Fabricant américain, Lensbaby a pulvérisé les records d’originalité voici quelques années avec ses objectifs à bascule Composer, permettant de doser le flou de diverses manières dès la prise de vues.

Mais, depuis un peu plus d’un an, la firme a lancé un fish-eye à image circulaire bi-format (APS-C et plein format 24x36) qui est numéro 1 des ventes, certes modestes, de la catégorie.  À vrai dire, l’objectif n’a qu’un seul concurrent, mais de taille : le Sigma 4,5 mm f/2,8, que son petit cercle d’image destine en priorité au format APS-C (en effet, Sigma fabrique aussi un fish-eye spécifique pour le 24x36 mm).

Le Sigma 4,5 mm f/2,8, que j’ai eu trop brièvement en mains, est la Rolls de sa catégorie : piqué magnifique sur presque toute la surface, bords de l’image bien défini, transmission de tous les couplages. Il n’a qu’un inconvénient, mais de taille : son prix, celui d’un bon boîtier APS-C (environ 750 euros).

Malgré toute la fascination qu’on peut avoir pour les images rondes, il y a de quoi hésiter. Il y a certes des converters fish-eye, et on en trouve à bas prix (environ 50 euros), mais leur piqué laisse souvent à désirer. Or, avec le Lensbaby Circular Fisheye, nous avons enfin, dans la plupart des montures, un objectif compact, léger, maniable, monobloc, bien fabriqué. Et surtout de prix raisonnable : 310 euros et parfois bien moins.

Lensbaby Circular Fisheye 5,8 mm f/3,5

Le Lensbaby Circular Fisheye est compact et tient bien en mains.
La lentille frontale, très saillante, doit être maintenue parfaitement propre, surtout qu’avec l’énorme profondeur de champ toute salissure apparaît parfaitement nette sur l’image. Photo L.G.C.

PRÉSENTATION

D’emblée le produit inspire confiance. Le barillet est entièrement en alliage d’aluminium épais, la bague des diaphragmes étant toutefois en plastique. La baïonnette est elle aussi en plastique, comme sur un 18-55 mm à bas prix. J’aurais certes préféré qu’elle soit en bon laiton chromé, mais il risque de s’écouler du temps avant qu’elle ne soit usée si vous en prenez soin. La bague des distances est caoutchoutée.

Attention à ne pas perdre le bouchon avant qui est spécifique (à cause de la lentille avant très bombée). On peut en racheter un en cas de perte, mais il vous faudra sans doute le commander. Pour un grand voyage, achetez-en un d’avance. L’objectif est fourni avec un petit sac à cordonnet, qui a l’avantage d’exister mais qui est trop mince. Achetez-en vite un bon pour protéger efficacement votre objectif.

Lensbaby Circular Fisheye 5,8 mm f/3,5

En apparence au moins, la structure optique de ce fish-eye est très simple. Mais cela ne dit rien de la nature des verres utilisées ni du fait que certains éléments soient, ou non, asphériques. Dessin © Édouard Elcet d’après le schéma d’usine.

Caractéristiques
Monture Canon EF - Nikon F - Pentax K - Sony A et E, Samsung NX, Micro 4/3
Format couvert 24 x 36 mm et APS-C
Plage focale 5,8 mm fish-eye circulaire
Équivalent 24x36 sur capteur APS-C na
Ouverture maximale f/3,5
Ouverture minimale f/22
Distance de mise au point nc
Nombre de lamelles du diaphragme 6
Construction 6 éléments en 5 groupes
Éléments spécifiques na
Échelle des distances non
Rapport de reproduction nc
Motorisation non
Stabilisation non
Dimensions 65 x 72 mm
Dimanètre filtre na
Poids 295 g
Parasoleil na
Étui souple non


Ce fish-eye est-il parfait ? Non, mais il faut relativiser.

Pour sensiblement le tiers du prix du Sigma, vous perdez 100% des couplages : autofocus, mesure à pleine ouverture, et même tout type de présélection car le diaphragme est simplement cranté : j’y reviendrai. De ce fait, sur les boîtiers d’entrée ou de milieu de gamme, le posemètre peut s’avérer inutilisable : le mode manuel se fait sans mesure, comme il y a soixante ans. Mais ne chipotons pas : comme vous n’allez pas laisser en permanence l’objectif sur votre boîtier, et qu’une photo fish-eye ça se soigne, commencez par faire la mesure d’exposition avec votre objectif habituel (notamment pour une ouverture de f/5,6 ou 8 qui, comme nous le verrons, est presque toujours préférable), retenez le temps de pose obtenu, passez en mode M, et conservez-le ou reportez-le une fois le fish-eye monté.

Bien sûr, à f/5,6 et surtout à f/8, la luminosité du viseur est un peu moins bonne qu’à f/3,5, mais avec les dépolis qui équipent nos reflex actuels on y voit bien assez. Quant à la mise au point, placez l’objectif à mi-chemin entre 30 cm et l’infini (ou mieux à environ 80 cm) et n’en démordez plus : vous serez net, dès f/5,6, de 25 cm à l’infini. Une exception : si vous avez besoin d’une profondeur de champ colossale, là,  réglez la bague de distances à la main en vous servant de l’échelle de profondeur de champ. Cette dernière, sur une aussi courte focale, est si grande que cela permet presque toutes les approximations : à f/11, on est net de 10 cm à l’infini. La mise au point descend jusqu’à la lentille frontale, mais mieux vaut pour celle-ci que rien ne la touche !

Lensbaby Circular Fisheye 5,8 mm f/3,5


Dôme de la chapelle des Oblats à Aix-en-Provence. Lensbaby Circular Fisheye 3,5/5,8 à f/5,6, Nikon D300. Montage DRI dans Photoshop CS sur trois images prises à 1/30, 1/5 et 1/3s par bracketing en raison des écarts de luminosité, ISO 200. Le cadre de la fenêtre à droite est brûlé, ce qui aurait été aussi le cas avec un bon grand-angle, mais on n’observe pas d’image parasite du diaphragme et le modelé de l’image est flatteur. J’ai supprimé les franges externes au cercle d’image (voir texte). Photo L.G.C.

Le crantage de la bague des diaphragmes est un peu trop faible, et sur certains exemplaires la bague des distances trop douce aussi : prenez garde aux déplacements intempestifs. De toutes façons, en photo comme sur route, il faut être attentif à ce que fait votre mécanique. Un appareil photo a vrai petit tableau de bord : surveillez vos commandes, sinon vous raterez vos images.

BI-FORMAT PARCE QUE FACÉTIEUX

Quel format ? Les deux ! Cet objectif donne un cercle d’image de 14,7 mm, donc qui rentre dans le format APS-C (env. 15,8x23,6mm chez Nikon, 14,9x22,3 chez Canon). Oui, mais le "Lensbaby team" a un tempérament farceur, comme le montrent à l’envi ses autres réalisations que je vous invite à découvrir en V.O sur le site "maison" ou en V.F. sur celui de l’importateur Digixo  (qui, incidemment, vend au public).

Lensbaby a choisi, non de floquer les parois internes du fût pour absorber toutes les réflexions parasites, mais, au contraire, de les rendre bien brillantes. Résultat : tout autour du cercle d’image, vous observez un anneau reflétant en miroir, certes très flou et déformé, l’image centrale. On aime ou pas, je n’en fais pas ma tasse de thé mais c’est ainsi.

Lensbaby Circular Fisheye 5,8 mm f/3,5

La photo de gauche a été réalisée avec un reflex de petit format (dit DX ou APS-C) : les franges occasionnées par le polisage interne du fût de l’objectif sont rognées en haut et en bas. Celle de droite, effectuée avec un reflex "plein format" (24x36), argentique ou numérique, présente des franges entières. Photos L.G.C.

Donc, en format APS-C, le dit anneau est coupé en haut et en bas, alors qu’il se présente entier en 24x36. L’usage du dit anneau en format APS-C, même si vous l’appréciez, est donc, le fabricant le concède, très limité. Mais j’ai fait une autre constatation : avec mon boîtier, le cercle d’image était quelque peu excentré vers le bas : la photo de gauche le montre bien. Heureusement, pas au point où le cercle aurait été rogné : il reste un peu de marge. En pareil cas, il aurait été facile d’incriminer l’objectif, mais l’affaire est moins simple que cela, voir encadré au bas de cet article (lien interne à la page pointant vers l’encadré).

