Il y a quelque temps déjà (comme le temps passe vite), dans un petit article sur la macrophotographie, nous évoquions le retournement d'objectif permettant d'obtenir un magnifique objectif macro pour presque rien. Aujourd'hui, nous remettons nos optiques à rude épreuve, puisque le thème de notre article est cette fois le freelensing. En clair, la libération de votre objectif.

Oui, car s'il est admis qu'une bonne optique bien fixée à votre boîtier donnera de bons résultats en termes de netteté, il est également acquis qu'un objectif baladeur ne donne absolument pas de photos nettes. Enfin pas partout. Et malgré la réticence de certains (je vous vois, vous là, dans le fond), sachez que cette étonnante tactique donne d'intéressants résultats si l'on veut obtenir un rendu de très faible profondeur de champ. S'il peut s'appliquer à presque tous les types de prises de vues, on utilise beaucoup plus volontiers le freelensing dans la photo de portrait.

Pour commencer, voyons voir quel est l'équipement minimal.

Matériel

Vous l'aurez compris, le freelensing est soit l'ultime DIY (Do It Yourself ou FLVM, "Faites-le vous-même"), soit le Lensbaby du pauvre. Que vous vous considériez comme créatif ou fauché, sachez que dans tous les cas, vous aurez besoin d'un boîtier permettant d'ôter vos optiques ; un reflex ou un COI (compact à objectif Interchangeable) feront très bien l'affaire. L'avantage non négligeable du freelensing, c'est que ne fixant pas l'optique directement sur le boîtier, vous pouvez faire absolument ce que bon vous semble.
Attention minute blasphème : une optique Canon sur un boîtier Nikon ? Aucun problème. L'inverse ? Tout pareil ! (Pitié, ne me dénoncez pas à la Sainte Inquisition).

Tutoriel photo : freelensing, le matériel
On vous l'a dit, tout fonctionne, du moment que l'objectif se démonte.

La technique

À vrai dire, en matière d'informations techniques, je vais pouvoir faire très succinct. Le mot d'ordre est : "décalez votre objectif".

Dans l'idéal et dans la mesure du possible, il est important que votre optique soit proche au maximum de votre capteur, sans pour autant retourner à sa position initiale. Soyons bien d'accord sur ce point. Alors comme on ne peut pas dire que ce soit  toujours très clair, quand je parle de décalage, je n'entends pas translation latérale d'un point A à un point B. Quand je dis décalage, je sous-entends ceci :

Tutoriel photo : freelensing, le montage

Pour vous aider à vérifier chaque point important, établissons une petite liste de priorités.

1. Mettez vous en mode manuel. Un boîtier sans optique est difficile à dompter. Pensez donc qu'il est toujours utile de pouvoir jouer sur le temps de pose et la sensibilité.

2. Soyez prudent lorsque vous utilisez cette technique de prise de vue. Car le fait de jouer librement avec l'optique expose bien plus votre capteur à la poussière que lors de prises de vues classiques. Il est donc recommandé de nettoyer son capteur dès que vous avez terminé.

3. Le choix de votre optique est important. Je conseille à tout un chacun de tenter sa chance avec une vieille optique argentique. Pourquoi ? Parce que l'on règle l'ouverture à la main sur ce genre de bestioles, chose impossible à faire avec de toutes nouvelles optiques toutes belles et rutilantes. À ce propos, sachez que les optiques Nikon hors de leur boîtier sont en ouverture minimum, et que les optiques Canon, à l'inverse, sont ouvertes au maximum. Un détail qui pèse dans la balance quand on s'essaie au freelensing.
Vous aurez donc la possibilité d'expérimenter vos résultats à de plus ou moins grandes ouvertures. Fait intéressant à noter : une très faible ouverture (type f/16, soyons fous) vous donnera plus d'effet de flare que lorsque votre objectif est à f/1,7. Par ailleurs, ne l'oublions pas, l'ouverture diminuant la profondeur de champ, préférez les ouvertures moyennes type f/5,6 ou f/8 pour les scènes éloignées.

4. N'hésitez pas à utiliser un trépied. Si un être humain de construction standard ne possède pas de troisième main, il peut en revanche s'équiper d'un trépied flexible ou rigide suivant la situation. Cela vous libèrera une main, et ça, ça n'a pas de prix.

5. Pour éviter les effets de fuite de lumière, mettez vous dos à votre source lumineuse.

6. Pourquoi ne pas utiliser un posemètre pour estimer plus précisément votre temps de pose ? Oui, car comme vous pourrez le noter lors de vos essais, votre boîtier, sans optique fixée, n'est plus capable de déterminer si l'image est correctement exposée. À vous donc, de découvrir par vous-même les bons réglages, et un peu d'aide ne peut pas nuire. Il existe d'ailleurs plusieurs applications pour smartphone reproduisant les posemètres. Pour iPhone, vous pourrez par exemple utiliser l'app gratuite Pocket Light Meter et sur le Play Store, l'application Flashmètre et posemètre. Sinon, un vrai posemètre peut faire l'affaire aussi.

7. Un point vital à ne pas négliger non plus : la taille de votre capteur. Les optiques argentiques que vous pourriez utiliser sont conçues pour des appareils plein format. Or vous possédez peut-être un reflex APS-C. N'oubliez donc pas de convertir votre focale, pour éviter de vous demander pendant des heures en pleurant pourquoi ce 50 mm rend tout intégralement flou (alors que c'est peut-être tout simplement que l'équivalent de votre focale est de 80 mm... de suite, on dépasse le portrait).

Pour vous donner une idée des résultats obtenus, voici une petite série d'exemples :

Tutoriel photo : freelensing, exemple 1
Canon EOS 550D, avec un objectif argentique Minolta 50 mm f/1,7.

Tutoriel photo : freelensing, exemple 2
Canon EOS 550D, optique Revuenon Special, 135 mm, f/5,6.

Tutoriel photo : freelensing, exemple 3
Nikon J4, 10 mm f/3,5.

Tutoriel photo : freelensing, exemple 4
Canon EOS 5D Mark III avec 50 mm Nikkor ouvert à f/8.

Céline, portrait au freelensing
Canon Eos 5D Mark III équipé d'un objectif 50 mm Minolta argentique ouvert à f/1,7.

J'avoue avoir une préférence pour l'utilisation des vieilles optiques. Elles ont un rendu très particulier et sont assez bon marché. Elles se marient très bien avec l'effet un peu "vintage" du freelensing.

Un conseil que l'on peut donner à tous les néophytes impatients de tester le freelensing : entraînez-vous. N'hésitez pas, on ne va pas vous mentir, vos premières images seront indubitablement floues. Il faut connaître son optique et savoir jusqu'où vous pouvez la "décoller" du boîtier. Prenez aussi en compte le côté aléatoire de la technique. Chaque photo sera sans doute unique et non reproductible. C'est aussi un peu ça, la magie de cette technique aventureuse.

> Démonter une vieille optique pour le freelensing (en anglais)
> Tous nos articles "En pratique"

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