Comme évoqué dans notre article "Comprendre les principes de l’exposition", le temps de pose, nommé aussi souvent (mais un peu improprement) vitesse d’obturation, est lié à la luminosité disponible, à la sensibilité ISO et à l’ouverture de l’objectif, tous paramètres constitutifs d’une bonne exposition de l’image.

Ce temps de pose est celui pendant lequel l’appareil enregistre l’image de l’objectif qui se dépose sur le film ou le capteur. Cette fonction de "robinet à lumière" est dévolue à l’obturateur, dont il existe plusieurs types : mécanique, et/ou électrique. En effet, si le capteur est mis hors circuit, l’image ne peut pas être transmise au processeur (cerveau) de l’appareil, et a fortiori elle ne peut pas être enregistrée. Les différents types d’obturateurs, leur fonctionnement et leurs éventuels défauts feront l’objet d’un autre article. Je me contenterai ici de présenter en quoi le temps d’obturation influe sur l’image et comment le choisir au mieux.

Sur un haut de gamme récent, le temps de pose se règle selon une gamme très vaste, de 1/4000 ou 1/8000 s à 30 s. S’y ajoute souvent une fonction pose (B) où l’obturateur reste ouvert aussi longtemps que le déclencheur reste enfoncé. De rares appareils disposent de la pose en deux temps (T) : une première pression ouvre l’obturateur, la seconde le referme. En pratique ces poses B et T ont un intérêt très restreint, car il est rarissime qu’on y recoure vu que la gamme de sensibilités accessible monte aujourd’hui bien plus haut qu’en argentique : au moins 3 200 ISO pour les reflex, 1 600 pour les compacts.

temps de poseEnvol d’un pélican, Guadeloupe. Nikkor 4-5,6/70-300 ED à F=300 mm (450 mm équiv. 24x36) sur Nikon D300. 1/1000 s à f/6,3, 200 ISO. Une sensibilité de 800 ISO aurait autorisé 1/2000 s à f/9,5, ce qui aurait mieux figé les gouttelettes et donné une meilleure profondeur de champ, intrinsèquement très faible à une telle focale… mais on ne pense pas toujours à tout ! © L.G.C. 2010.

Le flash peut délimiter le temps de pose lorsqu’il est la seule ou la principale source de lumière. La brièveté de son éclair (1/500 à 1/100 000 s) gèle les mouvements les plus rapides, comme Arthur l’a expliqué dans son article "Découvrez la photo haute vitesse". La situation peut être plus délicate lorsque la lumière du flash se mêle à une abondante lumière ambiante, car alors l’image "gelée" du flash peut, dans le cas d’un sujet en mouvement rapide, se combiner avec un flou de bougé permis par un temps d’exposition plus long. De toute façon, la durée de l’éclair d’un flash est presque toujours plus courte que le temps d’obturation disponible pour la synchronisation de l’appareil, variable de 1/60 à 1/250 s selon les appareils.

De façon générale, pendant l’ouverture de ce "robinet" qu’est l’obturateur, tout mouvement du sujet, de l’appareil ou des deux introduit un flou dans l’image, et ce, d’autant plus que le temps d’obturation est long.

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Ces deux photos d’une cascade en Guadeloupe ont été prises sur pied, celle de gauche à 1/2 s de pose à f/18 avec un filtre gris (pour réduire la lumière), celle de droite à 1/160 s à f/4,5 sans filtre. ISO 200. Nikon D90 avec Nikkor ED 3,5-4,5/18-70 à F=47 mm (équiv. 24x36 : 70 mm). Dans l’image de gauche, l’eau forme un voile vaporeux, tandis qu’à droite, la texture est mieux conservée sans pour autant que l’image soit parfaitement nette. Photos © M.T. Colbère 2010.

Un peu d'histoire

Dans les premiers temps de la photo, la sensibilité des plaques était très faible et la luminosité des objectifs, réduite, aussi les temps de pose devaient-ils être très longs : 8 heures pour la toute première photo conservée au monde, la Vue de la fenêtre du domaine du Gras à Saint-Loup de Varennes en 1826 ou 1827 par Nicéphore Niepce, puis 10 minutes pour le Boulevard du Temple à Paris par Louis Daguerre (1838). L’obturateur était alors un simple volet destiné à démasquer et à masquer la plaque.

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Cette photo de Daguerre est l’une des premières à intégrer des personnages. En fait, les deux seuls présents sur la photo sont, selon toute vraisemblance, un homme qui fait cirer ses chaussures par un autre : eux sont restés suffisamment statiques pour être enregistrés. Les passants, les voitures à chevaux, etc., ont disparu de l’image car ils ne sont pas restés assez longtemps pour laisser une trace sur la plaque.

À la fin du XIXe siècle, le progrès des émulsions et des bains de traitement a suscité la création d’obturateurs autorisant des temps de pose courts, ce qui permit de faire des images appelées "instantanés". Vers 1900, les appareils créés par Guido Sigriste rendirent possible, comme le vantait leur publicité d’époque, de "prendre des clichés de chevaux au galop de course ou de tous autres sujets animés de mouvements de translation très rapides", au 1/5000 s, temps de pose qui n’est aujourd’hui surpassé que par quelques reflex professionnels. Le but de Sigriste, artiste-peintre, était de permettre une représentation objective des mouvements d’animaux, trop rapides pour que l’œil puisse les analyser. À partir des années 1920, en dépit de la rusticité des appareils et des surfaces sensibles (qu’il fallait tout de même soumettre à un développement très particulier), même dans des conditions de faible éclairement, ces temps de pose courts commencèrent à autoriser un photojournalisme au sens actuel.

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Lors de la deuxième conférence des réparations dues par l’Allemagne à La Haye en 1930, à 2h du matin, le Premier Ministre français André Tardieu s’est endormi tandis que celui du Travail, Louis Loucheur, épuisé, se pince le haut du nez. Un des instantanés du célèbre photo-reporter Dr Erich Salomon. Celui-ci utilisait un compact à plaques 4,5 x 6 cm Ermanox doté de l’objectif Ernostar 1,8/85, dont l’obturateur à rideaux donnait tous temps de pose de 1/20 à 1/1000 s. Salomon s’était simplement assis à la place du délégué polonais qui n’était pas venu ! Bien sûr, l’usage d’un pied ou d’un flash aurait été impossible.

GARE AU BOUGÉ DE L’APPAREIL

La priorité du photographe, c’est surtout de ne pas bouger pendant la prise de vues, sauf pour suivre un sujet mobile en mouvement plutôt linéaire, comme nous allons le voir. Je me bornerai ici à dire que pour éviter le risque de bougé, il est souhaitable, à moins d’être fort entraîné avec une main bien stable ou bien équipé d'accessoires (pied, monopode, crosse, appareil stabilisé), de ne pas tomber au-dessous d’un temps de pose correspondant, en 24x36, à l’inverse de la focale. Avec de petits capteurs il faut appliquer un coefficient, fonction de la conversion : le 1/200s étant le minimum avec une focale 200mm en 24x36, comptez le 1/300s en format DX.

Si l’on veut "geler" un sujet mobile en translation non linéaire, circulaire par exemple, il faut chercher des phases où le mouvement est arrêté, s’il y en a, comme le montre cette photo. C’est vrai aussi pour un objet mobile de face : son mouvement angulaire est nul. En revanche, gare à la variation de distance entre le sujet et vous.

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Un biker aventureux de l’association Indigest Riders saute dans la mer à Marseille. Nikon D70 avec Nikkor ED 4-5,6/70-300 à 70 mm (équiv. 24x36 105 mm), 1/800 s à f/6,3, 200 ISO. Le mouvement du sujet est minimal car le sportif a atteint le point culminant de sa trajectoire. © L.G.C. 2007

Cependant, ce sont des cas assez rares. Lors de spectacles, où le flash est presque toujours interdit (et s’il ne l’était pas, il serait à proscrire), on obtient avec un peu de pratique de beaux effets avec certains éléments flous, l’essentiel du sujet et le décor étant nets. Il est alors préférable d’avoir des objectifs à grande ouverture, f/1,2 à f/2,8 (on en trouve assez facilement d’occasion à prix raisonnable en focales fixes), et de recourir à une sensibilité élevée, 1 000 ISO ou plus. Attention à faire le point soigneusement.

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Danse des oreillers lors du spectacle Café-Danse à Aix-en-Provence.
Nikon D70 avec Nikkor ED 2,8/180 (équiv. 24x36 : 270 mm), 1/100 s à f/2,8, 1 250 ISO. © L.G.C. 2008.

COURSES, OISEAUX : SUIVEZ LE MOUVEMENT DU SUJET

Lorsque le sujet a un déplacement linéaire (courses auto-moto par exemple), il est généralement avisé de le suivre avec l’appareil : il se détache ainsi aussi nettement que possible sur un fond affecté d’un fort flou directionnel, c’est-à-dire filé. C’est le cas de cette image de cheval au galop… encore qu’elle comporte probablement une bonne dose de "photoshopisation". Celle-ci n’ôte rien à sa beauté ! Mais, pour réussir un sujet avec fond filé, il faut commencer le mouvement de l’appareil avant la photo en évitant toute brusquerie, déclencher, et continuer le mouvement ensuite.

