Impossible d’évoquer le noir & blanc pendant un mois sans parler du tirage papier. Car oui, il y a une vie pour vos photos en dehors des écrans : le papier. Qui n’a pas ressenti une petite émotion au moment de découvrir son image sur un tirage papier ? Si les imprimantes actuelles permettent de réaliser de beaux tirages avec une variété d’encres plus ou moins grises, nous nous intéresserons à 4 différents procédés pour obtenir un tirage noir & blanc en labo.

Pour cela, nous sommes allés à la rencontre de Christophe Batifoulier, chez Picto Paris, avec l'idée de réaliser 4 tirages d’une même photo selon 4 procédés différents :
  • ­- tirage baryté sur Lambda,
  • ­- tirage jet d’encre,
  • ­- tirage jet d’encre au charbon (piezo),
  • -­ tirage baryté argentique via un internégatif réalisé au charbon.

Le royaume de Christophe s’étend sur un plateau au 1er étage au fond de la cour et s'ouvre sur un écriteau pour le moins étrange : "Carbon Dealer". Vous êtes prévenus ! En réalité, Christophe prend en charge les travaux des photographes qui optent pour un service particulier. Pas de tirage à la va-vite. Ici, on prend le temps de discuter autour des images et de comprendre le cheminement du photographe afin de trouver la meilleure expression et le résultat le plus proche de son idée originale.

carbon dealer
Christophe Batifoulier, Carbon Dealer.

Christophe peut à la fois travailler sur l'image pour obtenir un certain rendu ou utiliser l'image déjà interprétée par le photographe. Dans ce dernier cas (le nôtre), il suffira de profiler l'image pour le périphérique de sortie.

Si le travail sur l'image est important, le rendu du tirage l'est tout autant et il diverge selon le procédé de tirage sélectionné. Les choses peuvent être parfois paraître un peu complexes si vous n'êtes pas déterminé par un support, car le choix s'avère vaste, très vaste, notamment pour un tirage jet d'encre.

Le tirage de noir et blanc chez Picto Paris
Notre fichier sur l'ordinateur de Christophe : préparatif pour les différents tirages.

Les différents types de tirages

Tirage jet d'encre

D'un côté c'est cette richesse qui fait tout l'intérêt d'un tirage numérique : les imprimantes peuvent "jeter" leurs encres sur une multitude de supports, qu'ils soient brillants, mats, lisses, texturés, chauds, froids, à bords déchirés ou avec des intentions de barytés. Chez Picto, le nuancier fait bien 2 cm d'épaisseur ! Et nous ne présentons pas ici toutes finitions (contrecollage alu, caisse américaine, plexi...).

Attention, il faut bien comprendre que les papiers jet d'encre de "type baryté" n'ont pas grand-chose à voir avec le papier référent argentique. Rares sont les papiers qui contiennent encore du sulfate de baryum pour créer la couche blanche (blanc crémeux caractéristique du baryté) du papier. Toutefois, le papier BonJet Atelier Fibre contient bel est bien le précieux composé. Si vous souhaitez réellement un papier baryté, veillez bien à vérifier la composition du papier (la liste est malheureusement peu souvent présentée).

Le tirage de noir et blanc chez Picto Paris
Préparation de l'impression jet d'encre sur Epson.

Dans les différents papiers disponibles, il y a également des références très fines, des papiers japonais Awagami (42,55 g) qu'il est possible de maroufler. Cela ouvre encore d'autres perspectives.

On pourra également se poser la question des textures. Certains types de photos (portrait, paysage, architecture... ) sont-elles davantage mises en valeur avec des papiers texturés ? La réponse n'est pas évidente et il s'agit avant tout d'un choix personnel. Il faut bien veiller à ce que le papier ne vienne pas "trop" guider le regard sur le cliché, la texture ne doit pas prendre le dessus sur le travail visuellement.

Pas simple de faire un choix, donc. Après un effeuillage en règle du nuancier, nous choisissons finalement un support classique, mat et plutôt neutre : Fine Art Lisse Harman by Hahnemühle. Nous avons choisi un papier mat pour ne pas "singer" le baryté argentique qui existe encore et nous souhaitions-nous rendre compte du rendu mat et velouté de ce type de papier avec notre image.