Des cercles d’images pas tout à fait centrés

Ayant constaté que les cercles d’image du Lensbaby Fisheye étaient un peu décalés vers le bas (heureusement sans qu’il y ait rognage dudit cercle), j’ai d’abord songé à incriminer l’objectif, étant donné que mon boîtier (Nikon D300) était neuf, 1200 vues lors du test. Par précaution, j’ai monté l’objectif sur le Nikon D90 de ma femme qui, à environ 21.000 vues, est en état impeccable. J’ai alors observé que le décalage était légèrement moindre. Puis j’ai monté le Lensbaby sur mon Nikon D70, lui aussi en excellent état, et constaté que le décalage était encore plus réduit… Pourtant, ces trois appareils cadrent de manière vraiment précise et dans le dépoli de visée, notamment sur le D300 qui a un cadrage 100%, le cercle apparaît décalé comme il se présente sur la photo elle-même.

De retour chez l’importateur Digixo, j’ai testé deux autres exemplaires sur mes Nikon D70 et D300. L’un des deux se comportait exactement comme le premier, et le troisième présentait un décalage légèrement moindre, donc très faible sur mon D70. Ce sont donc, selon toute vraisemblance, les boîtiers qui entrent pour une bonne part dans le décalage.

Or non seulement je ne l’avais jamais constaté avec aucun autre de mes objectifs (dont mon semi-fish-eye Samyang) mais, à ma connaissance, cela n’a jamais été rapporté par aucun testeur, ni de reflex numérique, ni de fish-eye. De plus je n’ai jamais constaté de décalage entre la visée et l’image photographiée. Il est vraisemblable qu’en fin de fabrication des reflex un opérateur cale le dépoli de manière à coïncider avec le capteur, ce qui ne signifie pas que ce dernier soit parfaitement centré…

Quant aux objectifs, même APS-C, ils ont à l’évidence un cercle d’image suffisamment grand pour éviter de rogner les coins du capteur et de façon plus générale le vignetage. Le décalage ne peut donc se constater que sur les fish-eye circulaires.

Est-ce grave docteur ? Pas vraiment. En effet, l’ami n°1 de votre appareil, c’est Photoshop (même une très vieille version comme la 6 ou la 7), à défaut Photoshop Elements. Car, même en photographiant avec soin, vous ne pourrez, dans une vaste majorité des cas, pas vous dispenser d’un post-traitement. Il vous faudra donc, après avoir fait quelques images avec ce fish-eye, créer un script pour pouvoir dorénavent traiter de manière identique et "robotisée" toutes les images que vous produirez avec ce fish-eye. Les étapes de ce script sont décrites ici ici (lien vers l’encadré contenant le script en bas de page).


Un script pour réaliser des images fish-eye parfaitement centrées

Le script est une suite d’instructions qui peut être enregistrée dans un fichier annexe du logiciel, un peu comme on enregistre une conférence au magnétophone ou on filme. On démarre le script, et on laisse l’enregistrement se faire tout seul. On effectue alors une série de manipulations. Lorsqu’on a fini de les faire, on arrête le script. Désormais, celui-ci va pouvoir être re-joué chaque fois que l’on aura besoin de répéter les mêmes opérations. Il suffira de le lancer pour que toutes les opérations programmées s’effectuent automatiquement. Photoshop permet les scripts depuis fort longtemps. Cela gagne un temps considérable pourvu que la tâche à effectuer soit strictement répétitive.

Dans le cas qui nous occupe, la séquence est la suivante.

1/ Dans le menu Fenêtre, faites apparaître l’onglet Scripts (appelé Actions dans certaines versions) s’il n’est pas affiché.

2/ Cliquez sur l’outil Ellipse de sélection et, Touche Maj enfoncée (pour contraindre à un cercle), sélectionnez le cercle d’image nette. Puis, sans quitter l’outil, avec les touches de déplacement du clavier, amenez aussi précisément que possible le cercle de sélection sur celui d’image nette. Si les deux n’ont pas exactement la même dimension, allez dans le menu Sélection > Transformer la sélection et, touche Maj enfoncée, redimensionnez le cercle de sélection.

3/ Allez dans Sélection > Mémoriser la sélection. Nommez la sélection Cercle.

4/ Intervertissez la sélection (touches Maj Pomme/Ctrl I). Remplissez toute la surface hors du cercle d’image en noir (Edition > Remplir > Contenu > Noir).

5/ Choisissez le Noir comme couleur d’Arrière-plan au bas de la Barre d’outils.

6/ Si vous souhaitez une image carrée, allez dans Taille de la zone de travail. Dans la fenêtre qui s’affiche, demandez à ce que les mesures soient indiquées en pixels. Accordez à l’image exactement le même nombre de pixels en largeur qu’en hauteur et validez. Une fenêtre vous prévient que l’image sera rognée, cliquez sur OK.

