Il existe dans Paris un lieu méconnu du grand public et qui pourtant recèle de vraies merveilles : le service des objets trouvés. Ses travées sont pleines d'histoires et d'objets plus incongrus les uns que les autres. Et dans cette multitudes de biens perdus, les appareils photo ne sont pas en reste. Mais que deviennent les boîtiers perdus ?

Vendredi matin, rue des Morillons. C’est au coin de la rue de Dantzig, à deux pas du square Georges Brassens, que l’on trouve un imposant bâtiment de brique rouge. Le service des objets trouvés de la préfecture de police de Paris se dresse, sobre, en plein cœur du 15ème arrondissement. Peu nombreux sont ceux qui savent que dans cette discrète bâtisse, sous les pavés, se cache le plus grand témoignage de l’étourderie des Parisiens. C’est en effet au 36 rue des Morillons que le Parisien dépité par la perte d’un objet pourra venir tenter sa chance au service des objets trouvés.

travées des objets trouvés
Des allées interminables pleines d'un bric-à-brac incongru.

Si le lieu peut être familier des habitués des clés de voitures qui disparaissent, des lunettes de soleil abandonnées sur un siège de métro, on oublie bien souvent le photographe négligent qui perd son matériel. Optiques, boîtiers, trépieds : le chasseur d’image n’est malheureusement pas en reste dans la course aux objets perdus. Et bien que bon nombre d’appareils se retrouvent dans les rayonnages du magasin des objets trouvés, il faut savoir que beaucoup d’entre eux ne sont jamais restitués, tout simplement car leur propriétaire ne se fait pas connaître.

Par curiosité, et pour en savoir un peu plus sur le parcours d’un appareil photo perdu, je suis donc partie rencontrer M. Cassignol, grand ordonnateur du bureau des objets trouvés de Paris. Souriant, et jamais à cours d’anecdotes, c’est avec un enthousiasme communicatif que ce grand monsieur aux petites lunettes noires et au sévère costume trois pièces me raconte, avec un plaisir certain, l’histoire de ces objets abandonnés et de ceux qui ont parfois la joie de les retrouver. J’apprends quelques truculentes histoires impliquants des valises pleines d’argent, des armes à feu plutôt particulières ou encore de simples portefeuilles dans lesquels les propriétaires ont retrouvé avec émotion tous leurs souvenirs. Que la valeur soit pécuniaire ou sentimentale, les petites histoires toujours singulières de ces gens, et leur bonheur lors de leurs retrouvailles avec un objet qui leur est cher, fait toujours chaud au cœur.

Mais passons à la partie plus théorique. Comme me l'explique M. Cassignol, seuls 25 % des objets trouvés (identifiés ou non) sont restitués. Mais lorsque une identité est trouvée, ce sont 60 % des propriétaires qui récupèrent leur bien. Mesdames et Messieurs, envisagez donc d’étiqueter votre matériel photo : il y a dans le monde plus d’âmes charitables qu'on ne le pense, et bien des boîtiers que j’ai pu croiser n’ont pas été réclamés car leur propriétaires ont pensé à tort que "qui trouve, garde".


Sagement alignés, ces boîtiers perdus attendent d'être récupérés.

Car contre toute attente, qui trouve ne garde pas toujours. Ainsi, nombreux sont les appareils qui sont rapportés aux objets trouvés. Une fois que le service les récupère, s’engage alors une course contre la montre. Les employés s’emploient à déceler chaque petit indice qui pourraient les mener à un éventuel propriétaire. S’ils font chou blanc, c’est dans les casiers du magasin, situés dans les sous-sols, que finit le boîtier.

Et il y reste pendant une durée bien précise. Pour les objets d’une valeur inférieure à 100 € (compacts, accessoires photo, etc.), vous avez trois mois pour les réclamer. Si en revanche vous égarez votre boîtier pro, vos optiques ou tout autre matériel d’une valeur estimée supérieure à 100 €, vous aurez 18 mois pour réclamer votre bien et justifier sa propriété. Un droit de garde de 11 € vous sera ensuite demandé pour récupérer votre boitier. Et si l’objet ou le lot d’objet a une valeur estimée à plus de 762 € (anciennement 5 000 francs), vous devrez régler 3 % du prix estimé.

En revanche, passé ce délai, le service est dans l’obligation de séparer de l’appareil. Généralement, deux solutions sont envisagées. La première concerne là encore les boîtiers d’une valeur inférieure à 100 €. Pour ces derniers, un brocanteur ayant passé un accord avec les Objets trouvés récupère les appareils et les revend aux Puces. Pour les boîtiers d’une valeur estimée à plus de 100 €, ou dont la définition est supérieure à 14 Mpx, c’est en salle des ventes que vous pourrez batailler pour vous approprier ces trouvailles.

Il est d’ailleurs possible de s’offrir de vraies belles pièces dans les ventes aux enchères parisiennes. Des petits compacts aux reflex, on y croise parfois de petites raretés, comme ce superbe M7 inexplicablement abandonné par son propriétaire. S’il n’est pas réclamé en temps et en heure, et si son "inventeur" (nom que l’on donne à celui qui a trouvé l’objet) ne se fait pas connaître, ce très bel argentique finira en salle des ventes.

M7_objets_trouvés
Un M7 en parfait état, abandonné depuis bientôt 18 mois. 

Si ces trouvailles peuvent sembler curieuses, sachez, amis photographes, que les Objets trouvés recèlent d’autres merveilles plus étonnantes encore au cœur de ses allées. Au-delà des longues travées regorgeant de bibelots fascinants, un petit musée de l’improbable se terre dans cette montagne d’objets en tous genre. On y trouve ainsi des témoignages incongrus comme quelques photos d’une époque lointaine, de nombreux papiers d’identités ainsi que des permis de conduire.

cartes d'identités anciennes objets trouvés
De très vieux papiers d'identité du début du XXe siècle.

photographies anciennes dans le musée des objets trouvés
Quelques photographies conservées dans le musée privé au cœur des allées du bâtiment.

On peut également croiser de vieilles caméras vidéos ainsi que ce superbe Yashica. La poussière est également d’origine.

yashica Mat 124 G musée objets trouvés
Un très beau Yashica datant des années 1980, avec optiques et pare-soleil.

Vous l’aurez compris, le parcours d’un appareil photo perdu est une aventure unique. De très belles pièces se retrouvent parfois à dormir dans les allées silencieuses du service des Objets trouvés. N’hésitez donc pas si vous égarez un jour votre matériel. Qui sait ? Une bonne âme aura peut-être eu à cœur de le rapporter à qui de droit.

> Le site de la Préfecture de Police de Paris pour les objets trouvés
> Le site des ventes domaniales qui se charge de vendre les objets non réclamés

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