Quand il pleut, le premier reflex du photographe est de faire la moue, car il ne peut pas pratiquer son passe-temps favori. Vous avez reçu ce bel objectif macro flambant neuf et la déception est grande devant ce temps maussade : vous vous voyiez déjà en train de parcourir les étendues d’herbes à la recherche de papillons et autres insectes... Mais avez-vous pensé à faire de la macrophotographie en intérieur, chez vous, bien au chaud ?

À travers ces ateliers photographiques, je vais vous montrer comment réussir vos macrophotographies en intérieur. Je les ai réalisés avec plusieurs styles d’appareils photo : un reflex numérique plein format, un reflex grand public APS-C et un compact.

Atelier Dionaea muscipula

Qui dit macrophotographie, dit souvent photographie de plantes ou d’insectes. Une simple plante carnivore peut vous permettre de photographier la nature sans vous mouiller !

Le but de cette séance est de faire ressortir les crocs acérés de cette Dionaea muscipula plus communément appelée dionée attrape-mouche ou "gobe-mouche".

Comme éclairage, j’ai utilisé la simple lumière du jour provenant d’une fenêtre de cuisine. L’avantage d’un temps maussade et gris est qu'il procure un éclairage diffus sans contraste. La lumière est aussi douce que l’éclairage obtenu avec une boîte à lumière.

Pour faire ressortir les "dents" de notre plante carnivore, nous devons utiliser une profondeur de champ minime. Le mode de prédilection pour cet exercice est la priorité à l’ouverture (Mode A).

Ici, j’ai utilisé un reflex numérique plein format avec un objectif de 100 mm f/2,8 Macro. Avec un reflex plein format, la gestion de la profondeur de champ est plus délicate qu’avec un reflex APS-C ou un hybride avec un capteur micro 4/3.

En effet, l’influence de notre rendu photographique va être déterminée (entre autres) par l’usage d’un grand capteur ou pas. Plus notre grand capteur est grand, plus notre marge de manœuvre est délicate quand nous photographions des petits sujets. Un petit capteur nous permettra d’avoir une profondeur de champ plus importante à ouverture égale.
Si je photographie un sujet avec un capteur micro 4/3 à un diaphragme de f/4, le rendu sera équivalent avec un reflex plein format à un diaphragme de f/8.

Pour cet exercice, l’idée première est de faire ressortir les dents de la dionée. En utilisant une ouverture moyenne de f/4,5, les dents seront suffisamment nettes et le fond, flou pour faire ressortir cette mâchoire végétale !

Tutoriel La macrophotographie à la maison, atelier 1, exemple 1
Ici : photo prise avec reflex numérique plein format et 100 mm macro f/2,8, priorité à l’ouverture f/5, 200 ISO et 1/60 s.

Avec un capteur plus petit, j’aurais utilisé un diaphragme compris entre f/2 et f/2,8 pour avoir le même effet. Côté sensibilité, j’ai utilisé 200 ISO. Ma vitesse d’obturation oscillait alors entre 1/60 et 1/80 s. Pour plus de sûreté, j’aurais dû ou pu utiliser une sensibilité de 400 ISO, pour être certain de ne pas avoir une photographie floue et décrocher une vitesse supérieure.
Car pour cette séance photographique, je n’ai pas utilisé de trépied. Heureusement, j’ai été aidé par la stabilisation efficace de ce 100 mm Macro. Certains hybrides ont un capteur stabilisé sur 5 axes permettant de travailler également à des vitesses basses.

Un conseil : si vous voulez être sûr de décrocher une vitesse élevée, vous pouvez régler votre appareil photo en sensibilité automatique et lui définir une vitesse minimum à atteindre.

L’avantage de la photographie en intérieur est le confort de prise de vues. Dehors, il faut absolument tourner autour du sujet ; ici, c’est le contraire : vous pouvez rester statique et tourner le sujet à votre convenance. C’est ce que j’ai fait en tournant le pot de la dionée, en choisissant le meilleur rendu possible et en jouant avec la lumière du jour. Je ne peux pas déplacer ma source lumineuse, donc je déplace mon sujet !