Les papiers mats ont toutefois quelques défauts et sont notamment assez fragiles au niveau mécanique : les éraflures peuvent rapidement endommager les images. Avec un cliché clair, les griffures seront peu visibles. Il ne faut pas oublier que le tirage jet d'encre est un dépôt sur la surface du papier contrairement au papier photo dans lequel les grains photosensibles sont dans l'épaisseur du papier. Plus le tirage est dense, plus celui-ci est fragile. Il existe naturellement des solutions pour protéger son tirage, le plus simple et le plus évident étant de faire attention. Toutefois, un accident (avec une simple bague par exemple...) est vite arrivé. Il est possible de déposer un vernis pour protéger la photo. Sans protection, un tirage jet d'encre pigmentaire est mécaniquement assez fragile.

En plus du tirage jet d'encre que l'on qualifiera de "classique", vous pouvez opter pour un tirage plus exotique comme le "piezo charbon".

Tirage Piezo Charbon Cone

Pour ce procédé, les encres pigmentaires habituellement utilisées dans l'imprimante sont remplacées par des pigments noirs à base de charbon. Les résultats sont assez différents des tirages jet d'encre classiques.

Étonnamment, ce n'est pas dans les noirs que le gain est visible, mais sur les valeurs de gris, avec une très belle linéarité des valeurs. L'imprimante utilise ici 1 cartouche de noir, et 6 de gris et vernis. Si le charbon a vraiment de l'intérêt avec des images un peu "chargées", le piezo charbon fonctionne avec tous les types d'images.

Comme le jet d'encre, le tirage charbon est mécaniquement plus fragile qu'un tirage argentique. Là encore, vous pourrez également utiliser des vernis pour protéger la photo des égratignures. Le charbon n'est pas neutre et offre une tonalité plus chaude, de type sélénium.

tirage piezo charbon
Quelques "encres charbon" utilisées en piezo.

Tirage argentique classique sur Durst Lambda

Pour le tirage Lambda, les options sont peu nombreuses et nous optons pour un papier photo baryté (le vrai !). La tireuse utilise alors un laser pour exposer du véritable papier photo argentique, pixel par pixel, puis votre tirage est développé dans un procédé chimique. S’en suivent le fixage, le lavage et le séchage.

Tirage argentique par contact (internégatif)

L'idée de ce procédé est de créer un négatif à la dimension du tirage souhaité pour un tirage sans agrandisseur par contact (on pose le négatif directement sur le papier argentique). Pour créer ce négatif, il a plusieurs possibilités. Chez Picto, c'est l'imprimante piezo charbon qui reprend du service. Pour des petits et moyens formats, ce procédé donne un meilleur piqué que le travail à l'agrandisseur (légère diffusion optique). Et en plus du tirage, vous avez à votre disposition le négatif pour d'autres travaux.

Pour notre image, nous avons choisi de réaliser un tirage baryté afin de pouvoir le comparer au tirage laser de la Durst Lambda. L'internégatif est réalisé sur un film transparent Bergger. Ensuite, il faut préparer le fichier : inversion, passage en négatif et application d'une courbe de rendu pour faire correspondre les valeurs du fichier à celle du papier baryté (temps et grade donnés). Posséder un négatif ouvre également les portes à des procédés alternatifs de type cyanotype ou platine.

Comparatif de tirages noir et blanc
Comparaison des premiers tirages avec Christophe.

Comparaison des tirages

Pour comparer nos quatre tirages, nous avons procédé de deux façons : la première, technique, en analysant zone par zone les différentes parties de l'image ; puis la seconde, plus empirique, en laissant notre choix aller vers l'interprétation qui nous apparaissait comme la plus juste... quitte à être en contradiction avec l'analyse pure de l'image.

Voici dans un premier temps notre photo initiale :

Le tirage de noir et blanc chez Picto Paris

Pour réaliser cette image, nous sommes partis d'une photographie réalisée avec un Canon G7X exposée à f/1,8, 1/50s, 800 ISO. À la base, cette photo est en couleur ; il nous a donc fallu la convertir en noir et blanc en passant d'abord par le mélangeur de couche de Lightroom puis par le plug-in Silver Effect pour travailler zone par zone et simuler une granulation légèrement plus marquée que celle d'origine.

Le fichier que nous avons donné à notre tireur correspond exactement à ce que nous voulions. L'idée étant donc de pouvoir comparer le rendu des 4 impressions en se basant sur notre photographie déjà étalonnée.

