Fraîchement auréolé d'un titre de photographe de l'année dans la catégorie "Campagne" (Campaign) aux Sony World Photography Awards 2015, Sebastian Gil Miranda revient sur son parcours et la genèse de la série Shoot ball, not gun récompensée.

Sebastian Gil Miranda, lauréat SWPA 2015, catégorie Campaign
Sebastian Gil Miranda et son trophée SWPA 2015.

S'il est né à Paris, Sebastian a grandi en Argentine où il vit encore aujourd'hui. Son accent prononcé et ses hésitations lorsqu'il s'exprime dans la langue de Voltaire trahissent son attachement à l’Amérique du Sud : débuté en français, notre entretien s'est vu ponctué d'allocutions en anglais et même en espagnol ! C'est de cette diversité que Sebastian se nourrit, à commencer par les études. Il enchaîne des formations en psychologie, en architecture, en musique et en photographie. Il a été pendant plusieurs années professeur à l'université de Buenos Aires en Communication et Droits de l'homme. Notre homme est curieux, ouvert, affable et d'une gentillesse à toute épreuve.

crédit photo : Sebastian Gil Miranda / Shoot ball, not gun / Execution wall.
"Shoot ball, not gun", Execution wall. Crédit photo : Sebastian Gil Miranda.

Focus Numérique – Raconte-nous la genèse de ton projet Shoot ball, not gun...

Sebastien Gil Miranda – En Argentine, il y a beaucoup de bidonvilles, dont certains très dangereux avec des trafiquants et dans bandes organisées. J'ai commencé cette série en décembre 2014. Je travaille avec des associations qui ont des projets sociaux dans ces bidonvilles et je m'intéresse notamment aux enfants. Ce qui est assez étonnant, c'est que les enfants que je photographie font partie des différents groupes rivaux. Ce sont les enfants des ennemis qui jouent ensemble au football. Jeunes, ils ont les mêmes envies, les mêmes rêves : jouer au football. Ces mêmes enfants qui jouent aujourd'hui ensemble seront demain des adversaires dangereux. Dans quelques années, ils vont s'entretuer.

Sebastian Gil Miranda, Shoot ball, not gun, Shoot.
"Shoot ball, not gun", Shoot. Crédit photo : Sebastian Gil Miranda.

Focus Numérique – Dans ta série, qu’elle est ton image préférée, la plus forte, la plus représentative de ton travail ?

Sebastien Gil Miranda – C'est une bonne question. Celle que je préfère est celle de la balle qui arrive vers l'enfant. Le ballon cache la tête du joueur. C'est cette image qui m'a donné l'idée pour le titre de la série Shoot ball, not gun, car le ballon va directement dans la tête de l'enfant, comme les balles des pistolets de leurs aînés. Elle est très puissante. C'est une réussite technique en plus.

crédit photo : Sebastian Gil Mirande / Shoot ball, not gun
"Shoot ball, not gun", Num ball. Crédit photo : Sebastian Gil Miranda.

Focus Numérique – Ce prix est-il important pour ton travail ?

Sebastien Gil Miranda – Oui, c'est très important. C'est un des plus importants au monde avec le World Press Photo. Alors oui, c'est un vrai plus pour diffuser mon travail. C'est d'autant plus important que c'est la dernière année que je travaille avec cette association qui a des projets sociaux. Bien sûr, il sera plus facile de montrer mon travail à travers le monde avec ce prix. C'est la première fois que je participe au SWPA. Je suis donc très fier !

Focus Numérique – Ton reportage est également très esthétique. Comment procèdes-tu ?

Sebastien Gil Miranda – Effectivement, j'attache une grande importance à l'esthétique de mes images. J'ai besoin de lumière, d'une belle lumière. J'ai dirigé pendant des années un théâtre ; je faisais de la mise en scène et je m'occupais de la lumière. Cette lumière est essentielle pour moi. Certains photographes pensent que l'esthétique n'est pas importante pour raconter une histoire, je ne crois pas. C'est un tout. J'aime bien travailler en couleur. La couleur fait partie de la vie des personnes qui vivent dans les bidonvilles. Il faut que cette couleur soit présente.

crédit photo : Sebastian Gil Mirande / Shoot ball, not gun
"Shoot ball, not gun", Firing / Collapse. Crédit photo : Sebastian Gil Miranda.

Focus Numérique – Tu travailles également en noir et blanc. J'ai particulièrement aimé ta série Fogball qui est très graphique.

Sebastien Gil Miranda – Oui, c'est un peu plus conceptuel. Donc je peux travailler en noir et blanc. Il s'agit moins ici de raconter une histoire qu'un travail artistique.

crédit photo : Sebastian Gil Mirande / fogball
"Fogball". Crédit photo : Sebastian Gil Miranda.

crédit photo : Sebastian Gil Miranda / Fogball.
"Fogball". Crédit photo : Sebastian Gil Miranda.

Focus Numérique – As-tu d'autres projets actuellement ?

Sebastien Gil Miranda – Oui, je travaille avec d'autres photographes sur des favelas au Brésil et plus particulièrement sur celle d'Alemão (Rio de Janero). Il s'agit d'un projet social qui consiste à réunir des jeunes autour de la danse, d'un véritable ballet. C'est très beau. À l'origine, il y a Tuany Nascimento, une danseuse de 21 ans qui a représenté le Brésil au niveau international. Elle a décidé d'enseigner à d'autres enfants l'art de la danse pour sortir les jeunes de leur quotidien.

Crédit photo : Sebsatien Gil Miranda / Tuany on tip of feet, with her community on the background.
Tuany on tip of feet, with her community on the background. Crédit photo : Sebastien Gil Miranda.

Crédit photo : Sebsatien Gil Miranda / Round to close the class.
Round to close the class. Crédit photo : Sebastien Gil Miranda.

> Le site Internet de Sebastian Gil Miranda

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