Nous l'avions déjà noté : avec sa série dp Quattro aux lignes des plus singulières, Sigma a pris tout le monde à contre-pied, et s'est totalement affranchi de la forte tendance en design photo, depuis quelques années, au retour aux sources avec des formes inspirées des modèles argentiques, à l'instar de la série Pen chez Olympus ou X chez Fujifilm.

Quattro avant tout

Tous les modèles de série dp Quattro (dp1, dp2 et maintenant dp0) adoptent le même boîtier. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le pari est osé : les Quattro sont vraiment très surprenants de prime abord. Néanmoins il faut vraiment les essayer pour s'en faire une idée. D'un modèle à l'autre, seule l'optique change. Le dp3 est équipé d'une focale fixe 50 mm f/2,8.


Sigma dp1 Quattro avec loupe LVF-01
La loupe de visée LVF-01, ici montée sur un dp1 Quattro.

Puisque seule l'optique change, la prise en main de ce dp3 est à peu de choses près identique à celle du dp1. Comme avec le dp1, vous avez l'impression de saisir un "appareil concept". Le dp3 ne dispose pas de viseur optique ou électronique, mais vous pouvez lui adjoindre une loupe qui vient se fixer au niveau de l'écran (LVF-01, prix non communiqué pour l'instant...) ; elle permet de grossir l'afficheur LCD d'environ 2,5x. L'immersion dans la visée est améliorée, en vous isolant de l'environnement extérieur. Attention toutefois : la visée n'en est pas plus précise ; elle est seulement plus confortable, avec un grossissement plus important. Ainsi équipé, le dp3 prend des airs de moyen format !

Sigma DP3 Quattro test review vue hauteur

Comme avec les autres Quattro, vous aurez sans doute tendance de prime abord à empoigner fermement l'appareil par la large crosse droite tenant lieu de poste de pilotage, ce qui sera rapidement aussi inconfortable qu'impraticable, car le pouce recouvre alors le trèfle de sélection. Il faut donc saisir le dp3 Quattro délicatement et de vos deux mains. Le majeur de la main droite vient se caler contre le rebord avant, l'index peut jouer avec les molettes ou le déclencheur situé sur le dessus de l'appareil, et le pouce navigue entre trèfle de sélection et panneau de commande.

Sigma DP3 Quattro test review vue de face

Par ses dimensions, le dp3 Quattro n'est clairement pas un appareil de poche. Avec le viseur optique (vendu en option), l'ensemble apparaît même assez imposant. Mais au-delà d'un capteur 4/3" (Panasonic GM1/GM5), il semble difficile de réaliser un appareil vraiment compact. Et de toute façon, si vous êtes l'heureux possesseur d'un dp Quattro, vous ne chercherez sans doute pas la discrétion : un dp Quattro se montre !

Ergonomie

Prise en main

Comme avec les autres Quattro, une fois l'appareil bien calé dans vos deux mains, vous cherchez naturellement à le mettre sous tension et là, vous constatez que votre index ne fait toujours pas 3 cm de plus... Les commandes de mise sous tension et de choix du mode d'exposition sont tout simplement inaccessibles sans lâcher l'appareil d'une main. Voilà qui frustre toujours autant. Pourquoi ne pas avoir positionné un commutateur à l'avant du boîtier ou sur la partie arrière pour une mise en route par le pouce ? Toutefois le boîtier s'apprivoise plus facilement que prévu.

Sa finition est de haute volée : la construction semble solide et les matériaux, de qualité pour un poids raisonnable (440 g tout équipé). Comme sur le reste de la gamme, seul le rabat en caoutchouc protégeant les connecteurs détonne, bien qu'il paraisse résistant. Il n'en reste pas moins que c'est un choix étonnant : Sigma avait réellement cherché à protéger l'ensemble de la connectique des poussières ou de l'eau, il aurait proposé une finition à l'épreuve des intempéries sur l'ensemble du boîtier (ce qui n'est malheureusement pas le cas).