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Cheval au galop. Canon EOS 500D, focale 53 mm (équiv. 24x36 85 mm),
1/640 s à f/5,6, 125 ISO. Image Pixabay, © carry999, 2010.

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Ce tableau vous suggère quel temps de pose minimum est conseillé pour les sports mécaniques.
© Édouard Elcet.

RÉGLER SON APPAREIL

Sur un compact simple, il n’y a que peu de réglages accessibles. Dès que la lumière commence à manquer, l’appareil a tendance à augmenter la sensibilité de façon intempestive, avec les résultats ravageurs que je vous ai décrits dans "La sensibilité ISO".

Cela peut être débrayé à condition de passer en programme de base (P). On peut alors, en naviguant dans les menus, ajuster le réglage ISO à sa guise. Pour bénéficier du temps de pose le plus court, au détriment de le profondeur de champ, il faut choisir le programme-résultat Sport, mais avec le risque d’une sensiblité ISO excessive. Il faut prendre ces appareils pour ce qu’ils sont : de petits blocs-notes pratiques pour les souvenirs ou un constat d’accident, sans se poser les questions soulevées ici.

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Ce petit compact étanche Olympus Mju Tough 3000 présente un nombre limité de réglages, tous accessibles par les menus sur l’écran arrière à l’aide du trackpad. La sensibilité ISO n’est accessible que via le programme de base (P).

Sur un reflex à commandes conventionnelles, comme le Nikon Df, le temps de pose se règle par simple rotation du barillet principal, comme on le faisait sur les reflex argentiques. Mais cette disposition est aujourd’hui limitée à quelques très haut de gamme.

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Le gros barillet de réglage du temps de pose sur un Nikon Df se trouve à gauche d’un barillet plus petit qui sert à sélectionner le mode d’exposition (manuel, priorité ouverture, temps de pose ou programme standard).

Une disposition classique, que l’on trouve sur le Nikon D90 et son successeur le D7200, est d’avoir une décomposition des commandes entre le sélecteur de mode, une molette de réglage qui sert à sélectionner les temps de pose en mode manuel ou en priorité à la vitesse (c’est-à-dire au temps de pose) et l’afficheur qui montre le temps de pose sélectionné.

temps de pose
Sur un reflex comme les Nikon D90 ou D7200, après avoir sélectionné le mode d’exposition (1), on règle le temps de pose, accessible en mode manuel ou en priorité à la vitesse, à l’aide de la molette arrière (2). Ce temps de pose, ici 1/800 s, apparaît sur l’afficheur (3). Photo LGC.

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Sur le Canon EOS 7D Mark II, la grosse roue codeuse placée sous la face arrière à droite du visualiseur tombe naturellement sous le pouce. L’ergonomie est assez différente de celle de Nikon, chacune ayant ses adeptes.

Classiquement, on considère qu’il est préférable pour les images de mouvement de recourir à la priorité au temps de pose (mode S  ou Tv) ou, dans le cas de sujets mobiles, au programme-résultat Sports.

Il est vrai que la priorité au temps de pose apparaît plus logique, parce qu’on impose directement à l’appareil le paramètre souhaité. En fait, c’est un peu illusoire. Un temps de pose trop court pour la sensibilité choisie et l’ouverture disponible sur l’objectif peut survenir si la lumière est insuffisante. Généralement, l’appareil corrige cet inconvénient pour éviter la sous-exposition.

Bien que moins logique, la priorité à l’ouverture est tout à fait utilisable sur des sujets mobiles à condition de surveiller dans le viseur ce que fait le temps de pose et de s’assurer qu’il est compatible avec la focale utilisée et le mouvement du sujet.

Le mode manuel avec mesure est risqué sur des sujets dynamiques, car il vaut mieux se concentrer sur son sujet que d’avoir à se soucier si un nuage passe et de ramener le barre-graphe à zéro pour compenser. Mieux vaut rester en mode Auto et jouer du correcteur d’exposition.

Quant aux programmes-résultat, ils permettent de travailler vite avec une maîtrise incomplète de l’appareil, mais donnent généralement des résultats moins précis qu’en contrôlant soi-même les paramètres, surtout s’ils désactivent le réglage manuel des sensibilités. En effet, ces programmes vont généralement de pair avec une gestion par l’appareil de nombreux paramètres, comme le contraste ou la saturation.

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