales : le choix de la focale et de l'ouverture du diaphragme et les différentes façons d'amener un modèle à interagir avec son environnement.

Le choix de la focale

Le choix de la focale influence le rendu de votre image en de nombreux points, mais le lien entre distance, focale et déformations donne souvent lieu à de nombreuses confusions. En effet, si un objectif grand-angle peut bel et bien provoquer des déformations en coussinet (arrondissement des lignes droites particulièrement marqué au niveau des extrémités du cadre), il n'est pas directement responsable des déformations de visage octroyant à votre magnifique modèle un grand nez et de petites oreilles...

Ce type de déformation est en réalité dû à la distance de prise de vues : lorsque l'on se rapproche trop d'un visage, celui-ci apparaît comme distordu — c'est souvent le cas lors de l'utilisation d'une courte focale. Pour éviter cela tout en conservant un cadre serré, il vaut mieux conserver la même distance par rapport à son modèle et choisir une plus longue focale plutôt que de se déplacer.

De plus, mon expérience m'amène à considérer qu'utiliser une longue focale est souvent plus flatteur pour le modèle : les traits de son visage et sa silhouette paraissent plus plats et moins déformés. Ainsi, lorsque je suis en studio, j'utilise plutôt une focale de 200 mm pour un portrait serré, une focale comprise entre 110 et 150 mm pour un plan poitrine, une focale comprise entre 70 et 80 mm pour un plan taille et une focale de 50 mm ou moins pour un plan en pied.

Jouer avec les rapports de plans

Toutefois, en extérieur, une autre conséquence liée au choix de votre focale est à prendre en compte : le rapport des plans. Lorsque vous prenez une photo en grand-angle, les différents plans (premier plan, plan principal, arrière-plan) auront l'air plus éloignés que sur une même scène photographiée grâce à un téléobjectif. En conservant le même cadrage de votre sujet — comme un plan poitrine par exemple — et en changeant de focale, vous pouvez donner une importance plus ou moins grande au paysage derrière lui.

Le portrait en extérieur
Le paysage en arrière-plan évolue en fonction de la focale (70 mm, 100 mm, 135 mm et 200 mm).
 
Cet effet optique est notamment utilisé au cinéma sous l'appellation de "travelling compensé" : il s'agit de se rapprocher du sujet grâce à un travelling tout en effectuant un zoom arrière, afin que la taille du personnage par rapport au cadre reste constante. Vous aurez alors l'impression que l'arrière-plan s'éloigne progressivement du sujet.

Pouvoir moduler les rapports de plans est également très utile lorsque l'on souhaite intégrer une amorce au premier plan. Cet élément renseigne le spectateur sur la position du sujet dans son environnement ou constitue simplement un parti-pris graphique. L'amorce peut être constituée d'une grille, de l'épaule d'une personne, de végétation... Une focale plus longue rendra l'amorce plus grande par rapport au plan principal au niveau duquel est situé le sujet.

Le portrait en extérieur
La végétation floue, située au premier plan, donne à ce portrait une ambiance douce et onirique sans besoin de retouche.

La profondeur de champ

La profondeur de champ est la distance entre le premier plan et le dernier plan net. Elle dépend de trois paramètres :
  • - la distance focale – plus la distance focale est longue plus la profondeur de champ est faible ;
  • - l'ouverture du diaphragme – plus le diaphragme est ouvert plus la profondeur de champ est faible ;
  • - la taille du capteur photosensible – plus le capteur est grand plus la profondeur de champ est faible.

Ainsi, si vous photographiez à l'aide d'un boîtier Micro 4/3 et d'un objectif grand-angle, avec un diaphragme très fermé, vous obtiendrez une très grande profondeur de champ (tous les plans seront nets). A contrario, si vous photographiez à l'aide d'un boîtier plein format et d'un téléobjectif, et avec un grande ouverture de diaphragme, vous obtiendrez une profondeur de champ très faible.

