Entretien avec Dolorès Marat qui expose à la Galerie Leica de Paris jusqu’au 15 mars.

Dolorès Marat est née et travaille à Paris. Photographe indépendante, elle continue sa recherche au détriment des modes et des genres. Son travail d'auteur utilise uniquement le procédé de tirage Fresson. Elle a publié de nombreux livres de son travail personnel et répond aussi à des commandes privées.

crédit photo Dolorès Marat
Crédit photo : Dolorès Marat.

Focus Numérique : Vous exposez en ce moment une trentaine d’images à la Galerie-Store Leica de Paris ? Est-ce vous qui avez choisi les images ?

Dolorès Marat : Pour une fois, non. Ce n’est pas uniquement moi. Leica avait en tête des images.  J’en ai ajouté d’autres, notamment un ensemble d’images de plusieurs années de travail qui sont rassemblées en un seul panneau. 

Focus Numérique : Une partie du travail qui est montré ici est consacré au monde méditerranéen.

Dolorès Marat : Pour ce travail autour du monde méditerranéen, la découverte de la Syrie a été un choc pour moi. Tant de gentillesse, tant d’écoute, et tant de curiosité de l’autre… Il suffit de rentrer dans une échoppe, d’acheter un petit quelque chose pour qu’on nous offre un thé. Ce n’est pas tant mon côté photographe qui éveillait la curiosité, c’était mon côté étranger. Je parle très mal anglais, alors pour communiquer je dessine, je fais des gestes, et ça suffit pour faire des rencontres. Le meilleur passeport c’est le sourire… Les Syriens sont tellement gentils. Ce qui se passe là-bas me bouleverse beaucoup.

crédit photo Dolorès Marat
Crédit photo : Dolorès Marat.

Focus Numérique : Vous avez traversé des moments difficiles dans votre vie, pourtant vos images sont toujours d’une grande douceur, d’une grande poésie. Il n’y a donc pas de lien avec votre vie et vos photos ?

Dolorès Marat : Non. Il n’y en a pas. Mes photos ne reflètent pas ça… Même s’il y a toujours une certaine tristesse dans le fond... il y a aussi de la poésie. Je me souviens je devais aller chez Hermès pour un travail de commande et je suis entrée par erreur dans un immeuble qui n’était pas le bon; j’ai vu un jeune homme assis, à côté d’une bouteille de vin. Visiblement il avait trop bu, il baissait la tête et j’ai pris la photo… c’est une photo qui est chez moi encadrée, que j’aime beaucoup, qui montre ce jeune homme très digne. Dans mes photos, il n’y a pas de “violence”. Finalement, toutes mes images sont liées à mon imaginaire… depuis que je suis petite, je me raconte beaucoup d’histoires.  C’est complètement inconscient.

crédit photo : Dolorès Marat
Crédit photo : Dolorès Marat.

Focus Numérique : La technique est secondaire ?


Dolorès Marat : Oui complètement ! C’est pourquoi il y a tellement de flou dans mes images. J’appuie au bon moment par rapport à mes émotions. Je n’ai pas le temps de régler mon appareil ! En même temps, les objectifs Leica sont si extraordinaires, que l’émotion est toujours là. Quand je regarde une diapo que j’ai faite (je travaille uniquement en diapo), et si mon cœur se soulève d’émotion, alors je la garde, sinon, je jette !

crédit photo : Dolorès Marat
Crédit photo : Dolorès Marat.

Focus Numérique : Depuis le début de votre travail de photographe, toutes vos images sont tirées au charbon, selon le procédé Fresson. Comment avez-vous connu ce procédé ?

Dolorès Marat : Il y a plus d’une quarantaine d’années, j’étais laborantine dans un magazine (Votre Beauté, NDLR) et je faisais les tirages des photographes qui travaillaient pour nous. Un jour l’un d’eux m’a demandé si je voulais voir la couverture du prochain numéro. J’étais tellement contente qu’un photographe me demande mon avis, que oui bien sûr, je voulais bien voir la prochaine couverture ! Et là ça a été un coup de poignard dans le cœur. Je me suis dit que si je faisais un travail personnel, ce serait avec ce type de tirages ! C’est ce qui s’est passé vingt ans après !

crédit photo : Dolorès Marat
Crédit photo : Dolorès Marat.


Focus Numérique : Comment ça s’est passé ?

Dolorès Marat : Vous savez, je suis une lente. J’ai mis un an pour comprendre que ce qui m’intéressait c’était de photographier tout ce qui se passait à côté de moi, dans le métro… des choses simples… j’ai compris qu’il me fallait toujours mon appareil au bout des doigts. Alors quand j’ai eu mes trois premières images que je considérais comme mes pépites, je voulais les tirer selon Fresson. À cette époque, on m’a indiqué une boutique vers Opéra, qui envoyait les images aux laboratoires Fresson. Je suis entrée dans la boutique et j’ai montré mes trois images et le monsieur de la boutique me dit “C’est trop moche, M. Fresson ne voudra pas jamais tirer ces images là”… j’ai répondu que je voulais essayer quand même…” Plus tard pour la petite histoire, M. Fresson m’a encouragé dans mon travail !

Crédit Photo : Dolorès Marat
Crédit photo : Dolorès Marat.
 

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