Cinq questions, un photographe

C'est presque par les hasards inexplicables de la toile que nous avons découvert le travail de Jérôme Berbigier. Ses clichés des paysages glacés de l'Islande avaient frappé notre sensibilité. Mais Jérôme Berbigier, à presque 30 ans, a déjà parcouru bien plus qu'un seul pays. Vivant en Australie depuis plusieurs années, ce photographe parcourt régulièrement les quatre coins du monde à la recherche de paysages irréels.

Jérôme Berbigier, Islande
© Jérôme Berbigier

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Focus Numérique – Quand et comment a débuté ton intérêt pour la photographie ?

Jérôme Berbigier – Pour te retracer un peu mon parcours, je suis originaire de Tours. J'ai déménagé en Australie en 2007 pour mon travail (je suis dans la santé). C'est à ce moment-là que j'ai vraiment commencé la photo. J'ai donc toujours shooté en numérique.

Je ne te cache pas que l'Australie facilite pas mal la vie quand on aime la photo. C'est assez facile de faire de belles photos sur le bord des côtes : on est facilement dépaysé, et puis le pays est magnifique. J'ai donc commencé l'air de rien, un après-midi ou une soirée par semaine, comme ça, sans grande prétention, et je me suis pris au jeu. J'ai continué, et puis les après-midi sont devenus des journées, les soirées des week-ends... Par ailleurs, mes parents ont un bateau et ils parcourent les mers depuis neuf ans. Ça m'arrive assez souvent de les rejoindre et de passer du temps avec eux autour du monde. J'ai fait pas mal de photos de voyage, mais elles ne sont pas postées sur mon site. Maintenant, je ne fais quasiment plus que du paysage, et j'y passe presque tout mon temps libre. Pour l'instant, je fais moitié-moitié avec mon travail dans la santé, mais je n'exclus pas de faire un petit break de six mois à un moment pour voyager et faire du stock.

À la base je n'ai pas de réelle formation en photo. Cependant, je ne sais pas si on peut vraiment appliquer le terme d'autodidacte quand on a accès à tant de contenus sur internet. En soi, la photo, c'est beaucoup d'expérience acquise par soi-même. Depuis quelque temps aussi, je donne des cours de photo et je propose des ateliers.

Jérôme Berbigier, Islande
© Jérôme Berbigier

Jérôme Berbigier, Islande
© Jérôme Berbigier

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Focus Numérique – Quel matériel utilises-tu ?

Jérôme BerbigierComme je te l'ai dit, je n'ai jamais touché à l'argentique. J'ai donc commencé avec un petit Nikon D80. Maintenant j'ai un D800E et un D700. Le premier est vraiment réservé aux paysages, et le D700, aux photos sous-marines. Le D800E est parfait pour le paysage : il a une définition excellente, une plage de sensibilité très large et il est extrêmement polyvalent. Pour le D700, si je l'utilise pour la photo sous l'eau, c'est tout simplement parce que mon caisson étanche est adapté au boîtier. J'ai aussi eu un D300.

J'avais aussi très envie de passer au moyen format, mais le budget est vraiment trop important. Qui plus est, si tu n'as pas une galerie permanente dans laquelle tu exposes et tu vends, tu n'as pas besoin de ce  matériel coûteux.

Pour les optiques, j'utilise essentiellement du grand-angle. J'ai le 16-35 mm f/4 de Nikon pour mes photos de paysages. Pour avoir entre les deux, j'ai un 50 mm et un 70-200 mm. C'est tout ce que j'ai comme optique. Lorsque je pars, je mets tout dans mon sac à dos, donc si j'en avais plus je me chargerais inutilement.

Par contre, je ne m'allège pas avec mon trépied, puisque celui que j'ai est assez imposant. Il est de la marque américaine Really Right Stuff et il est extrêmement efficace. J'ai besoin d'un bon support, car je fais beaucoup de paysages marins. J'ai donc souvent les pieds dans l'eau, et il me faut du matériel à la fois le plus léger possible et le plus robuste. Le mien est en carbone — ce sont les plus solides.

