Cinq questions, un photographe

Xavier Delorme, photographe d'orages, image 1
© Xavier Delorme

Chasser les orages, c'est un peu plus qu'un métier. C'est également une passion. Et cette passion fait vivre le photographe aventurier qu'est Xavier Delorme.  Du mauvais temps, des tempêtes, une station météo et son imposant Citroën Jumpy, il n'en faut pas plus au photographe pour parcourir toute la France à la recherche des intempéries que nous fuyons habituellement.

Curieux, nous avons donc posé cinq questions à Xavier Delorme.

Xavier Delorme, photographe d'orages, image 2
© Xavier Delorme

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Focus Numérique – Quand et comment a débuté ton intérêt pour la photographie ?

Xavier Delorme – À vrai dire c'est essentiellement venu avec ma passion pour tous les phénomènes météorologiques. J'ai vraiment commencé comme ça. Ça date... Déjà tout petit, je faisais des relevés dans mon coin. C'est mon père qui m'a fourni mon premier appareil. Il m'a prêté son reflex argentique (un Yashica) pour que je puisse illustrer mes bulletins.

J'ai fait mes premières vraies photos de nuages vers 14-15 ans avec un argentique. Mais je n'ai pas de formation spécifique en photo. Je suis complètement autodidacte. J'ai un bac scientifique et une formation dans le bâtiment. Cela dit, j'ai fait plusieurs stages pour moi chez Météo France, histoire de me perfectionner sur certains points. En photographie, j'ai vraiment tout appris par moi-même : l'argentique ne laisse pas beaucoup de place à l'erreur, il faut savoir un minimum régler le boîtier et l'optique.

La photo d'orage c'est venu vers 16 ans : mon père m'a un peu expliqué la technique et puis, quand j'ai eu ma première photo, c'était génial. Donc évidemment, quand tu constates que ça a marché, tu as envie d'aller plus loin et d'en faire plus. Bien entendu. C'est comme ça que je me suis lancé dans la photo d'orages...

Xavier Delorme, photographe d'orages, image 3
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Focus Numérique – Quel matériel utilises-tu ?

Xavier Delorme – Et bien jusqu'en 2006 justement, j'utilisais l'appareil argentique que mon père m'a offert, le fameux Yashica. Je suis ensuite passé au numérique. J'ai une préférence pour Nikon globalement, je trouve que leurs reflex sont meilleurs en faible lumière, au niveau du bruit surtout. J'ai commencé avec un D50, qui est un amateur à la base, mais il faisait déjà de très belles photos et comme je te l'ai dit, en termes de sensibilité, c'était l'un des meilleurs. Il faut dire qu'à cette époque, on n'en était encore qu'au début de la photographie numérique et les capteurs n'étaient pas très sensibles. Bon, encore aujourd'hui, le bruit est un éternel souci, mais il faut bien avouer qu'on s'en tire beaucoup mieux.

Je suis du coup resté chez Nikon en passant par un bon nombre de leurs modèles. Le D90 a suivi le D50. Il me servait surtout de deuxième boîtier. Ce qui est particulier dans la photo d'orage, c'est qu'on est souvent confronté à la multiplicité des cellules orageuses, et à ce moment-là, impossible de choisir laquelle prendre préférentiellement en photo. Par ailleurs, deux boîtiers te permettent d'avoir deux optiques : pas besoin de perdre du temps à monter et remonter ton objectif. C'est un gain de temps significatif. Alors je prenais les deux.

En 2010, j'ai troqué mon D50 contre un D300. Ce fut la déception, alors j'ai troqué le D300 contre un D700 (c'était l'occasion de passer au plein format), qui ne m'a pas apporté autant de satisfaction que mon D90. Du coup, j'ai encore changé pour un D3S, qui était censé être le top en photo de nuit. Là encore, grosse déception. Le D700 était meilleur. Le D3S m'a fait une saison et je suis finalement passé au D4. Et ce boîtier-là m'a vraiment réconcilié avec Nikon. Les photos étaient vraiment de très bonne qualité. Par conte, c'est à ce moment-là que j'ai arrêté de me servir du D90. Le firmware avait changé, je ne me retrouvais plus dans le viseur, bref j'avais gouté au luxe du D4 et ça n'allait plus. J'ai donc revendu mon D90 contre un D800E. Je te l'ai dit, j'ai presque tout testé chez Nikon...

Pour les optiques, j'utilise surtout des objectifs large focale pour le paysage. Bon, au début j'ai eu un classique 18-55 mm. C'était un nid à poussière. Alors je m'en suis débarrassé et j'ai pris un 28-70 mm de chez Sigma. J'ai complété cette optique par un 14-24 mm de chez Nikon. Je n'ai pas été déçu. Sur le D90 déjà, les résultats étaient excellents, et je ne parle pas du D4 !

Par contre, un défaut m'a toujours gêné sur les optiques à mise au point automatique : c'est que contrairement aux vieilles optiques argentiques, elles ne possèdent pas de butée pour la mise au point à l'infini. C'est totalement compréhensible, mais pour la photo en pleine nuit, je dois avouer que la butée était un repère utile. Sans lumière, c'est bien difficile de faire la mise au point à l'infini. Du coup, j'ai cherché des optiques numériques qui possédaient elles aussi une butée sur l'infini, et j'ai trouvé le 35 mm de Zeiss. Non seulement il est polyvalent parce qu'il est bon en paysage et en reportage, mais en plus, il possède une butée à l'infini. Que demande le peuple ?

Du coup, j'ai acquis plusieurs optiques Zeiss. J'ai un 85 mm, ce qui est utile quand l'orage est assez loin, et il y a une semaine, j'ai reçu le 50 mm. J'ai également un 18 mm qui complète mon 14-24 mm dans les conditions un peu extrêmes. Il faut savoir que cet objectif Nikon a un hublot en guise de lentille frontale. Je te laisse imaginer le désastre quand je suis sous une pluie battante. Même le crachin breton est une menace ! Alors que le 18 mm, lui, est très peu bombé, et c'est assez confortable. Cela dit, je reste prudent. Les Zeiss supportent assez mal l'eau, et le 35 mm me le fait savoir quand il fait trop froid. J'ai dû le laisser un peu trop sous la pluie, et lorsque les températures deviennent très froides, il se met à geler à l'intérieur.

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Focus numérique – Qu'est-ce qui t'intéresse dans l'acte photographique ?

Xavier Delorme – C'est surtout la recherche de la meilleure photo. C'est un défi, un espèce de challenge avec les éléments. Est-ce qu'on va réussir son cliché, est-ce que la foudre va gagner ? Parfois, on pense être très bien placé et en réalité, il ne se passe rien devant l'objectif, tout a lieu juste à côté, c'est frustrant. Oui, je crois que "défi" est un bon terme pour définir l'intérêt que je trouve à la photo d'orages...
Il y a bien sûr également une certaine volonté de garder les souvenirs des orages, mais ce serait plus comme des trophées de chasse. Ma première passion reste la météo : la photographie est un moyen de garder une trace de tout ce que j'ai pu voir au cours de ma vie.

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Focus numérique – Si tu devais n'en citer qu'un, quel serait pour toi le photographe incontournable ou ta source d'inspiration ?

Xavier Delorme – À vrai dire, je n'ai pas de photographe qui me vienne à l'esprit comme ça, mais si je devais citer quelqu'un, ce serait sans doute Alex Hermant. C'est un peu un pionnier de la chasse d'orages, il fait ça depuis une trentaine d'années ; c'est lui qui a vraiment démocratisé la pratique : il a écrit plusieurs livres et il avait un musée dans le Massif central. C'est un peu une référence pour tous ceux qui font de la photo d'orages.

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Xavier Delorme, photographe d'orages, image 8
© Xavier Delorme

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Focus numérique – Quel est ton prochain projet ?

Xavier Delorme – Pas mal de festivals se préparent, en fait. Fin septembre, je serai sur le Salon de la photo nature de Barr. En octobre, j'expose pendant 3 semaines au château de la Loupe en Eure-et-Loir. J'y expose une quinzaine de clichés. Et puis cette année, pour la première fois, je serai présent au festival de Montier-en-Der. J'expose avec une photographe islandaise.1

En dehors de ça, je suis en train de me pencher sur la production documentaire. Je suis en train de travailler avec un ami réalisateur pour faire un petit documentaire sur les orages, ça fait son petit bonhomme de chemin, on espère pouvoir le proposer à des chaînes.

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© Xavier Delorme


  • 1.  Xavier Delorme, Temps d'orage, Salle des fêtes de Droyes, Festival de la photo animalière et de nature de Montier-en-Der, du 20 au 23 novembre 2014 (plus d'informations sur le site du festival).

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