Plus connu pour sa carrière d'acteur, Vincent Pérez, également photographe, a commencé ses études dans une école de photo en Suisse. Il expose cette année aux Rencontres Arles Photographie une série de portraits, dans le cadre d'une exposition intitulée Face à Face.

Vincent Pérez

[1]

Focus Numérique – Qu’est-ce que cela te fait d’être exposé à Arles ?

Vincent Pérez – Je suis très surpris d’être là. Pour moi c’est vraiment un privilège, un honneur, une consécration : c’est quelque chose d’absolument hallucinant. C’est surtout un merveilleux encouragement, car selon moi, le propre même du photographe est de douter de son travail. Pour ma part, je passe plus de temps à douter qu'à apprécier mon travail. C’est donc une manière de me dire : continue ! Le regard de François Hébel sur mon travail me donne des directions et m’encourage. Je ne pouvais pas rêver mieux.

Vincent Pérez, exposition aux Rencontres d'Arles 2014

On m’avait déjà plus ou moins proposé de m’exposer à Paris, mais je ne me sentais pas prêt, je ne savais pas du tout ce que cela voulait dire. Je voulais aussi faire attention à la manière d’exposer mon travail. Pour le moment, j’ai déjà exposé en dehors de la France, le plus loin possible de Paris, à Vladivostok, il y a maintenant 3 ou 4 ans. C’étaient des portraits d’artistes français. Puis cette exposition est partie à Moscou, où on m’a commandé une exposition sur les danseurs du Bolshoï.

Maintenant que je suis à Arles, maintenant que François Hébel a jeté son regard sur mon travail, j’ai l’impression de petit à petit trouver mon chemin qui commence à s’affiner, se préciser. Mon univers est en train de se révéler doucement.

[2]

Focus Numérique – Comment vous êtes-vous rencontrés avec François Hébel ?

Vincent Pérez – Par l’intermédiaire de l’attachée de presse des Rencontres, que j’ai rencontrée l’année dernière par hasard et à qui j’ai montré mon travail. Elle a parlé de moi à François et organisé un rendez-vous. Il a vu mon travail et m’a dit que j’avais vraiment quelque chose, qu'il y voyait un œil et que j’étais photographe. Avant de regarder, il m’avait prévenu qu’il avait la dent dure. Nous nous sommes revus en septembre et il m’a demandé de faire une première sélection, de laquelle nous avons extrait la série d’images présentées dans l’exposition : des portraits.
Vincent Pérez, entretien

Je pense que je suis avant tout un portraitiste, même si j’aime beaucoup l’architecture et le reportage. Ce que j’aime, c’est le contact avec le sujet. Ce vers quoi je vais actuellement, c’est l’idée d’un atelier dans lequel je puisse travailler avec des sujets et inventer des images. C’est un long processus et je viens juste de trouver la manière dont je veux travailler : c’est tout nouveau.

Ma prochaine exposition sera faite dans un atelier d’artiste ou une usine — un lieu dans lequel il y a une lumière naturelle. Je pars à la recherche de mes sujets avec un directeur de casting. Je les rencontre et ils me révèlent la photo que je veux faire avec eux. Par contre, j’ai besoin d’une totale liberté. Il faut que ce soit un jeu de confiance. Je dirige doucement vers ça et ça me plaît beaucoup.

[3]

Focus Numérique – Dans ton exposition, il y a de la couleur, du noir et blanc, des portraits, du reportage, des photos de famille... Pourquoi avoir décidé de montrer tout ça ?

Vincent Pérez - C’est pas moi qui ai décidé. J’ai laissé carte blanche à François Hébel dans la sélection des images. Je lui ai fait confiance ; c’est son regard sur mon travail qui m’intéressait. Le lien entre toutes ces images est justement les regards, ce qui se passe dans l’œil des sujets. Souvent, c’est comme si le masque tombait. Le portrait de Tania ou de Johnny par exemple. Chacun perçoit comme il le souhaite, mais on me parle beaucoup des regards.

Vincent Pérez

Vincent Pérez
[4]

Focus Numérique – Tu as un parcours hors normes, peux-tu nous en parler ?

Vincent Pérez - J’étais en apprentissage dans une école de photo en Suisse [le Centre de Vevey] chez un photographe portraitiste. Deux fois par semaine, j’allais suivre les cours. J’ai fait ça pendant plus de deux ans. Je me souviens, j’ai quitté l’école en plein cours de chimie pour devenir comédien. Tout le monde a ri. La photographie m’a toujours suivi tout au long de ma carrière. C’est une sorte de compagnon, de mémoire. Il y a 5 ans, j’ai décidé de mettre de l’ordre dans mes archives. J’ai commencé à faire des tirages et la passion m’est revenue. J’ai recommencé à refaire des photos, organiser des séances. C’était avant tout un travail personnel, sans aucune prétention professionnelle ni même l’intention de le montrer. Une étape importante est de montrer son travail et de se mettre en danger pour rebondir et trouver sa voie.

[5]

Focus Numérique – Qu’utilises-tu comme matériel pour tes photos ?

Vincent Pérez - J’ai un Fujifilm X100 dont je me sers très peu car il y a quelque chose que je n’aime pas dans les images qu’il procure. C’est peut être moi qui ne sais pas m’en servir. Je suis un peu las du numérique, sauf si c’est du moyen format. J’ai un Canon EOS 5D mais je n’en peux plus, j’ai envie d’autre chose. Je loue de temps en temps des moyens formats Hasselblad ou Phase One. Actuellement je suis de retour à l’argentique. J’utilise un vieux Contax 4,5 x 6 qui fait des images fabuleuses. C’est une pure merveille. Sinon j’utilise mon vieux Leica M7.

Vincent Pérez

[6]

Focus Numérique – Parle-nous de tes relations avec tes modèles...

Ce sont des gens proches de moi. J’ai un rapport très intime avec mes sujets que je connais très bien. J’aurais pu appeler mon exposition « Intimité ». C'est presque l'opposé de mon voisin d’exposition, Patrick Swirc, qui a une finalité professionnelle d’édition des ses portraits.

Je n'ai pas forcément beaucoup de temps pour mes séances. La plupart des photos exposées ont été prises rapidement, au cours de séances d'une demi-heure. Mais la relation est tout à fait différente. Mes modèles me connaissent personnellement. Par exemple pour Tania, j'avais organisé une séance sur un toit de Paris avec un assistant, une coiffeuse, une maquilleuse. Tania me fait un tout un numéro de modèle pendant lequel je mitraille littéralement. À un moment, elle a un coup de fatigue et je demande une pause et que l'on protège son visage du soleil. C'est à cet instant précis que j'ai pris la photo qui est exposée. J'adore quant le masque tombe.

Même avec Johnny. J'étais avec lui seul dans sa loge juste avant qu'il entre en scène. On est dans l'intimité, on est tout près l'un de l'autre. On fait les photos en très peu de temps. On se fait mutuellement confiance à ce moment précis. Je sais qu'il me respecte et qu'il m'aime en tant qu'être humain et il sait que c'est pareil pour moi. Je vois des choses chez lui qui me touchent. Nous sommes liés.


Vincent Pérez – Face à Face
Abbaye de Montmajour
Du 7 juillet au 25 septembre
10h - 17h45
Tarif plein : 7,50 €, tarif réduit : 4,50 €.

> Le site de Vincent Pérez
> L'exposition sur le site des Rencontres
> Toute l'actualité des Rencontres d'Arles



PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation