Mois de la photo Off - On sait que l'exploration urbaine a le vent en poupe et que les photographes amateurs ou professionnels sont friands de lieux dévastés et abandonnés. On sait également que tout lieu déjà visité est comme profané et n'est donc plus "digne d'intérêt". Pourtant il suffit de regarder le travail de Thomas Jorion pour redécouvrir d'un œil neuf ces ruines qu'on penserait pourtant avoir vues cent fois. Réalisées à la chambre 4x5 en lumière naturelle, les photographies de ce Silencio s'exposent dans un livre de taille imposante, révélant l'écrasante magnificence de ces bâtiments qui un jour firent la fierté de ceux qui les érigèrent.

Thomas Jorion, Silencio, éditions de La Martinière, couverture

L'ouvrage est divisé en six parties. Le voyage commence aux États-Unis où Thomas Jorion, parcourant le pays, a fixé sur la pellicule la lente destruction de lieux qu'on pensait disparus et qui sont malgré tout mêlés sans réelle volonté aux bâtiments neufs et modernes. Ici, un vieux fauteuil de dentiste abandonné se dresse devant une fenêtre à travers laquelle se devinent d'autres bâtiments a priori encore utilisés.

Thomas Jorion, Silencio, éditions de La Martinière

La seconde partie, "Palais oubliés", regroupe les vestiges de lieux prestigieux laissés à eux-mêmes. Coupoles, grands escaliers en fer forgé, couloirs gigantesques aux murs décrépits, photographiés aux quatre coins du globe, se succèdent sur une dizaine de pages.

Thomas Jorion, Silencio, éditions de La Martinière

Dans la troisième partie, ce sont les vestiges soviétiques que le photographe est parti chasser. On s'immerge dans l'histoire de la puissante URSS d'avant-guerre dont il ne subsiste aujourd'hui plus grand-chose. On croise au détour des ruines d'une ancienne scierie un portrait de Lénine ; au fond d'une vallée arménienne, une grande roue rongée par la rouille ; quelques pages plus loin, ce sont des constructions éventrées exposées aux intempéries que nous fait visiter Thomas Jorion.

Thomas Jorion, Silencio, éditions de La Martinière

Les trois dernières parties nous emmènent à la découverte des bâtiments de l'ère industrielle sans réellement s'en tenir à une quelconque unité de lieu : des lieux emblématiques du Japon, abandonnés pour cause de catastrophe de grande envergure, et enfin "Silencio", le thème phare qui a donné son nom à l'ouvrage. Dans cette toute dernière partie, les photographies ne sont plus données comme simples représentations, comme état des lieux. Thomas Jorion leur apporte une autre dimension, plus dramatique, plus imposante, plus oppressante. Les atmosphères sont étranges, on s'y sent pris au piège.

Le livre de Thomas Jorion est donc une véritable mine pour les amoureux d'urban exploration ainsi qu'une belle réflexion sur l'espace. Les lumières sont superbes, les photos, très bien cadrées et les atmosphères parfaitement rendues. Chaque chapitre nous transporte dans un ensemble de lieux tout à la fois différents et très semblables.

Vous pouvez également retrouver son travail jusqu'au 29 novembre à travers l'exposition Temples, proposée par la galerie Insula hors les murs dans le cadre du Mois de la photo Off à Paris à la galerie Anne et Just Jaeckin, dans le 6e arrondissement de Paris.


Commander l'ouvrage sur :
Silencio
Thomas Jorion
Éditions de La Martinière
Octobre 2013
36 x 25 cm, 216 pages
Relié, couverture cartonnée
ISBN : 9782732460154
69 €

> Présentation de l'ouvrage sur le site de l'éditeur
> Silencio sur le site de Thomas Jorion


Thomas Jorion - "Temples"
Du 6 au 29 novembre 2014
Mois de la Photo Off
Galerie Insula hors les murs, en escale à la galerie Anne et Just Jaeckin
19 rue Généguaud, 75006 Paris
Du mardi au samedi, 11h-13h et 14h-19h30

> www.galerie-insula.com

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