Troisième volet de notre série consacrée au portrait en extérieur. Après avoir vu comment comment gérer la lumière naturelle et le choix du site, puis quels étaient les outils à notre disposition pour retravailler et sculpter la lumière naturelle, nous allons maintenant nous pencher sur l’utilisation des flashs.

Nous appelons "flash" tout dispositif permettant de générer une lumière puissante durant un temps très court, de l’ordre du millième de seconde, et dont le déclenchement peut être synchronisé avec celui de l’appareil photo.

Les flashs ne peuvent donc pas être utilisés pour la vidéo. Il est difficile de prévisualiser leur rendu et ils doivent être utilisés en respectant certaines règles (notamment celle de la vitesse synchro-flash). Mais malgré ces quelques défauts, cet accessoire peut à lui seul transformer totalement le rendu de vos images et, dans certains cas, vous permettra de vous jouer d’une météo défavorable.

Les différents types de flashs

Les flashs intégrés

Certains boîtiers comme les compacts, les hybrides et les reflex d’entrée de gamme possèdent un petit flash intégré, en général positionné au-dessus ou juste à côté du viseur. Sa puissance est limitée et sa position, bien souvent fixe, mais nous verrons qu’il peut toutefois être très utile, notamment lorsque l’on veut réaliser un "fill-in" ou piloter des flashs externes.

Les cobras

Pour pallier ces rigidités, les constructeurs d’appareil photo proposent également des flashs dits "cobras", car leur forme rappelle celle du fameux serpent. Ils viennent se fixer sur la griffe porte-accessoire des appareils photo. Parmi les plus connues, citons les gammes Canon EX, Nikon SB, Sony HVL, Pentax AF, Olympus FL et autres. Il existe également des marques spécialisées proposant le plus souvent des alternatives bon marché : Sunpack, Yongnuo, Metz, etc. Par rapport aux flashs intégrés, les flashs cobras sont plus puissants, possèdent une vitesse de recharge plus rapide et ont le plus souvent une tête mobile, ce qui autorise des utilisations plus nombreuses.
Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash, exemples de flashs cobras
Les modèles haut de gamme proposent également des fonctions supplémentaires bien pratiques, comme la possibilité de focaliser la lumière, un mode de synchronisation "haute vitesse", un contrôle à distance permettant de positionner le flash n’importe où, voire un mode "lampe pilote" qui déclenche une série d’éclairs permettant de visualiser la direction de la lumière.

​Les autres flashs

Certains flashs de studio peuvent être utilisés en extérieur, qu’ils soient monoblocs, comme le Profoto B1 qui opte pour des batteries au lithium intégrées et une lampe pilote LED afin d'économiser l’énergie, ou qu'ils aient recours à des générateurs autonomes comme le Broncolor Move (acceptant toutes les torches Broncolor et donc les modélisateurs de lumière de la marque). Il existe également des systèmes hybrides avec des torches très compactes et des batteries externes, comme le système Quantum. Cependant il s’agit d’équipements onéreux et lourds ; dans cet article, nous nous concentrerons donc sur les seuls flashs intégrés et flashs cobras.
Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash, exemples de flashs monoblocs, à générateur et hybrides

Caractéristiques et précautions d’usage

Si, pour la plupart d’entre vous, vous avez le plus souvent recours au flash en intérieur ou la nuit, quand la lumière ambiante est très faible, vous allez voir qu’il y a de nombreuses raisons de l'utiliser pour des portraits de jour en extérieur.

Premièrement, la lumière produite est normalisée à 6 000 K, c’est-à-dire qu'elle est très proche de la lumière du jour (donnée en moyenne à 5 600 K, mais qui varie beaucoup durant la journée, comme cela a été vu dans le premier article de ce dossier). Elle se mélange donc naturellement avec la lumière du soleil, sans créer d’écart de température de couleur disgracieux. Dans le cas d’un coucher de soleil, où la température de couleur peut descendre sous les 4 000 K, un petit filtre orangé scotché sur le flash rééquilibrera facilement les deux sources (ce dernier étant fourni, découpé aux bonnes dimensions, avec les flashs cobras haut de gamme).

