Quatrième volet de notre série de reportages sur l'industrie photo Made in Japan. Après la découverte des plus folles boutiques photo de Tokyo, des lignes d'assemblage des optiques Fujinon et la visite d'Oita, le cœur de la production Canon, nous nous intéressons aujourd'hui à la production des objectifs NiKKOR.

usine Nikon Toshigi
Votre serviteur devant l'entrée de l'usine Nikon Tochigi.

Nous avons eu le privilège de pouvoir pénétrer au cœur de la production des optiques NiKKOR en visitant l'usine de Tochigi. La province montagneuse de Tochigi se situe au nord de Tokyo ; comme pour de nombreux opticiens, la pureté de son eau est très importante pour la production. En effet, ce facteur intervient dans les étapes de polissage et de couchage sur les lentilles.

usine Nikon Toshigi
Nous avons été accueillis par M. Yoshihary Shiokama, président,
et M. Keiichi Watanabe, Directeur de Tochigi Nikon Corporation.

Le site de Tochigi emploie près de 500 personnes. La majorité de son activité est liée aux optiques photographiques ; le reste, aux éléments optiques pour l'industrie. Fait intéressant, c'est le trio de zooms professionnels f/2,8 — les 14-24 mm f/2,8, 24-70 mm f/2,8 et 70-200 mm f/2,8 — qui représente la plus grosse production de l'usine. En 2013, le site a réalisé 28,5 milliards de yens de chiffre d'affaires, soit environ près de 218 millions d'euros.

NB - Nikon nous a montré l'ensemble des ateliers de production. Nous avons pu observer les différentes étapes depuis le polissage des lentilles jusqu'à l'assemblage final des objectif. Nous n'avons pas pu prendre de photo pendant notre visite de l'usine de Tochigi. Toutes les images des ateliers et des ouvriers nous ont été fournies par Nikon Corporation.

Petite histoire de l'usine Nikkor de Tochigi

Tout commence en 1961 avec l'installation de la société Sakura Electronic Industries. En 1963, la société se lance dans la production d'objectifs photographiques et Nikon entre au capital. 10 ans plus tard, elle devient Tochigi Nikon Corporation. Des structures parallèles sont montées : TN Industry, TN Trading et Jigtech Corporation. En 1990, le site commence la production de lentilles pour les machines de production de capteurs. Nikon devient en 2002 le seul actionnaire de la structure, qui a fêté ses 50 ans en 2011.

usine Nikon Toshigi
Comme les studio Warner Bros. à Holywood, Nikon a aussi son château d'eau !

La production d'optiques

Pour produire les optiques photographiques, la société est divisée en plusieurs départements : un département d'ingénierie produit, un département d'ingénierie de production, un département en charge des lentilles asphériques, un département de production et un département d'assurance qualité.

usine Nikon Toshigi
Eh oui, il y a des camions Nikon !
On vous laisse imaginer les trésors qu'ils transportent...

Le processus de production d'une optique débute par la préparation des différentes lentilles.

Tout commence par une première étape de meulage grossier qui permet de donner la forme à la lentille. Cette opération, qui dure quelques minutes, est réalisée à l'aide d'une machine équipée d'un diamant.

usine nikon tochigi
À gauche, le produit brut et à droite, la lentille sortie de la chaîne de transformation.

Vient ensuite le polissage effectué par des machines automatiques.

Le couchage se fait également à l'aide de machines automatiques sous vide qui ressemblent à de grands fours. Les différentes lentilles sont disposées sur de grandes plaques circulaires. Tout commence par un lavage puis chaque face est couchée par sublimation.

Après la phase de couchage, les lentilles sont centrées, vérifiées et peintes à la main.

usine nikon tochigi
Une machine de couchage.

usine nikon tochigi
Vérification des lentilles.

usine nikon tochigi

usine nikon tochigi
La peinture des bords des lentilles se fait au pinceau et à la main.

usine nikon tochigi

Une fois les différentes lentilles prêtes, qu'il s'agisse des classiques ou des asphériques, tous les différents éléments de l'objectif sont réunis pour l'assemblage : les lentilles, les pièces en plastique, les circuits imprimés, le moteur, etc. À cette étape, l'ennemi numéro 1 est la poussière.

usine nikon tochigi

L'assemblage s'effectue donc dans des ateliers spécifiques sans poussière (les employés portent des tenues adaptées et passent dans un sas de décontamination). Les différents composants arrivent par chariots automatiques au fur et à mesure de la production. Croyez-le si vous voulez, ces petits chariots conçus par Nikon jouent une petite musique afin que l'on puisse les détecter. Il y a sur les chaînes un stock de composants pour seulement 2 heures de production. Avant d'entrer dans l'atelier, chaque composant est nettoyé de toute poussière.

usine nikon tochigi

usine nikon tochigi

Une fois l'assemblage effectué viennent les phases d'alignement, d'inspection, d'emballage et enfin d'envoi.