Tutoriel La macrophotographie à la maison, atelier 1, exemple 2
La mise au point a été réalisée de façon à avoir un premier et un troisième plan flous, pour faire ressortir le sujet et lui donner du relief. Ouverture f/4,5 et 1/80 s, 200 ISO.

Suivant l’intensité de votre éclairage et du rendu souhaité vous pouvez également faire une correction d’exposition en surexposant légèrement, surtout si vous photographiez la plante en contre-jour.

Le bon usage du trépied

Avant de vous présenter le deuxième atelier, je voudrais revenir sur l’utilisation d’un accessoire indispensable : le trépied photographique. Ce sera un acteur majeur pour notre prise de vue, car il va nous permettre de travailler dans des conditions d’éclairage médiocres et, indirectement, nous apporter la lumière que nous n’avons pas. Quand la lumière manque, il existe plusieurs possibilités pour le compenser : utiliser un objectif lumineux, augmenter la sensibilité, ajouter de la lumière artificiellement ou étendre le temps de pose.

Pour la macrophotographie d’objet, un objectif lumineux n’est pas d’une grande utilité, car pour avoir une profondeur de champ importante, photographier avec une grande ouverture serait plutôt un handicap — sauf à vouloir obtenir un effet "artistique" mettant en valeur le bokeh et isoler notre sujet comme nous l’avons vu dans le premier atelier.

Augmenter la sensibilité est une solution, mais cela entraîne rapidement une perte sensible de qualité. Si l’on veut faire ressortir la netteté et obtenir de beaux agrandissements, travailler avec une basse sensibilité est préférable.

Rajouter de la lumière en utilisant un flash déporté avec une boîte à lumière est une très bonne solution, mais ce n’est pas le but de cet article ! Et j’aime bien montrer ce que l’on peut faire avec des solutions économiques avant d’investir dans du matériel d’éclairage onéreux.

La dernière solution, la plus simple, est d’augmenter le temps de pose. Or pour avoir une photographie nette et avec un temps de pose supérieur à la seconde, il nous faut absolument un trépied ! C’est une évidence pour certains, mais pas pour d’autres... Le trépied aura un autre avantage : il va vous permettre de vous poser et de réfléchir à votre composition. Ce point important étant fait, passons au deuxième atelier.

Atelier étoiles

Pour la première partie de cet atelier, il vous faudra quelques accessoires, en plus d’un reflex numérique APS-C et d’un 40 mm Macro (celui que j’ai utilisé ici, mais cela fonctionne avec tout duo appareil photo + objectif macro ) :
  • - un carré de feutre noir,
  • - des étoiles en plastique (des décorations de table, par exemple),
  • - une lampe LED en USB,
  • - un ordinateur,
  • - un trépied.

Tutoriel La macrophotographie à la maison, atelier 2, exemple 1
Un carré de feutre, une lampe USB et des étoiles en plastique pour une prise de vue constellée.

Commençons par étaler les petites étoiles sur le feutre noir. Vous pouvez vous amuser à créer des formes ou à mettre en avant une étoile, comme je l’ai fait sur les exemples suivants.

Branchez votre lampe USB flexible sur votre ordinateur pour l’alimenter. Ce type d’éclairage peu onéreux à l’avantage d’être facile d’utilisation. En effet, grâce à sa flexibilité, vous pouvez orienter le faisceau lumineux où bon vous semble pour faire ressortir votre sujet.

Sur mon premier exemple, j’ai orienté mon faisceau lumineux sur l’étoile centrale pour la faire ressortir.
Une fois mon sujet préparé, je peux commencer ma prise de vue. Appareil photo sur pied, je fais les réglages suivants : en mode priorité ouverture, je choisis un diaphragme de f/6,3 pour avoir une profondeur de champ suffisamment importante pour avoir l’étoile nette et le reste flou.
Si vous utilisez un reflex numérique plein format, vous devez fermer votre diaphragme d’un cran de plus pour augmenter la zone de netteté.

Pour la mesure de la lumière, vous pouvez expérimenter et choisir le mode qui exposera le mieux l’étoile. La mesure "spot" ou "pondéré central" va permettre de focaliser l’exposition sur un unique point et mettra en avant le sujet sans tenir compte de sa périphérie, qui pourrait éventuellement tromper le posemètre du boîtier.