Le réglage de zoom quant à lui permet de concentrer ou au contraire d’étaler la lumière. Il s’exprime en millimètres comme pour les focales : un petit chiffre représente un grand angle, un chiffre élevé représente un angle étroit. Assez naturellement, on comprendra que si l’on veut éclairer tout le champ perçu à travers un 24 mm, il est utile de régler le zoom de son flash sur cette valeur. À noter : c’est toujours la même quantité de lumière qui est produite pour un réglage donné. Si vous choisissez un angle large, l’éclairement résultant sera donc moins important qu’avec un angle étroit, puisque vous allez répartir votre puissance lumineuse sur une plus grande surface. Changer le niveau de zoom n’a toutefois qu’une très faible influence sur la dureté de la lumière qui reste très dirigée, même avec un réglage pour grand angle.

Cette lumière étant parfois trop dure, il existe de nombreux accessoires permettant de la diffuser, de l’embout dépoli (fourni) à la boîte à lumière adaptable en passant par la toile de diffusion tendue. Gardez à l’esprit cette règle simple : plus la surface sera importante, plus la lumière sera douce. Ainsi, pas la peine de superposer les couches de diffusion pour avoir une lumière très douce ; cherchez plutôt à obtenir une surface de lumière plus importante. Une solution alternative économique, et utilisable notamment avec un flash intégré, est d’utiliser un gobelet de plastique blanc comme diffuseur. Dans de nombreux cas, le résultat sera le même qu’avec un diffuseur en plastique de petit format.
Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash, les accessoires
L’un de principaux problèmes que l’on peut rencontrer lors de l’utilisation de flashs en plein jour est la vitesse synchro-flash maximale du boîtier. En effet, les reflex modernes utilisent un obturateur constitué d’une série de lamelles. Or, au-delà d’une certaine vitesse d’obturation, le capteur n’est jamais totalement découvert : c’est une fine ouverture qui parcourt la surface sensible de haut en bas. Lorsque l’on utilise de la lumière continue, ça ne pose pas de problème, car le défilement de la bande d’exposition se fait à très grande vitesse ; mais avec un flash dont l’éclair ne dure qu’un millième de seconde, seule une petite partie de l’image sera exposée par ce dernier. Cette vitesse maximale à laquelle on peut utiliser un flash est dite "vitesse maximale de synchro-flash".

Elle dépend des appareils photo, mais se situe généralement entre 1/125 s et 1/250 s. Lorsque vous utilisez un flash de nuit ou en intérieur, la vitesse va le plus souvent être lente, donc vous serez rarement confronté à ce problème. Mais en extérieur et en pleine journée, il est probable que la vitesse d’obturation soit très importante, surtout si vous souhaitez travailler avec une grande ouverture. En conséquence, si vous utilisez des flashs cobras en extérieur, vous devez opter pour la sensibilité ISO la plus basse possible.
Il est également possible d’utiliser des filtres de densité neutre et limiter ainsi la quantité de lumière qui va atteindre votre capteur afin de continuer à shooter à pleine ouverture sans dépasser 1/250 s. Enfin, comme évoqué, certains flashs haut de gamme proposent des modes de synchronisation haute vitesse : leur éclair se prolongera sur tout le temps d’exposition, ce qui vous permettra notamment de figer un mouvement rapide.

Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash,
Un filtre de densité neutre va limiter la quantité de lumière atteignant le capteur, permettant de shooter à pleine ouverture sans dépasser la vitesse maximale de synchro-flash.

Gardez bien à l’esprit que les flashs cobras fonctionnent à pile. À mesure que celles-ci se déchargeront, le temps de recyclage de l’éclair va augmenter. Vous serez ainsi peut-être amené à remplacer des piles qui ne sont pas totalement déchargées afin de conserver une bonne cadence de tir. Pensez donc à prévoir plusieurs jeux de rechange. Si vous n’avez pas opté pour des piles rechargeables, utilisez-les dans d’autres appareils moins gourmands après usage dans un flash cobra.

​Maintenant que nous connaissons les caractéristiques techniques d’un flash et les précautions à prendre, voyant quelques cas pratiques d’utilisation.

​Le Fill-In

Le fill-in consiste à utiliser le flash pour déboucher une zone d’ombre en conservant l’éclairage naturel. Cette technique peut être très utile lorsque l’on ne dispose pas d'un réflecteur pour compenser un contre-jour et elle est tout à fait réalisable avec le flash intégré, ce qui la rend très accessible. Si la plupart des boîtiers peuvent gérer automatiquement la puissance du flash via le mode TTL, je conseille personnellement de le sous-exposer d’au moins 1 diaph et de diffuser la lumière pour conserver un aspect "contre-jour" plus naturel.

Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash,
Contre-jour non corrigé.

Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash,
Contre-jour + flash en mode TTL.

Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash,
Contre-jour + flash en mode TTL (-1 diaph).

La lumière indirecte

Le flash intégré ou cobra fixé sur l’appareil peut présenter un défaut : la lumière, trop proche de l’axe optique, va écraser les volumes, même lorsqu’elle est diffusée. La tête mobile des flashs cobras permet donc d’envoyer la lumière vers une surface réfléchissante.

En intérieur, cette surface est le plus souvent le plafond, ce qui permet d’obtenir une lumière douce et dont la direction paraît naturelle à l’œil.

En extérieur, il n’y a pas de plafond, mais l’on peut parfois trouver de grands murs blancs sur lesquels diriger notre flash. À défaut, on peut également utiliser des réflecteurs, ce qui permet de diriger cette lumière indirecte dans toutes les directions. De plus, nous avons vu dans notre deuxième article quels étaient les différents rendus possibles en fonction des revêtements de réflecteurs.

Si vous n’avez qu’un flash intégré à disposition, pas de panique : une astuce bien utile consiste à utiliser un petit morceau de miroir ou de papier aluminium pour dévier la lumière et ainsi utiliser ces techniques.

Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash,

Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash,

Détacher le flash du boîtier

Pour obtenir une lumière plus travaillée, il est possible d’utiliser un flash cobra à distance de l’appareil photo. De nombreux systèmes de raccordement existent, le plus économique étant le câble d’extension. Ce dernier va se brancher sur la griffe porte-accessoire et vous permet de conserver la communication entre le boîtier et le flash, notamment les automatismes et la mesure TTL.

On comprend toutefois aisément que son rayon d’action reste limité et qu’une communication sans fil offrirait bien plus de possibilités créatives. Pour cela, il existe plusieurs transmetteurs infrarouge ou radio, comme les Canon ST-E3-RF (permettant d’ailleurs le contrôle de plusieurs flashs Canon), les PocketWizard, ou en version plus économique les Cactus V5 ou les Yongnuo RF. Enfin, Nikon propose sur certains boîtiers un contrôle par micro-éclair : c’est le flash intégré qui va transmettre les informations au flash cobra en émettant des éclairs très rapides avant le déclenchement.

Toutes ces solutions vont permettront de fixer votre flash cobra sur un pied d’éclairage ou sur votre trépied et vous pourrez bien sûr lui adjoindre les accessoires que vous souhaitez, notamment pour diffuser la lumière. Gardez à l’esprit que le protocole radio est celui qui vous permettra d’éloigner le plus le flash du transmetteur.

Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash,  
Avec un transmetteur, il est possible de placer son flash partout où on le souhaite.

​Se jouer de la météo

On l’a vu dans notre premier article, le soleil par jour de beau temps est une source très dure et directive. La température de couleur est plus basse, autour de 4 000 K, au moment du coucher du soleil.

Ainsi, si vous êtes malheureusement victime d’un temps nuageux qui aplatit totalement votre lumière, vous pouvez créer un "faux" coucher de soleil en plaçant un flash avec un réglage de zoom important et sans diffuseur, et en laissant monter la lumière ambiante en choisissant un temps d’exposition long. Pour parachever l’illusion, changez le réglage de votre balance des blancs pour réchauffer l’image : réglez-la par exemple à 8 000 K ou 9 000 K.

Dans de nombreux cas, vous pourrez ainsi vous jouer d’une météo incontrôlable, même en cas de faible pluie ! Cette technique fonctionnera encore mieux si vous intercalez un élément comme une branche d’arbre entre le flash et le modèle : les ombres portées des feuilles suggéreront une lumière solaire qui filtre à travers la végétation printanière.

Tutoriel, le portrait en extérieur 3, le flash,  
 
Notre dossier
> Le portrait en extérieur 1 : gérer la lumière naturelle et le lieu
> Le portrait en extérieur 2 : travailler sa lumière
> Le portrait en extérieur 3 : utiliser des flashs
> Le portrait en extérieur 4 : diriger un modèle dans un environnement
> Le portrait en extérieur 5 : organiser sa séance en équipe

> Tous nos guides pratiques
> Tous nos tests de flashs de reportage

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