Voici une petite vidéo qui montre les différentes étapes dans le processus de production chez Nikon.





Nous avons également profité de notre passage à Tokyo pour poser quelques questions à Nikon sur leur optiques : conception, prix, marché, technologie, stratégie et avenir. Nous avons rencontré MM. Mineko Kawano, Yuki Matsui et Kazuhiro Okano (Sales and Communication Strategy) du service communication ainsi que M. Satoshi Hayakawa (Imaging Business unit) du marketing. Ils nous ont reçus dans leur tout nouveau siège à Tokyo, qui, pour la petite anecdote, se situe juste en face de celui de Canon !

nikon team

Focus Numérique – La stabilisation optique est une "vieille technologie" désormais. Plusieurs constructeurs ont fait le choix de passer à une stabilisation capteur et ont implémenté une technologie sur 5 axes particulièrement efficace en vidéo. Est-il est possible, avec une stabilisation optique, d'espérer obtenir les mêmes performances qu'avec une stabilisation capteur sur 5 axes ? La stabilisation optique peut-elle encore être améliorée ?

Nikon – Oui, la stabilisation chez Nikon se fait par les objectifs avec notre technologie VR. L'intérêt de cette technologie est que son effet est visible directement dans le viseur. En quelque sorte, vous obtenez ce que vous voyez. Pour les futures améliorations, nous mettons la priorité sur la photographie et non la vidéo. Une fois que nous aurons conçu la meilleure stabilisation en photo, nous nous pencherons sur son effet en vidéo.

Focus Numérique – Les photographes français nikonistes sont en attente d'une nouvelle version du 24-70 mm f/2,8 avec une stabilisation optique VR intégrée. Quand pouvons-nous voir arriver cette nouvelle optique ?

Nikon – Vous avez raison, l'actuel 24-70 mm f/2,8G ED ne dispose pas de stabilisation optique VR. Nous avons fait le choix de ne pas implémenter cette technologie dans ce zoom pour garder le meilleur équilibre possible entre performance, poids et encombrement. Bien entendu, nous recevons beaucoup de demandes pour une nouvelle version stabilisée. Nous sommes donc en train d'étudier comment arriver à l'intégrer tout en gardant un bon équilibre (performance, poids, encombrement) et en maîtrisant le coût.

Focus Numérique – Quelle a été selon vous la plus belle innovation en matière de technologie optique sur les 5 dernières années ?

Nikon – De mon point de vue, le nouveau 300 mm f/4E PF ED VR que nous venons tout juste de lancer est la plus belle innovation de ces 5 dernières années. L'utilisation de lentilles PF permet de réduire drastiquement l'encombrement et le poids. Cette technologie a beaucoup d'avenir. On peut aussi parler des verres en fluorite qui permettent, eux aussi, de réduire l'encombrement des objectifs.

Focus Numérique – Quels seront les prochains défis en matière d'optique ? Augmenter les plages de focales des zooms, augmenter les ouvertures, réduire poids et encombrement, améliorer la définition ?

Nikon – Jusqu'à présent nous avons mis nos efforts pour réduire le poids et l'encombrement des optiques et nous continuerons dans ce sens pour le futur. Pour cela, nous avons plusieurs types de solutions disponibles. Nous avons introduit les verres fluorite dans les très longues focales. Pour le grand public, nous avons aussi conçu des zooms rétractables pour réduire l'encombrement et enfin, désormais, nous avons la technologie PF. Bien entendu, nous étudions aussi la possibilité d'améliorer les plages de focales des zooms et les ouvertures maximales. Sur ce point, nous essayons de répondre au mieux à la demande du marché.



La visite du site de Tochigi a été très impressionnante. L'usine est immense. C'est une mini ville Nikon et il y a tout pour perdre la tête ! Nous avons rencontré des gens de passion qui prenne leur métier à cœur. Bien entendu, c'est allé trop vite et on aurait aimé là aussi vous en montrer plus ! Nous tenons à remercier Nikon France et Nikon Corp. pour avoir répondu favorablement à notre demande de visite d'usine et nous avoir accueillis au Japon.

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