Vous pouvez aussi faire une correction d’exposition et même utiliser le mode bracketing en faisant trois photographies successives : une sous-exposée, une sans correction et l’autre surexposée. À vous de choisir celle qui correspond le mieux à votre goût.

Avec un déclencheur ou le retardateur, vous pouvez maintenant déclencher.

Comme la lumière est peu puissante, il sera nécessaire d’avoir un temps de pose avec une vitesse lente. C’est pour cela qu’il nous faut un trépied photo pour que la photographie soit nette. À main levée, ce sera plus difficile à réaliser.  

Tutoriel La macrophotographie à la maison,  atelier 2, exemple 2
Reflex numérique APS-C avec 40 mm Macro, f/6,3, 200 ISO, 1/6 s.

Pour augmenter vos chances et peaufiner le rendu de votre image, je vous conseille bien entendu de réaliser vos photographies en RAW.

Pour la deuxième version de mon image, j’ai utilisé le mode d’édition du boîtier, j’ai recadré la photographie en format carré et choisi un effet "sélection de couleur" qui fait ressortir une unique couleur.

Tutoriel La macrophotographie à la maison, atelier 2, exemple 3
Effet obtenu avec le mode editing du reflex numérique.

Voici deux autres exemples avec une profondeur de champ plus faible, un cadrage différent et un traitement d’image modifié : l’un en noir et blanc low key, l’autre avec une accentuation des couleurs.

Tutoriel La macrophotographie à la maison, atelier 2, exemple 4

Tutoriel La macrophotographie à la maison, atelier 2, exemple 5

Atelier Compact & bonnette

Pour ce dernier atelier, j’ai utilisé un compact numérique avec une bonnette, cet accessoire abordable, permet de raccourcir la distance de mise au point d’un objectif. Ça vous permettra de goûter aux joies de la macrophotographie avant d’investir dans un équipement plus sophistiqué. Vous pouvez également consulter l'article de Franck Petit sur le matériel macro.

Si vous êtes en panne d’inspiration photographique, il y a un moyen simple et ludique d’en trouver. Explorez votre maison, fouillez dans les tiroirs, observez avec un œil nouveau vos objets du quotidien. Une montre, une fourchette, une barrette de mémoire vive, un tournevis ou l’intérieur d’un vieux poste de radio devient sous votre objectif un objet différent.

Pour cet exercice, j’ai placé au plus près mon sujet (une barrette de mémoire vive) vers une fenêtre, seul éclairage dont je voulais disposer. Pour obtenir du relief, j’ai placé en dessous de ma barrette une deuxième barrette qui l’a légèrement soulevée. Ensuite, en priorité ouverture, j’ai choisi le diaphragme le plus adapté pour avoir une zone de netteté adéquate.

J’ai déclenché avec le retardateur et j’ai attendu 4 secondes, le temps que l’obturateur s’ouvre et se ferme. J’ai ensuite légèrement recadré ma photographie pour affiner ma composition.

Voici le résultat :

Tutoriel La macrophotographie à la maison, atelier 3, exemple 1
De simples barrettes de mémoire peuvent devenir un sujet photogénique pour la macrophotographie. 100 ISO, 4 s, f/16.

Tutoriel La macrophotographie à la maison, atelier 3, exemple 2

Tutoriel La macrophotographie à la maison, atelier 3, exemple 3

Sur le même principe, j’ai photographié une montre gousset et j’ai utilisé la mauvaise condition d’éclairage pour faire ressortir la matière, en orientant minutieusement ma montre et en jouant avec les reflets métalliques. Un temps de pose entre 1 et 4 seconde(s) et voilà le résultat, avec toujours un recadrage.

À ce propos, si votre appareil photo ne permet pas d’avoir une distance minimale de mise au point suffisante pour faire de la macrophotographie, le recadrage est une solution simple, qui est aidée par des capteurs de plus en plus surpixélisés !

Conclusion

Plus d’excuses maintenant pour ne pas faire de photographie quand il pleut ! En restant bien au chaud chez vous, avec quelques accessoires, vous pouvez vous amuser à photographier, et ce, avec la lumière disponible.

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