Choisir une faible profondeur de champ permet de lisser la peau du modèle de façon naturelle et d'isoler ce dernier de l'arrière-plan. Ce faisant, le décor peut tendre vers l'abstraction : les éclairages urbains deviennent des cercles colorés (également appelés bokeh), la végétation se transforme en moutonnements colorés, les murs apparaissent comme des surfaces unies...

Les trois portraits suivants ont été pris au 70 mm avec trois valeurs de diaphragme différentes. L'influence de ce réglage sur la netteté de l'arrière-plan est facilement constatable. Le modèle se détache plus dans le premier cas.

Le portrait en extérieur
f/2,8.

Le portrait en extérieur
f/10.

Le portrait en extérieur
f/25.

Cela nous amène à une question importante lorsqu'il s'agit de faire des prises de vues dans un décor : comment gérer les interactions entre un modèle et son environnement ?

Intégrer un modèle dans son environnement

Le choix du décor est un élément primordial de l'histoire que votre image va raconter. Un décor végétal tel qu'un parc ou une forêt n'apportera pas du tout la même ambiance qu'un environnement urbain et montrera votre modèle d'une façon différente. L'interaction entre environnement et vêtements est également à prendre en compte : un costume ou une robe habillée auront l'air totalement naturels en ville et complètement décalés en forêt. C'est à vous de réfléchir à l'ambiance que vous cherchez à rendre afin de sélectionner des lieux et des tenues adaptés à votre direction artistique.

Le portrait en extérieur
Environnement urbain et couleurs froides donnent à ce portrait un aspect futuriste malgré des vêtements vintage.

De plus, faire interagir le modèle avec le décor — même en lui donnant une action simple à effectuer — permet de renforcer le pouvoir narratif de l'image. Le modèle peut ainsi marcher dans une rue, boire un café à une terrasse, se pencher contre le parapet d'un pont... Ces astuces peuvent donner l'effet d'une image prise sur le vif et non posée, ce qui conviendra à certains portraits.

Le portrait en extérieur
En jouant avec les feuilles, Lucie Lucas donne à ce portrait un côté décalé et cartoonesque.

Le cadrage

Intégrer un modèle à son environnement, c'est aussi réfléchir à un cadrage qui crée des rapports d'échelle. La proportion et la position d'un personnage par rapport au décor peuvent faire varier le sens d'une image. Sans vous assommer de règles de composition issues de la peinture classique ou du cinéma, disons simplement que plus un personnage est petit par rapport au cadre, plus cela créera une impression de solitude et d'isolement.

De même, placer son sujet sur les bords du cadre créera plus de force et de dynamisme que s'il est placé près du centre. Un cadre large permet donc de privilégier le côté graphique de la composition plutôt que l'expression du modèle.

Le portrait en extérieur

Enfin, une autre manière d'intégrer ou d'isoler un personnage de son environnement est de jouer sur les couleurs et la lumière. Un personnage éclairé dans un environnement sombre va forcément ressortir. C'est d'ailleurs également le cas d'un personnage portant un vêtement très coloré dans un environnement plus neutre. Jouer sur les contrastes — qu'ils soient engendrés par la lumière ou les couleurs — permet de détacher un personnage de son environnement tout en conservant une profondeur de champ importante.

Le portrait en extérieur

En jouant de ces outils (lumière, focale, ouverture du diaphragme, composition, action et couleur), vous allez pouvoir créer des portraits pleins d'émotion et de sens. Les règles évoquées dans cet article ne demandent pas mieux que d'être détournées afin de créer votre propre style !

Notre dossier
> Le portrait en extérieur 1 : gérer la lumière naturelle et le lieu
> Le portrait en extérieur 2 : travailler sa lumière
> Le portrait en extérieur 3 : utiliser des flashs
> Le portrait en extérieur 4 : diriger un modèle dans un environnement
> Le portrait en extérieur 5 : organiser sa séance en équipe

> Tous nos guides pratiques

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