« C'est pour saisir la beauté des rues, des jardins, dans la pluie et le brouillard, c'est
pour saisir la nuit de Paris que je suis devenu photographe »

Chaise Photo CRMN-Grand Palais  Brassaï
Chaise, photo © RMN-Grand Palais/Brassaï

Brassaï est né à Paris à 33 ans. Quand il décide de consacrer sa vie à la création, il délaisse son nom d'état civil de Gyula Halàsz ayant vu le jour en 1899, à Brassó (Hongrie).

Faut-il que l'émerveillement d'un enfant de 5 ans puisse être fort pour qu'il scelle le destin d'un homme ! C'est grâce à une année sabbatique de son père, professeur de littérature française, que Gyula découvre les Champs-Élysées, les jardins du Luxembourg, la tour Eiffel ; les splendeurs de la Capitale. Un éblouissement qui ne le quittera plus !

De retour en Hongrie, le jeune Halàsz fait des études aux Beaux-Arts de Budapest et fréquente ceux de Berlin dès 1921. Il y apprend le dessin et la sculpture. Cette période fastueuse des années folles lui fait côtoyer Moholy-Nagy, Kandinsky, Kokoshka...


Nu féminin, 16 novembre
Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais/Georges Meguerditchian

Pourtant dès 1924 il traverse le Rhin et aborde la Seine : enfin Paris ! La ville rêvée devient lors le lieu où il fait connaissance de celui qui demeurera, photographiquement parlant, une référence absolue : Eugène Atget. Gyula, qui gagne sa vie comme journaliste pour des magazines allemands et pour un journal sportif hongrois fréquente aussi son compatriote le photographe André Kertesz à qui il commande des images  pour illustrer ses papiers.  Mais c'est en compagnie des écrivains les plus foisonnants de l'époque  (Raymond Queneau, Paul Reverdy, Pierre Mac Orlan, Jacques Prévert) que Gyula Halàsz passe le plus clair de ses nuits !... La nuit, il arpente les rues de la ville ; et y découvre ses prophètes : des prostituées, des danseurs, des clochards, des invertis...  S'ouvre alors un monde qui sied comme un gant à l'imaginaire de cet introspectif, pour qui, « la nuit suggère, elle ne montre pas. La nuit nous trouble et nous surprend par son étrangeté ; elle libère des forces en nous qui, le jour, sont dominées par la raison [...]», écrit-il dans ses notes personnelles.


À gauche. La Môme Bijou au Bar de la Lune
Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais /Adam Rzepka

À droite. Pont de Grenelle
Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais/Adam Rzepka

Nous sommes en 1929, Gyula commence à photographier avec un appareil d'emprunt, mais fera peu après l'acquisition d'un Voigtländer. « Et c'est poussé par le désir de traduire en images tout ce qui m'émerveillait dans ce Paris nocturne, que je devins photographe, bien que jusqu'alors j'aie négligé, méprisé même la photographie. Ainsi naquit Paris de nuit publié en 1933 ». Ce premier recueil de photographies de 60 pages préfacé par Paul Morand et édité par la moderniste revue professionnelle Arts et Métiers graphiques, lui apportera une reconnaissance française et internationale qui ne démentira ni du vivant ni après la mort du photographe. En seulement quatre années, Brassaï a construit toute son œuvre photographique nocturne.

Paris nuit par Brassaï

La même année, Brassaï publie dans Le Minotaure, la revue des surréalistes, ses premières images des graffiti qui sont pour lui comme un hommage à l'enfant qui « passe, voit qu’il manque un trait, un trou pour faire l’autre œil et qui d’un geste simple compose un autre visage, une nouvelle figure sur le mur en utilisant ce qui y était déjà, mais n’avait aucune signification. » Cette publication le fera passer pour un surréaliste, courant pour lequel il ne montre guère d'intérêt malgré l'insistance d'André Breton pour l'introniser comme tel !

Les années de guerre sont difficiles : exode à Cannes en 40, mais en 1943, Picasso marqué par son travail le fait revenir à Paris pour photographier ses sculptures. Cela lui fournira trois années de travail. Après guerre, son intérêt pour la photographie s'estompe. Même si la collaboration est prestigieuse, et initiée dès 1937 par le fameux directeur artistique Alexey Brodovitch, Brassaï fera des travaux de commande pour le magazine Harper's Bazaar avec lequel il voyagera en Europe, en Turquie, en Afrique du Nord, au Brésil pendant toute la décennie 50.


Picasso
Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais  image Centre Pompidou, MNAM-CCI

Jusqu'à sa mort en 1984, Brassaï travaille à faire connaître davantage son œuvre en publiant chez des éditeurs comme Gallimard ou Delpire en France, aux États-Unis et en Allemagne. Il publie aussi des entretiens avec Henry Miller et Picasso. En 2000, lors de la donation Gilberte Brassaï, son épouse, le centre Pompidou lui consacre une très importante rétrospective. Enfin, l'année dernière, l'exposition Pour l'Amour de Paris, organisée par la Mairie de Paris, a renouvelé l'intérêt du public pour le photographe.

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