Pour les photos en pose longue, j'utilise également des filtres de la marque Lee. Le Big Stopper de 10 stops est presque opaque. Il me sert aux poses longues en journée. Pour te donner un ordre d'idée, je peux faire des poses de 4 à 5 secondes en pleine journée sous un grand ciel bleu. J'ai aussi un Lee gradué 0,6 que j'utilise sur presque toutes mes photos.

Jérôme Berbigier, Islande
© Jérôme Berbigier

Jérôme Berbigier, Islande
© Jérôme Berbigier

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Focus numérique – Qu'est-ce qui t'intéresse dans l'acte photographique ?

Jérôme BerbigierC'est une bonne question. Je pense que je pourrais te répondre que ma première motivation est d'être dehors, avant l'envie d'obtenir des clichés qui me touchent. La majeure partie de mes paysages étant pris au petit matin, on est vraiment tout seul. L'acte photographique était donc au début plutôt une sorte de rituel.

D'autre part, ce que je trouve extrêmement gratifiant dans l'acte photographique, c'est toute la partie post-traitement. Créer ou re-créer une ambiance, rendre un sentiment sur une photo qui n'est pas forcément visible à la prise de vue originale... La transformer en un cliché qui me parle et qui me satisfait est une étape très importante pour moi. Peut être que mon intérêt pour la création sur mes photos n'est pas étranger au fait que ma mère est peintre, qui sait...

Jérôme Berbigier, Islande
© Jérôme Berbigier

Jérôme Berbigier, Islande
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Focus numérique – Si tu devais n'en citer qu'un, quel serait pour toi le photographe incontournable ou ta source d'inspiration ?

Jérôme BerbigierC'est vraiment la question impossible. Je n'ai jamais réussi à mettre un nom, jusqu'à l'année dernière. J'ai croisé le travail d'un photographe que j'aime beaucoup et qui s'appelle Reuben Wu. C'est un photographe incroyable et accessoirement le claviériste du groupe Ladytron. Il fait parti de ces gens très énervants. Parce qu'en plus d'être très bon musicien, je trouve que c'est un excellent photographe, qui, comble du comble, a l'air très sympa. Quelle concurrence déloyale ! Reuben travaille avec du moyen format ; c'est assez intéressant comme approche car il mixe l'argentique à du post-traitement numérique.

Dans un tout autre style, il y a Damon Winter, un photographe de l'agence Magnum. Il fait des photos qui me parlent énormément.

Encore une fois, te donner une réponse précise est difficile, j'aime le travail de beaucoup de gens. Sebastião Salgado est aussi un photographe que j'apprécie énormément, même si je trouve qu'il a eu le passage au digital un peu dur. Et puis, évidemment, il y a Yann Arthus-Bertrand qui est quand même un grand photographe français. Je trouve son travail fascinant aussi.

Jérôme Berbigier, Islande
© Jérôme Berbigier

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Focus numérique – Quel est ton prochain projet ?

Jérôme BerbigierIl y a quelque chose qui devrait se concrétiser dans quelque temps. Je suis parti faire une série sur l'Italie il y a peu de temps dans la région des Dolomites, qui est superbe, mais qui était très pluvieuse cette année. Si tu regardes ma série sur l'Islande, on ne le voit pas au premier coup d'œil, mais le temps était vraiment très pluvieux quand j'y étais. J'ai donc décidé de combiner ces deux voyages dans une petite exposition appelée "Deux étés froids", qui devrait se concrétiser incessamment sous peu.

Par ailleurs, j'ai un autre projet en collaboration avec ma compagne qui est styliste. Nous aimerions faire une collaboration en début d'année prochaine. Le but serait d'imprimer certaines de mes images sur des textiles. Reuben l'a déjà fait, mais on a très envie d'essayer quand même. Je pense n'utiliser que des tirages noirs et blancs.

Jérôme Berbigier, Islande
© Jérôme Berbigier

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