Retour sur le parcours du photographe américain Richard Avedon, qui voyait son art comme le révélateur de la vérité de chacun...

Richard Avedon, Marilyn Monroe, actress, New York May 6th 1957 © 2015 The Richard Avedon Foundation
Marilyn Monroe, actrice, New York, 6 mai 1957.
© 2015 The Richard Avedon Foundation

La guerre a parfois du bon. Surtout quand on a 19 ans. Il arrive que les vocations s'y révèlent et les destins s'y scellent. C'est ainsi que Richard Avedon, né à New York City en 1923, est devenu photographe. Son travail d'alors consiste à faire des photos d'identité des hommes d'équipage : "(...) j'ai fait cent mille portraits avant que je me rende à l’évidence que j'étais en train de devenir photographe."

L'après-guerre signe des débuts classiques pour les jeunes gens talentueux de cette époque. Richard Avedon est repéré par Alexey Brodovitch, directeur artistique de Harper's Bazaar. Avedon en devient le photographe principal jusqu'en 1966, date à laquelle il collabore avec Vogue, l'éternel concurrent.

La mode, la mode, la mode

La mode, dans le monde sinistré de la toute fin des années 1940, relève un peu d'une gageure. Paris doit se réaffirmer comme la capitale mondiale du textile en diffusant une image de glamour, de beauté, de rêve. Harper's Bazaar va y envoyer ses meilleurs photographes.

Sur place, les habitudes d'avant-guerre perdurent : les mannequins sont statiques, très empruntés, enfermés dans des studios aux éclairages sophistiqués. Aux yeux de ces jeunes Américains, cela paraît bien poussiéreux. Chacun y ajoutera sa patte. Avedon fera sortir ces belles femmes habillées somptueusement dans les rues d'un Paris populaire qui se nourrit encore avec des tickets de rationnement.

Dorian Leigh with bicycle racer on the Champs Elysees in Paris August 1949. © 2015 The Richard Avedon Foundation.
Dorian Leigh, en Dior, et un coureur cycliste sur les Champs-Élysées, Paris, août 1949.
© 2015 The Richard Avedon Foundation

Le résultat est d'une vivacité folle : les mannequins s’intègrent avec brio dans la vie des quartiers, le quotidien des passants. Ainsi l'une des photos les plus saisissantes est "Dorian Leigh avec un coureur cycliste, en robe Dior, Champs-Éysées, Paris août 1949". L'assistante d'Avedon à l'époque, Norma Stevens, témoigne que rien dans la scène n'avait été prévu : quand le coureur cycliste arrive tout transpirant à la fin d'une vraie course, Avedon demande à Dorian de l'enlacer et prend alors la photo.

Richard Avedon, Elise Daniels with Street Performers, suit by Balanciaga, Le Marais, Paris, August 1948 © 2015 The Richard Avedon Foundation
Elise Daniels et les artistes de rue, tailleur Balenciaga, le Marais, Paris, août 1948.
© 2015 The Richard Avedon Foundation

Idem pour la photo d'"Elise Daniels avec des artistes de rue, tailleur Balançiaga, le Marais, Paris, août 1948". Le contraste entre ces deux mondes, loin de se repousser, donne à l'image une harmonie complètement inédite pour l'époque.

Mais l'image la plus forte de cette période dans la carrière de Richard Avedon est bien la célèbre "Dovima et les éléphants, robe du soir Christian Dior, Cirque d'Hiver, Paris, août 1955".

Richard Avedon, Dovima with Elephants, Evening Dress by Dior, Cirque d’Hiver, Paris, August 1955 © 2015 The Richard Avedon Foundation
Dovima et les éléphants, robe de Christian Dior, Cirque d'hiver, Paris, août 1955.
© 2015 The Richard Avedon Foundation

Richard Avedon, Suzy Parker and Robin Tattersall, Coat by Laroche, Palais-Royal, Paris, August 1957 © 2015 The Richard Avedon Foundation
Suzy Parker en Guy Laroche et Robin Tallersall au Palais Royal.
© 2015 The Richard Avedon Foundation

La surface des visages

La même année que "Dovima et les éléphants", Avedon publie son premier livre de portraits : Observations, mis en page par Brodovitch et accompagné de textes de Truman Capote. Les bases de son art y sont jetées dès cette année. On y découvre ses fameux portraits sur fond blanc de célébrités comme "Marilyn Monroe, actrice, New York, 6 mai 1957" ou encore "Le Duc et la Duchesse de Windsor, Waldorf Astoria, Suite 28A, New York, 1957", par exemple.
Chacun semble révéler dans la fixité du regard une part très intime de lui-même. C'est cette révélation qui fascinera le photographe tout au long de son œuvre.

Mais sa collaboration avec Harper's Bazaar termine amèrement. En 1965, Avedon subit de vives critiques pour avoir publié une photo d'un mannequin noir. En 1966, Alexander Liberman, directeur éditorial de Vogue, en profite pour débaucher le photographe, qui collaborera vingt-cinq ans avec le magazine.

Ordinaires extraordinaires

Sa collaboration avec Vogue n'est pas exclusive. En 1976, Rolling Stone commande à Avedon une série de 73 portraits de l'élite américaine : la série appelée "The Family". Là aussi, chacun pose sur un fond blanc. Avedon a fait le choix de ne rien falsifier. Il ne cherche ni la flatterie ni l'exagération apparente. La série peut paraître d'une très grande cruauté pour les uns et d'une extrême bienveillance pour les autres. Avedon se défaussera en disant qu'il ne photographie que la surface, mais que chacune de ces surfaces possède assez d'indices pour laisser percevoir la vérité de chaque être.

Il renouvellera ce procédé pour un projet ambitieux que lui confie l'Amon Carter Museum of American Art de Fort Worth (Texas). De 1979 à 1985, Avedon parcourt l'Ouest des États-Unis pour prendre une série de portraits de mineurs, de fermiers, des gens "ordinaires". Et aussi de gens "extraordinaires" comme des délinquants, des SDF, des marginaux...

Richard Avedon, Carl Hoefert, unemployed black jack dealer, Reno, Nevada, August 30, 1983 © 2015 The Richard Avedon Foundation
Carl Hoefert, croupier de blackjack sans emploi, Reno, Nevada, 30 août 1983.
© 2015 The Richard Avedon Foundation

Pour ces 124 portraits qui constituent In the American West, Avedon a photographié des gens de tous les jours dans la tradition du portrait réservé aux puissants (comme dans The Family). C'est ce qui confère à ces grands formats une intensité telle qu'ils sont encore remarquables trente ans plus tard.

En France, Richard Avedon a surtout travaillé pour la luxueuse revue Égoïste. Ses portraits de Noah nu ou d'Isabelle Adjani figurent parmi les plus belles couvertures.

Egoiste n°2
Revue Égoïste, couverture du n° 12 avec Yannick Noah. © Égoïste

Richard Avedon meurt en 2004 d'une hémorragie cérébrale, alors qu'il effectuait une commande pour le New Yorker. L'exposition organisée au Jeu de Paume en 2008 était la première rétrospective internationale organisée depuis sa mort.


Crédits photos — Toutes les images sauf Égoïste : © 2015 The Richard Avedon Foundation.

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