Corel AfterShot Pro 2, packaging
C'est en toute discrétion que Corel a lancé la deuxième version d'AfterShot Pro. Pour rappel, AfterShot n'est ni plus ni moins que le célèbre Bibble, racheté et renommé en 2012 par Corel.

Les premières nouveautés apportées par cette v2 sont invisibles à l'œil nu. Il s'agit du passage de l'application en 64 bits, ce qui permet à la nouvelle version d'être jusqu'à 30 % plus rapide que la première, selon les données de Corel. Au passage on pourra gérer des photos allant jusqu'à 250 Mpx.

De même, 26 nouveaux boîtiers voient leurs fichiers RAW supportés. Mais attention, Corel ne supporte toujours ni les Foveon de Sigma, ni la plupart des X-Trans de Fuji (seul le X100 l'est) — un manque gênant, pour le moins. Si vous n'êtes pas certains du support de vos fichiers, vérifiez d'abord la liste de compatibilité publiée par Corel. Notez que l'éditeur promet des mises à jour régulières... tant mieux. Passons à présent aux nouveautés par la pratique.

L'interface

Pour ceux qui découvriraient AfterShot, une petite présentation de l'interface s'impose, ne serait-ce que pour rassurer ceux qu'un changement d'habitude rendrait frileux.

Côté organisation, AfterShot offre les deux approches en vigueur sur le marché : "catalogue" ou "explorateur".

On peut ainsi travailler par catalogues (comme sous Lightroom) :

Corel AfterShot Pro 2, interface, mode catalogue

On peut également basculer en mode "explorateur de fichiers" pour aller chercher directement ses photos là où elles sont stockées, comme avec Optics Pro par exemple. Pour opérer la bascule, il suffit de choisir l'onglet voulu : "Bibliothèque" ou "Système de fichiers".

Corel AfterShot Pro 2, navigation fichiers

Les outils d'édition se trouvent quant à eux sur la droite de la fenêtre, et sont eux aussi présentés en onglets selon leur catégorie, à savoir :

• les outils standard (histogramme, réglages de base...) :

Corel AfterShot Pro 2 : réglages de base

• les outils de traitement de la couleur (courbes, correction, balance, profils...) :

Corel AfterShot Pro 2 : correction couleur

• les outils de traitement de la tonalité :

Corel AfterShot Pro 2, tonalité

• ainsi que les outils de traitement du détail :

Corel AfterShot Pro 2, détail

• un onglet est de plus dédié à la gestion des métadonnées :

Corel AfterShot Pro 2, métadonnées

• et un dernier onglet baptisé "Modules 1" contient par défaut deux boîtes à outils :

Corel AfterShot Pro 2, noir et blanc

Dernier point à propos de l'interface : elle offre également une fonction d'épreuvage écran bien pratique. On choisira son profil de sortie dans la liste en bas à droite :

Corel AfterShot Pro 2, épreuvage

Voilà pour l'interface, on ne peut plus classique à vrai dire. Arriver d'une autre solution comme Lightroom ne posera guère de problèmes.

Dématriçage par défaut

Reste maintenant à voir comment travaillent les algorithmes de Corel. Nous aurons ici une approche très linéaire, en examinant d'abord le dématriçage brut par défaut comparé à celui de Lightroom, puis plus épisodiquement à d'autres solutions.

Le dématriçage par défaut est un paramètre important : s'il est bon, on aura une meilleure base de travail pour améliorer le rendu de ses clichés. Si par contre il est médiocre, il sera difficile de tirer quelque chose de vraiment convaincant de ses clichés... Sans oublier qu'un dématriçage insuffisant risque de ne pas être à la hauteur de ce que le boîtier peut offrir, et de rapidement frustrer son possesseur.

Netteté

Le dématriçage par défaut donne des résultats très différents chez Adobe et Corel. À vrai dire, la préservation des détails ne semble pas être le point fort de Corel : par défaut, il lisse bien plus que Lightroom et préserve bien moins les textures. Si Corel avait des améliorations à apporter prioritairement à son offre, ce serait certainement sur la préservation des détails et des textures.
Notez qu'en la matière, si Lightroom 5 fait un bon boulot, notre référence reste encore et toujours le rendu des détails proposé par Capture One Pro 7 de Phase One (un éditeur également versé dans le moyen format, et donc très à cheval sur les textures).

Un premier exemple issu de la scène suivante. Nous allons zoomer à 100 % sur l'avion situé dans le coin inférieur droit de l'image.

Corel AfterShot Pro 2, dématriçage

Voici le dématriçage par défaut de Lightroom 5 :

Lightroom 5, dématriçage

Et voici celui par défaut d'AfterShot Pro 2 :

Corel AfterShot Pro 2, dématriçage

Notre second exemple est encore plus parlant, puisqu'il examine le rendu des visages lorsque l'on réalise un portrait. Là encore il s'agit d'un zoom à 100 % extrait d'une même image :

Le rendu par défaut de Lightroom 5 :

LR 5, dématriçage

Et celui par défaut d'AfterShot Pro 2 :

Corel AfterShot Pro 2, dématriçage

La comparaison est assez violente... et tend assez rapidement à indiquer que pour les portraitistes amateurs de capteurs très définis, mieux vaut ne pas compter sur la solution Corel pour le moment.

