Six questions, une photographe

Ce qui frappe quand on rencontre Marielsa Niels, c'est son sourire. Cette photographe a un petit air espiègle et respire la joie de vivre, trait de caractère que l'on retrouve dans ses clichés hauts en couleur et minutieusement composés. Car Marielsa Niels ne se contente pas de prendre une photo toute simple. Elle met en scène ses sujets, ses lieux et les modèle selon son imagination pour en faire des compositions uniques et toujours pleines d'humour et d'originalité.

Marielsa Niels, Renée, photographie
Série "Cendrillon jette l'éponge", 2012. © Marielsa Niels

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Focus Numérique – Quand et comment a débuté ton intérêt pour la photographie ?

Marielsa Niels – J'ai commencé très tôt dans la photo. J'avais sept ou huit ans et un Nikon FE2 dans les mains. Au départ je suivais mon père qui partait faire des photos de paysages à l'aube. C'était surtout un moment de complicité père-fille. Et puis vers l'âge de quinze ans, j'ai fait ma première séance de portraits, pour les 20 ans de ma sœur. A la base c'était mon père qui s'en chargeait et, ce jour-là, il m'a laissé sa place, ce qui m'a permis de constituer une première série de portraits. C'était comme ça, sans démarche particulière, c'était vraiment un premier essai.

À la suite de cela, j'ai fait de très belles rencontres photographiques, notamment Hélène Thèret, Claudine Sudre, Denis Brihat. Ils font partie de toute une époque de photographes dont certains ont monté Arles. Ils ont énormément influencé ce que je suis devenue aujourd'hui. C'est sans doute un peu grâce à eux si, en un week-end, j'ai su et décidé que je deviendrais photographe. C'est vraiment un milieu qui m'a toujours fait rêver : tout ce que les photographes racontent semblait fabuleux, très créatif, et ça m'a toujours beaucoup parlé parce qu'à l'époque j'étais beaucoup "dans ma tête", j'avais déjà pas mal d'idées.

Mon père, un amateur très averti, m'a initiée à l'argentique, le développement en noir et blanc et pas mal de techniques. Avec tout ça, ça m'a semblé logique de m'orienter vers un CAP bac pro en photo*. C'était très technique et c'était encore l'époque où on faisait beaucoup d'argentique. D'ailleurs, la série des campings — car c'est de l'argentique —, je l'ai faite à l'Hasselblad [photo ci-dessous]. Mon père a par ailleurs un labo chez lui, et j'en ai un chez moi également. Je fais donc encore pas mal de tirages papier.

Marielsa Niels, photographie
Série "Vacances en autarcie", 2008. © Marielsa Niels

Marielsa Niels, Merry, photographie
Série "Cendrillon jette l'éponge", 2012. © Marielsa Niels

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Focus Numérique – Quel matériel utilises-tu ?

Marielsa Niels – J'ai commencé avec un Nikon FE2. Ensuite je suis passé à l'Hasselblad 503 CW, puis à un Canon 5D Mark II et maintenant j'ai un 5D Mark III. Pour les optiques, j'utilise un 85 mm f/1,2, qui est vraiment mon objectif fétiche, un 35 mm f/1,4 et un 24 mm f/1,4. Ça, c'est pour le matériel purement photographique.

Ensuite, comme mes clichés sont très composés, j'ai besoin d'un ordinateur portable qui me permet de voir en temps réel ce que va donner ma photo, avec le recadrage. Je travaille beaucoup en format carré ; du coup, l'ordinateur est très utile pour juger de la composition en temps réel, savoir vraiment comment se placent les objets par rapport au format que je choisis. C'est indispensable pour moi d'avoir ce recul. 

Marielsa Niels, photographie
Série "Vacances en autarcie", 2008. © Marielsa Niels

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Focus Numérique – Comment construis-tu tes images ?

Marielsa Niels – Tout commence par une idée ou une demande d'un client. Je vais d'abord travailler à visualiser ma scène par croquis et par écrit. Ensuite, je vais commencer à chercher le décor et les accessoires. Cette partie peut prendre un peu de temps. Pour installer le décor, en général, cela prend entre une demi-journée et une journée entière. Ma plus grosse composition m'a pris un mois entier. C'est une affiche pour un festival documentaire : j'avais 40 à 50 figurants, il me fallait une salle où suspendre un personnage et il fallait que je trouve un ours empaillé. Donc c'était un niveau d'organisation plutôt complexe ! De plus, j'ai longtemps travaillé toute seule, même si maintenant j'ai un assistant qui m'aide pas mal.

Quand il s'agit de séries photo, ça peut prendre un an ou deux. Mais ça dépend vraiment. Ma série sur le camping-car m'a pris 15 jours, pour la simple raison que nous sommes partis sur l'idée d'un jour / une image, et que leur voyage durait deux semaines. Les "Cendrillons" (les femmes dans leur intérieur), qui résultaient d'une commande au départ, se sont faites sur plusieurs années. À la base, c'était pour la semaine de la femme. Pour la série du couple franco-allemand, c'était aussi sur un an, sur le principe d'une photo par mois. J'ai retracé toute leur vie de couple mois par mois : il y a eu le mois de la rencontre, le mois du mariage, de l'emménagement, etc.

