La photographie peut-elle s’emparer d’un homme pour en tirer le meilleur de lui-même ? Bref retour sur la vie d’Irving Penn, photographe ascétique, fidèle, somptueux.

crédit photo : irving penn
Crédit photo : Irving Penn.

De l'enfance d'Irving Penn, on ne sait rien, sinon qu'il est né en 1917 dans un état de la côte Ouest des États-Unis et que son frère, plus jeune de 5 ans, est Arthur Penn, le metteur en scène de Bonnie and Clyde (1967) et Little Big Man (1970).

À sa mort en 2009, Irving Penn laisse une œuvre considérable pouvant passer pour disparate, mais où l'obsession pour la lumière et la perfection de la composition resteront des constantes.
C'est la fidélité qui tisse son destin. Une fidélité aux rencontres qu'il fait, aux techniques qu'il emploie, au travail qu'il entreprend. Sans doute résonne-t-elle comme un défi vain à la finitude des choses, à la mort qui a raison de tout.

À l'âge 17 ans, en 1934, Irving Penn entre à la Philadelphia Museum School of Industrial Art où il apprend le design avec Alexey Brodovitch, le déjà mythique directeur artistique de Harper's Bazaar et qui le restera jusque dans les années 1950.
Avant d'aller servir en Italie puis en Inde durant la Seconde Guerre mondiale, Penn devient DA d'un grand magasin de la 5e avenue, puis part au Mexique peindre. À son retour, il brûle tout, et s'engage dans l'armée.

crédit photo : Irving Penn
Crédit photo : Irving Penn.

En 1943, sa rencontre avec Alexander Libermann, DA de l’édition américaine de Vogue, marque le début d'une collaboration qui ne cessera qu'avec la mort du photographe en 2009. Penn créera plus d'une centaine de couvertures pour le magazine. La première, une nature morte en couleur composée d'un gant, d'une ceinture et d'un élégant carnet de notes, date de 1943. C'est le début de son activité commerciale, qu'il ne reniera jamais, mais aussi de son travail recherche, dont il ne montrera les fruits qu'avec parcimonie et sur le tard.

Dès la fin des années 1940, son style se démarque. Il fait le portrait des plus grands de l'époque : Truman Capote, Marcel Duchamp..., et impose un décor d'une grande austérité, faisant poser ses sujets devant un fond grisâtre et sans relief ou deux cloisons formant un angle très fermé. Irving Penn notera que paradoxalement, ce confinement se révélait bénéfique, car relaxant : il permettait aux sujets de se poser ou de s'appuyer. Mais déclencher ne lui suffit pas. Pour ses tirages, il a recours à une ancienne technique qui n'a absolument plus cours et qu'il fait revivre : le tirage au platine, plutôt qu'au plus conventionnel grain d'argent. Les détails, les rendus n'ont plus rien à voir.

Sa technique ne changera plus ; elle s'étendra même à tout ce qui vient poser devant son objectif : des natures mortes aux top models, en passant par les tribus des pays lointains qu'il ira photographier avec tout son matériel et dont il tirera une série somptueuse publiée dans Worlds in a Small Room en 1974. Les top models ? Il épousera l'une d'entre elles, la plus belle de toutes disait-on : Lisa Fonssagrives, dont un portrait est actuellement exposé à la Maison Guerlain sur les Champs-Élysées, à Paris. Ils ne se quitteront plus jusqu'à la mort de Lisa en 1992. Les natures mortes ? Qui ne se souvient pas du très très moderne Still Life with Watermelon de 1947, ou bien de Frozen Foods with String Beans de 1977 ?

Crédit Photo :Irving Penn
Crédit photo : Irving Penn.

Lui qui n'avait principalement côtoyé que le beau, le luxe, se penchera vers la fin de sa vie vers le monde en putréfaction : poubelles, détritus, rebuts, qu'il tirera aussi au platine.

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