Comparatif de tirages noir et blanc

Nous comparons nos 4 rendus à la lumière du jour :

Comparatif de tirages noir et blanc
De gauche à droite et de haut en bas : Piezo, Lambda, Jet d'encre et Internégatif.

Les deux rendus barytés — lambda et tirage par contact — offrent un rendu plus brillant, presque satiné qui nuit légèrement à l'observation à cause des reflets. Il faudra donc y penser si vous comptez exposer vos tirages. À côté, les deux tirages jets d'encre sont plus mats et ne souffrent d'aucune brillance.

Comparatif de tirages noir et blanc
De gauche à droite et de haut en bas : Piezo, Lambda, Jet d'encre et Internégatif.

Le point ayant été fait sur le rétroviseur de notre scène, comparons-le. Nos quatre impressions délivrent au premier abord une belle image, mais on se rend compte que le lambda avoue une faiblesse en terme de piqué et offre un rendu un peu moins précis. Le jet d'encre et la piezo proposent un rendu assez similaire, avec légèrement plus d'information dans les ombres pour la piezo et une teinte un peu plus chaude. Quant à l'internégatif le rendu est plus contrasté, mais semble aussi plus précis.

Comparatif de tirages noir et blanc
De gauche à droite et de haut en bas : Piezo, Lambda, Jet d'encre et Internégatif.

L'observation des zones noires nous apprend que l'impression jet d'encre offre un bon compromis dans les zones d'ombres. Sans les boucher, l'ensemble apparaît contrasté et les tonalités de gris, bien révélées. Pour un peu plus de contraste, l'impression piezo offre des noirs un peu plus denses, mais l'internégatif assure contraste et piqué. Le rendu est étonnant ! L'impression lambda est intéressante aussi, mais on regrette un léger manque de précision dans le rendu du grain.

Comparatif de tirages noir et blanc
De gauche à droite et de haut en bas : Piezo, Lambda, Jet d'encre et Internégatif.

Les différentes tonalités de gris ressortent magnifiquement bien sur la piezo et l'internégatif. Le grain un petit peu plus marqué sur le tirage piezo, mais le tirage par contact offre un micro-contraste saisissant. Le jet d'encre offre là encore un bon compromis, mais les hautes lumières dans le mur sont à la limite de la surexposition. Le tirage sur lambda ne démérite pas, mais comme observé ailleurs, les plus fins détails paraissent légèrement brouillés. Pour nous, c'est l'impression charbon qui s'en sort le mieux. 

Comparatif de tirages noir et blanc
De gauche à droite et de haut en bas : Piezo, Lambda, Jet d'encre et Internégatif.
Enfin en ce qui concerne le rendu des hautes lumières, on constate que le tirage par contact assure un rendu maximal des valeurs par rapport à notre image d'origine, mais manque un peu de punch. À l'opposé le jet d'encre frôle la surexposition et fait perdre un peu d'information. On retrouvera encore un bon compromis avec l'impression piezo et le tirage sur lambda, mais ce dernier manque là aussi un tout petit peu de précision.

Que choisir ?

Finalement nous ne vous cacherons pas qu'il est très difficile de départager ces quatre modes d'impression et d'écrire avec certitude quel est le meilleur rendu.

D'abord vous avez constaté que nous avions quatre papiers différents, lesquels dépendent du mode d'impression choisi. Deux sont des barytés "authentiques", c'est-à-dire contenant du sel d’argent. Deux sont du papier jet d'encre sur lesquels viennent se déposer de l'encre pigmentaire.

Par ailleurs, les différences de prix sont notables : le tirage par contact via internégatif coûte deux fois plus cher que l'impression jet d'encre classique... mais vous disposez ensuite d'un négatif qu'il vous suffit de réutiliser autant de fois que vous le souhaitez pour réimprimer votre tirage.

Le tirage lambda est le moins cher et offre un rendu tout à fait acceptable, mais en regardant bien les détails, il nous est apparu comme manquant un peu de netteté et le rendu du grain semble parfois un peu brouillon. Il constitue cependant un excellent premier pas dans le coûteux monde de l'impression.

Les tirages jet d'encre classiques et piezo charbon ont finalement notre préférence, en particulier ce dernier. Si le tirage jet d'encre offre un magnifique rendu des noirs, les blancs apparaissent presque surexposés et le passage des gris les plus clairs au blanc le plus pur est un peu trop brutal. L'image reste néanmoins globalement très belle et surtout accessible financièrement.