7/ Retrouvez votre cercle d’image (Sélection > Récupérer la sélection > Cercle).

8/ Cliquez sur l’outil Déplacement. À l’aide des touches de déplacement du clavier, déplacez le cercle d’image jusqu’à ce qu’il se trouve au centre de l’image prise dans son ensemble.
Maintenant, arrêtez l’enregistrement du script en cliquant sur le bouton rouge au bas de l’onglet Scripts (ou Actions). Enregistrez votre image en lui donnant un nom distinct de celui de l’image d’origine afin de laisser celle-ci non modifiée (en principe, ne modifiez jamais vos images d’origine : faites des Enregistrer sous).

UNE TRÈS BONNE QUALITÉ OPTIQUE


Et sur le plan optique ? Eh bien, j’ai été fort agréablement surpris. Les trois exemplaires que j’ai eus en mains (n° 14776, 15240 et 15849) se situaient, avec un capteur à 12MPix, dans un très bon niveau, non seulement au centre, mais aussi dans au moins la moitié de la surface du cercle d’image.

Lensbaby Circular Fisheye 5,8 mm f/3,5

Le bâtiment qui a servi à nos essais, place de la Bourse à Paris. — Photo L.G.C.

L’exemplaire 15849 a fait l’objet du test le plus approfondi et c’est lui qui m’a fourni les photos de cet article. Sa qualité apparaît en affichant l’image dans Photoshop à 100% de la taille des pixels (pour un capteur à 12MPix). Cela reste acceptable presque jusqu’en bordure de champ, une prouesse pour l’angle de champ incroyablement étendu : 185° !

Lensbaby Circular Fisheye 5,8 mm f/3,5

Les extraits d’image, reproduits ici à 100% de la taille des pixels (pour un capteur à 12MPix), correspondent aux trois zones encadrées de rouge dans la figure précédente. Une photo a été prise à chaque cran de la bague des diaphragmes, mais pour des raisons de place les extraits à f/16 et f/22 n’ont pas été intégrés ici. Ce test n’a pas la valeur scientifique d’un passage au banc FTM, mais il renseigne bien sur ce qu’on peut attendre de l’objectif sur le terrain, et comment en tirer le meilleur parti.

Le meilleur rendement est à f/5,6 ou f/8.

À pleine ouverture, on n’a pas, surtout à la périphérie, le piqué optimal, ce qui est logique (peut-être un résidu d’aberration sphérique et de courbure de champ), et inévitablement si on ferme à f/11 et surtout au-delà on a de la diffraction. Mais même à f/22 cela reste exploitable quoique je pense que vous devriez vous abstenir de fermer à plus de f/11 sauf si vraiment vous voulez, par exemple, faire des poses lentes (bien sûr comme on ne peut monter aucun filtre sur un fish-eye, a fortiori on ne peut pas utiliser de filtre gris). Il y a aussi du chromatisme, ce qui est inévitable vu l’angle de champ, mais cela reste contenu, comme sur un bon ultra-grand-angle, rien à voir avec ce qu’on constaterait avec un converter premier prix.  En diaphragmant, cela ne s’améliore pas : les franges colorées se précisent ! Mais c’est toujours ainsi. Dans le cas d’intérieurs sombres avec des fenêtres très brillantes, les bords de celle-ci sont rongés par la lumière, mais cela se constate sur d’autres grands-angulaires.

Comparé à mes Nikkor, le contraste est un peu plus doux (cela se règle aisément dans le logiciel de retouche, surtout en Raw), mais les couleurs sont agréables et fidèles. Comme sur les grand-angulaires, le soleil dans le champ peut faire apparaître des images parasites du diaphragme, mais on a vu pire.

Comme avec beaucoup d’autres objectifs, une petite accentuation ne fait pas de mal (dans Photoshop Filtre > Renforcement > Netteté optimisée, ou à défaut Accentuation), surtout, en passant en mode Lab, sur la couche des gris. Ce sera votre cerise sur le gâteau ! Mais elle sera indispensable si, en format DX et avec un capteur de 16MPix et plus, vous souhaitez faire des agrandissements géants. De toutes façons, avec une telle finesse de capteur, de nombreux autres objectifs auront du mal à suivre.

Verdict

Tirer la quintessence de ce très bon petit objectif requiert un peu de pratique. Mais je ne doute pas que les amoureux d’images insolites (pas seulement architecturales), à condition de ne pas en abuser (sinon, cela peut devenir lassant) prennent grand plaisir à l’avoir intégré à leur panoplie.


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