Couleurs

L'exemple précédent nous permet également de juger du rendu des tons chair par défaut. Là encore, la différence entre les approches d'Adobe et de Corel est flagrante.

Reprenons l'une des images précédentes, sans la zoomer à 100 % afin d'avoir le visage en entier.

Voici le rendu par défaut sous Lightroom 5 :

Adobe Lightroom 5, couleur

Et sous AfterShot Pro 2 :

Corel AfterShot Pro 2, rendu des couleurs

Des tons chair un peu plus roses chez Adobe, et un peu plus verts chez Corel... notre préférence va au rendu Adobe, plus naturel par défaut, mais aucun des deux n'est parfait d'origine.

Voilà pour les portraits. Passons à une scène un peu difficile. La seule lumière vient ici des lanternes jaunes. Un vrai défi pour la balance des blancs des boîtiers... et pour le développement !

Voici le développement par défaut sous Lightroom 5 :

Adobe Lightroom 5, rendu des couleurs

Et le développement par défaut sous AfterShot Pro 2 :

AfterShot Pro 2, rendu des couleurs

Les deux solutions sont gênées par l'ambiance et la lumière très particulières. AfterShot s'en sort un poil mieux sur le vêtement blanc, mais on paie cette justesse par des lanternes plus ternes que sous Lightroom 5 qui, globalement, donne des tonalités plus vives. Lequel des deux rendus est le plus juste pour cette image ? À vrai dire, aucun des deux dématriçages ne l'est, la réalité se situant entre les deux : un peu plus vibrante que sous AfterShot, et moins saturée que sous Lightroom.

Enfin, testons les deux solutions sur un paysage classique, avec ciel bleu, nuages blancs et végétation.

Le rendu par défaut de Lightroom 5 :

Adobe Lightroom 5, rendu des couleurs

Et celui par défaut d'AfterShot Pro 2 :

AfterShot Pro 2, rendu des couleurs

Le constat est similaire : Adobe rend des bleus plus denses par défaut, et des tons globalement plus vifs. Mais dans les deux cas, il est facile de travailler l'image proposée pour arriver à un résultat satisfaisant.

Zones claires, zones sombres

Dans les images à fort contraste, la situation peut s'inverser. Dans l'exemple ci-après, c'est AfterShot Pro 2 qui rend par défaut l'image la plus contrastée, et offre au final un rendu plus réussi que celui de Lightroom, qui est un peu plus plat (encore une fois par défaut).

Le rendu par défaut de Lightroom 5 :

Adobe Lightroom 5, dynamique

Et le rendu par défaut d'AfterShot Pro 2 :

AfterShot Pro 2, dynamique

Les ombres sont mieux récupérées par défaut chez Corel (en toute subjectivité assumée), avec des boiseries plus vives et une cloche plus dynamique. Les deux solutions récupèrent les zones claires assez facilement, la grosse différence se situant dans le rendu des verts de la végétation, plus denses chez Adobe et plus ternes chez Corel, même s'il rend tout de même une copie plus plaisante selon nous.

Bruit

Autrefois, du temps de Bibble, le traitement du bruit était confié à un module hors pair : Noise Ninja. Aujourd'hui, Noise Ninja est intégré à Photo Ninja, et Corel a dû trouver un palliatif. Mais faire mieux que Noise Ninja n'est pas simple et de notre point de vue, seul Prime de DxO parvient actuellement à faire mieux, mais au prix de calculs mettant les ordinateurs à rude épreuve.

La plupart du temps, ça passe...

Le débruitage sur AfterShot Pro 2 est donc dorénavant confié à Perfectly Clear. Il s'effectue en deux temps, via deux boîtes de dialogue distinctes. On active d'abord la suppression du "bruit brut", puis on peut activer le débruitage de Perfectly Clear, ce dernier étant doté de présélections s'adaptant au portrait, à la nuit, ou aux clichés issus de smartphones.

AfterShot Pro 2, bruit électronique

Dans la pratique, le traitement est assez efficace. Voici l'image juste dématricée, sans débruitage activé :

AfterShot Pro 2, bruit électronique

Et voici la même avec traitement du bruit brut (il subsiste beaucoup de bruit parasite, principalement de chrominance) :

AfterShot Pro 2, bruit électronique

La voici maintenant avec le traitement du bruit brut ET le traitement Perfectly Clear sur intensité moyenne ; la chrominance est rectifiée, mais le lissage est assez marqué :

AfterShot Pro 2, bruit électronique

Voici enfin une dernière variation avec le seul traitement Perfectly Clear ; il reste quelques défauts, mais globalement l'équilibre est meilleur et le lissage, moins marqué — à moins qu'on ne sorte le fichier en pleine taille, on n'y verra que du feu :

AfterShot Pro 2, traitements du bruit électronique et Perfectly Clear

Comparé toutefois à celui de Lightroom, le traitement est un peu moins fin. Voici la même image traitée sous LR5 (bruit de luminance sur 15 et chrominance sur 30). Le rendu final est à peu près autant débruité, mais semble plus détaillé, surtout dans la chevelure :

AfterShot Pro 2, traitement Perfectly Clear

Dans l'ensemble, le débruitage de Corel tient cependant la route. Certes le rendu est moins détaillé que chez Adobe (et le serait encore moins comparé aux meilleurs débruiteurs du moment), mais il est difficile de dire si le hic prend sa source dans le débruitage moins fin ou dans le dématriçage par défaut moins détaillé...