Marielsa Niels, Clémence, photographie
Série "Cendrillon jette l'éponge", 2012. © Marielsa Niels

Marielsa Niels, Vanina, photographie
Série "Cendrillon jette l'éponge", 2012. © Marielsa Niels

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Focus numérique – Qu'est-ce qui t'intéresse dans l'acte photographique ?

Marielsa Niels – Pour moi, c'est essentiellement une finalité. La finalité d'un travail assez long. Ça marque vraiment la fin de l'installation. En fait c'est vraiment la phase préparatoire qui est excitante. J'adore bricoler, mettre en place, créer, j'adore faire ça. C'est ce contact physique manuel, et puis l'aboutissement du travail par un cliché qui est génial. C'est aussi pour cela que je ne m'y retrouve peut être un peu moins dans la photographie numérique. Je ne fais pas mes tirages moi-même du coup, et je n'ai plus ce contact avec le papier, les produits de développement... Composer et bricoler toutes ces scènes, c'est un peu une façon de compenser ce manque de travail manuel en photo.

J'aime aussi énormément le rapport humain avec les modèles ; c'est vraiment intéressant. Chaque scène a une histoire et le modèle y contribue. Je laisse d'ailleurs mes modèles s'investir sur le shooting, tout comme mon assistant d'ailleurs, je suis très ouverte à la suggestion. Alors évidemment, je reste "maître" du résultat final, mais j'aime beaucoup avoir d'autres avis d'autres idées ; c'est un travail d'équipe.

Enfin, ce que va devenir l'image, la mise en place d'une expo et toutes ces choses m'intéressent aussi énormément dans l'acte photographique. Savoir que l'image a une vie après le shooting, c'est fascinant.
En fait l'acte photographique en lui-même est un outil que j'utilise pour mettre en place tout autre chose. ce qui va autour de cette photo, de sa mise en scène, avant, et de sa vie, après...

Marielsa Niels, Désordre public, photographie
"Désordre public" (pour le magazine Causette). © Marielsa Niels

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Focus numérique – Si tu devais n'en citer qu'un, quel serait pour toi le photographe incontournable ou ta source d'inspiration ?

Marielsa Niels – Je ne pourrais pas t'en citer qu'un. Si tu as jeté un œil sur mon site, tu as dû voir que je ne fais pas que de la mise en scène ; j'ai un travail de macro un peu plus intimiste. Donc finalement, je pense que mes sources d'inspirations sont assez différentes et ne viennent pas forcément de la photographie.
J'adore par exemple le travail de Marc Bauer, je suis allée récemment à la rétrospective Bill Viola...
Un photographe que j'apprécie énormément aussi, c'est Jean-Paul Goude. Je trouve son univers complètement décalé. J'aime beaucoup aussi Désirée Dolron... Enfin voilà, leurs univers sont très différents. Même Rodin a sa place! D'où la difficulté de n'en citer qu'un. Et puis au début de ma carrière j'aimais aussi beaucoup Weston, Newman... Bref, vraiment, non, je ne peux pas en citer qu'un.

Marielsa Niels, Éco-warrior, photographie
"Éco-warriors" (pour le magazine Causette). © Marielsa Niels

Marielsa Niels, Ordre du psychorigide, photographie
"L'Ordre du psychorigide" (pour le magazine Causette). © Marielsa Niels

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Focus numérique – Quel est ton prochain projet ?

Marielsa Niels – Pour l'instant, j'ai mon projet de livre qui s'est concrétisé. Il est en vente depuis juin aux éditions Page Centrale [voir ci-dessous] et j'aimerais développer une expo autour de la série d'images présentée dans le livre. Il y en a certaines qui sont plus montrées que d'autres, on va essayer d'inverser un peu la tendance.
Sinon, je réfléchis en ce moment sur mes prochains projets — des séries, mais peut être plus petites que les précédents, comme des tri- ou des diptyques, sur des sujets bien précis qui devraient, je l'espère, m'emmener un peu plus loin dans la mise en scène.
J'ai aussi un travail avec les enfants du voyage. Ce projet devrait s'articuler autour de trois mises en scène : la première serait une vision des enfants du voyage sur les sédentaires, une à l'inverse des sédentaires sur les enfants du voyage, et la dernière serait une vision des enfants du voyage sur eux-mêmes. Je les accompagne dans cette création. C'est un partenariat avec deux classes d'une école du centre de la France. À la base, c'est un projet scolaire. Les enfants vont contribuer eux-mêmes à construire leur propre décor. Ici je vais plus avoir un rôle d'accompagnant dans la démarche. Ça donnera lieu à une exposition fin janvier début février 2015 et ça se passera à Volvic, à côté de Clermont-Ferrand.

Marielsa Niels, La Parade, photographie
L'Usine, exposition éphémère au festival photo d'Arles - La Parade.

* Voir notre article sur les formations pour devenir photographe.

Marielsa Niels, Mise(s) en scène
Éditions Page Centrale
Juin 2014
20 x 20 cm, 120 pages
Livre broché : couverture à rabat
Livre numérique : format PDF
ISBN : 979-10-90367-13-5
25,00 €

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