Le piezo charbon nous transporte déjà dans une dimension un peu plus subtile. Les noirs gagnent encore un peu en densité tout en gardant une certaine douceur. L'image apparaît plus fine et le rendu du grain est sublime. Notre seul petit bémol va à la légère dérive magenta qui apparaît surtout lorsque l'on place le tirage jet d'encre à côté (qui lui, pour le coup, apparaît trop froid). En tout cas, si vous pouvez vous permettre d'ajouter quelques euros, l'impression piezo charbon a un aspect presque magique avec beaucoup de sensualité.

Comparatif de tirages noir et blanc

Enfin, le cas de l'internégatif fait clairement débat. D'un côté il offre le rendu le plus proche de la photo, originale avec notamment une quasi-absence de teinte chaude ou froide, mais en plus la gamme des tons gris est sensationnelle. Les noirs sont profonds et puissants sans pour autant être bouchés, les blancs apparaissent aussi comme remplis d'information... ce qui finalement dessert un peu le tirage, puisque par endroit on croit voir du gris là où il doit y avoir du blanc.

Le tirage par contact a la préférence de Renaud quand Arthur l'a éliminé au premier coup d’œil. Personnellement, je le trouve peut-être un tout petit peu trop agressif. J'aime beaucoup sa capacité à rendre les tons sombres et les gris les plus clairs, mais mon cœur penche finalement vers le piezo. La sensualité de ses noirs et la largeur de traitement des informations dans les gammes de gris, sa douceur dans les hautes lumières et le rendu de son grain me séduisent définitivement.

Verdict ?

C'est donc pour le procédé piezo charbon que j'opte ! Pour couronner le tout, je me suis laissé entendre dire qu'il était possible de transformer sa vieille Epson 1400 en imprimante Piezo Charbon... promis, je m'y mets dès que j'ai le temps !

Tarifs

Reste la question du prix. Chez Picto, l'offre se décline en 3 prestations : Expo, Pro et Online.

Prestation Expo

Vous avez un rendez-vous avec le tireur pour échanger et réaliser plusieurs tirages de test si besoin, jusqu’à ce que vous soyez satisfaits.

  • - Tirage Lambda 40 x 60 cm sur papier argentique Baryté N&B Ilford : 100,80 € TTC.
  • - Tirage pigmentaire 40 x 60 cm sur papier Fine Art Harman by Hahnemühle : 118 € TTC.
  • - Tirage Piezo Charbon 40 x 60 cm sur papier Fine Art Harman by Hahnemühle : 162 € TTC.
  • - Internégatif Piezo Charbon 40 x 60 cm : 144 € TTC.
  • - Contact d’après Internegatif Piezo Charbon 40 x 60 cm sur papier argentique Baryté N&B Ilford : 164 € TTC.

Prestation Pro

Vous confiez vos fichiers et vous laissez le tireur retravailler et optimiser votre fichier si nécessaire. Cette intervention est à l’appréciation du tireur et il n’y a pas d’aller-retour avec vous.

  • - Tirage Lambda 40 x 60 cm sur papier argentique Baryté N&B Ilford : 81 € TTC.
  • - Tirage pigmentaire 40 x 60 cm sur papier Fine Art Harman by Hahnemühle : 63 € TTC.
  • - Tirage Piezo Charbon 40 x 60 cm sur papier Fine Art Harman by Hahnemühle : aux alentours de 70 € TTC.
  • - Internégatif Piezo Charbon 40 x 60 cm : 72,60 € TTC.
  • - Contact d’après Internégatif Piezo Charbon 40 x 60 cm sur papier argentique Baryté N&B Ilford : 30,30 € TTC.

Prestation Online

En toute autonomie sur Picto Online, avec l’aide des profils ICC si besoin : aucune intervention de Picto sur les fichiers transmis.

- Tirage Lambda 40 x 60 cm sur papier argentique Baryté N&B Ilford : 28,12 € TTC.
- Tirage pigmentaire 40 x 60 cm sur papier Fine Art Harman by Hahnemühle : 28,42 € TTC.
- Tirage Piezo Charbon 40 x 60 cm sur papier Fine Art Harman by Hahnemühle : 34,15 € TTC.
- Internégatif Piezo Charbon 40 x 60 cm : 34,15 € TTC.
- Contact d’après Internégatif Piezo Charbon 40 x 60 cm sur papier argentique Baryté N&B Ilford : 28,12 € TTC.

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