Sigma DP3 Quattro test review

Dessus

Sur le dessus du boîtier, vous retrouverez donc la touche pour la mise sous tension, ainsi que la commande pour changer le mode d'exposition. Vous avez le choix entre les classiques P, S, A, M, et la possibilité de sélectionner 3 modes personnalisés. Les deux molettes sont facilement accessibles de l'index. Vous pouvez leur associer des fonctionnalités différentes (ouverture, vitesse, décalage du programme ou correction d'exposition).

Arrière

À l'arrière, le tableau de commande est toujours sur le côté droit de l'appareil avec, sur la poignée, un trèfle de sélection qui permet de choisir rapidement le mode de mise au point (autofocus, manuel) ou le collimateur AF (9 possibilités). Un tour de molette permet également de choisir la taille de la zone autofocus. Le trèfle, bien qu'agréable à manipuler, est malheureusement assez bruyant.

Le long de l'écran LCD, se succèdent des commandes pour désactiver l'affichage, accéder à un menu rapide et personnalisable, mémoriser l'exposition (AEL) ou placer dans la corbeille et enfin déployer le menu. Comme précédemment, nous aurions apprécié une cale pour reposer le pouce à l'arrière du boîtier.

Sigma DP3 quattro test review vue de dos

Tenue de l'optique

De la main gauche, vous pouvez soutenir l'appareil au niveau de l'extrémité et de l'optique. Cette dernière est imposante et superbement construite. Dommage que le revêtement soit aussi lisse et la bague de mise au point, aussi étroite.

Stockage, alimentation

Carte mémoire

Le dp3 Quattro fonctionne avec des cartes SD, SDHC ou Multi Media ; toujours pas de compatibilité avec des cartes plus rapides, notamment UHS-I hélas. Bon point, le logement carte est situé sur le côté de l'appareil. Si votre appareil est sur un trépied, il ne sera pas nécessaire de tout démonter pour changer votre carte.

Batterie

Côté alimentation, le dp3 Quattro fonctionne avec une batterie Li-Ion BP-51 de 8,7 Wh (7,2 V / 1 200 mAh). Elle ne lui assure malheureusement que peu d'autonomie : après une centaine de déclenchements, il faudra recharger ou changer de batterie. Sigma est d'ailleurs conscient du problème puisqu'il fournit 2 batteries avec le dp3 Quattro. Nous regrettons toujours que la marque n'ait pas opté pour une connexion Micro-USB universelle, qui permettrait de recharger sur un port USB à partir d'une prise secteur, d'un chargeur nomade ou d'un ordinateur. Un chargeur sur secteur est livré en standard.

Sigma DP3 quattro test review batterie

Visée

À l'arrière du boîtier, vous trouverez un écran LCD de 7,6 cm affichant 920 000 points (ratio 4/3 avec une bande noire pour les informations). Points négatifs : l'écran est très brillant, délicat à utiliser en plein soleil, et la dalle de protection est très sensible aux traces de doigts ; en outre, nous regrettons que Sigma ne propose pas un écran orientable et tactile pour améliorer l'expérience de l'utilisateur.

En pleine lumière, l'affichage est fluide et relativement précis. En intérieur ou en basse lumière, il perd un peu de fluidité et présente beaucoup de rémanence et un bruit électronique prononcé.

Le système du dp3 Quattro permet d'afficher quelques informations utiles à l'écran, comme un niveau électronique sur 2 axes, des grilles d'aide à la composition (4, 9 ou 16 lignes) et un histogramme d'exposition.

Mise au point et réactivité

Le Sigma dp3 Quattro utilise un module autofocus par détection de contraste sur 9 zones dont la réactivité n'est clairement pas le point fort du boîtier. Il faut en moyenne un peu moins de 1 seconde pour faire le point. En basse lumière ou sur un sujet peu contrasté, le système a tendance à "pomper" afin d'accrocher un détail. On est loin des performances d'un boîtier Micro 4/3 ou Nikon 1, mais ce délai reste raisonnable. Ce qui l'est moins, c'est le gel de l'affichage pendant la mise au point. Impossible de suivre en mouvement, par exemple.

Pour la mise au point manuelle, vous disposez d'une loupe (8x) au moment de la pression à mi-course du déclencheur. Vous pouvez également apprécier la distance avec une échelle affichée à la base de l'écran. Malheureusement, les ingénieurs n'ont pas prévu d'assistants comme le focus peaking qui permet de surligner les zones de netteté.

Il faut compter presque 3 secondes pour mettre le compact expert sous tension. C'est d'autant plus long que l'autonomie toute relative de la batterie incite à éteindre l'appareil dès la prise de vue terminée. Entre deux photos, le temps d'enregistrement est également long : il faut patienter près de 3 secondes sans pouvoir faire de réglages. En mode rafale, le boîtier dispose d'une mémoire tampon de 7 vues (RAW + JPEG ou JPEG seul) avec une cadence qui oscille autour de 4 ips.

Connexions

Sous le cache en caoutchouc, le dp3 Quattro propose une sortie USB. C'est tout. Pas de prise micro-USB pour la recharge ou le transfert des données, pas de sortie HDMI, aucune connexion actuelle comme le Wi-Fi, le NFC ou le Bluetooth.

Sigma DP3 quattro test review connexions

Son au déclenchement

Le dp3 Quattro est particulièrement silencieux et vous n'entendrez qu'un cliquetis au moment du déclenchement. Si vous désactivez l'assistance AF (diode rouge), vous pourrez déclencher en toute discrétion. Le son au déclenchement est le même que sur le dp1 Quattro, que vous pouvez en mode simple puis rafale, en cliquant sur la vignette ci-dessous.

Sigma DP3 Quattro test review son déclenchement

Modes photo, exposition

Le dp3 Quattro propose une plage de temps d'exposition variant de 30 s au 1/2 000 s. Nous aurions aimé à la fois un mode "bulb" afin de pouvoir pratiquer facilement la pose longue, et une obturation plus rapide au 1/4 000 ou 1/8 000 afin pouvoir travailler à pleine ouverture et en pleine lumière. Il ne dispose d'aucun filtre ND.

Le bracketing d'exposition s'étend sur 3 vues sur +/- 3 IL, mais il n'y a aucune option permettant de réaliser une photo à large plage dynamique (HDR). Le système offre également un intervallomètre.

Sigma DP1 Quattro test review mode standardSigma DP1 Quattro test review mode vif
Sigma DP3 Quattro test review mode cineSigma DP1 Quattro test review mode monochrome
De gauche à droite et de haut en bas : standard, vif, ciné et monochrome, réalisés avec le Sigma dp1 Quattro.

Le dp3 Quattro intègre les mêmes rendus colorimétriques que ses prédécesseurs, avec la possibilité pour chacun de modifier la saturation, la netteté et le contraste : Standard, Vivid, Neutral, Portrait, Landscape, Cinema, Sunset Red, Forest Green, FOV Classic Blue, FOV Classic Yellow et Monochrome. Pour ce dernier, vous pouvez également ajouter l'effet d'un filtre coloré (jaune, orange, rouge, vert, bleu) ou ajouter une dominante colorée (rouge, sépia, vert, bleu, violet...).

Logiciel

L'architecture du capteur Foveon X3 Quattro est telle que seul le logiciel fourni par Sigma peut développer les fichiers bruts XF3. À ce jour, aucun autre éditeur de logiciel ne propose de solution pour traiter des fichiers en provenance d'un capteur Foveon. Si vous décidez de photographier en RAW (et nous vous le recommandons), la case Sigma Photo Pro sera donc incontournable.

Il est recommandé d'avoir une configuration matérielle plutôt musclée, le traitement des informations en provenance du Foveon X3 Quattro demandant une puissance conséquente.

Sigma DP3 Quattro test review logiciel sigma photo pro

Sous son interface une peu vieillissante, le logiciel est assez complet et vous pouvez régler assez finement le rendu des images.

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