... mais parfois ça casse.

Il arrive en effet que le débruitage batte de l'aile et donne des résultats surprenants.

Un petit exemple avec le cliché ci-dessous, sorti d'un RAW de D800. Lors du traitement, nous avions d'abord pris le rendu affiché pour un bug d'affichage de la fenêtre de travail. Une fois le cliché exporté, les artefacts sont toujours là : surprenant !

Le fichier dans son ensemble est une vue de nuit d'un bâtiment très éclairé et pris à 6 400 ISO.

AfterShot Pro 2, artefacts sur scène nocturne

Même en taille réduite, on devine que quelque chose cloche dans le ciel noir. Un zoom permet d'en avoir le cœur net :

AfterShot Pro 2, artefacts sur scène nocturne, détail

Taches partout, détails avalés, contours pas nets, banding... : par moments l'algorithme dérape fort, et de manière tout à fait inexplicable. Le problème s'est répété sur toute la série de clichés du même événement. Ce n'est donc pas un bug occasionnel. Sur les NEF figurant des scènes nocturnes, l'algorithme semble caler, ce qui est un vrai problème. A priori, cela ne vient pas des fichiers, bien traités par Lightroom (ici avec un débruitage sur 25) :

Lightroom 5, scène nocturne, détail

Certes il reste du bruit, que l'on pourrait facilement traiter en poussant le curseur de débruitage, mais il est régulier et les contours du château sont nets !

Modules optiques

C'est désormais un incontournable : tout utilitaire de traitement RAW doit intégrer des profils de correction optique. Le maître en la matière est DxO, dont l'Optics Pro croule sous les profils.

Chez Corel, la base est présente et assez étoffée, même si par moment certains objectifs manquent à l'appel.

AfterShot Pro 2, module optique

Ici par exemple, point de 70-200 mm f/4G dans les optiques Nikon. Le logiciel propose au plus près, à savoir le 70-210 mm f/4-5,6 D... dont les défauts optiques ne sont pas nécessairement identiques à ceux du 70-200 mm f/4. Ce zoom n'est pourtant ni particulièrement récent ni particulièrement exclusif, Corel pourrait donc facilement rectifier les manques.

Aberrations chromatiques

Le dématriçage par défaut peut laisser apparaître quelques franges et aberrations. Notons que par défaut, le travail rendu est au niveau de celui de Lightroom. Une petite calandre de voiture permet de s'en assurer.

Le rendu par défaut sous Lightroom 5 :

Lightroom 5, aberrations chromatiques

Et sous AfterShot Pro 2 :

AfterShot Pro 2, aberrations chromatiques

On retrouve les mêmes franges pourpres aux mêmes endroits. On note un léger mieux avec AfterShot Pro 2, qui en laisse apparaître un poil moins sur l'intérieur de la calandre.

On parviendra à traiter le défaut avec les deux solutions, même si — peut-être par force d'habitude — le traitement semble bien plus simple avec Lightroom : il n'utilise en effet qu'un seul curseur dédié au pourpre, et non un curseur commun cyan + pourpre qui nécessite une recherche d'équilibre plus subtile. Mais encore une fois, nous somme plus habitués à Lightroom 5 qu'à AfterShot Pro 2 ; l'important à retenir est qu'on arrive au même résultat dans le traitement des franges dans les deux cas.

Retouche locale

C'est l'un des gros points forts d'AfterShot Pro 2. Si de nombreuses solutions offrent des possibilités de retouche localisée, c'est souvent par coups de pinceau interposés, donc pas toujours très rigoureux. On brosse la zone à traiter, on ajuste : c'est pratique, souvent suffisant, mais AfterShot propose une approche bien plus précise. Ici, on peut carrément détourer la zone à traiter, un peu comme sous Photoshop.

AfterShot Pro 2, retouche locale

En délimitant cette zone, on crée un calque, de netteté/clonage ou de réglage. On peut multiplier les calques et les travailler de façon minutieuse. Chaque calque est renommable, de sorte qu'on s'y retrouve facilement et rapidement. Bref, à utiliser, c'est un régal.

AfterShot Pro 2, retouche locale, outil calques

Module HDR

Le module HDR est une autre des pépites d'AfterShot Pro 2. Dommage qu'il soit si bien caché ; on peut passer plusieurs jours à utiliser le logiciel en ignorant tout de son existence : un comble !
Pour l'activer il faut sélectionner la vignette (ou les vignettes) à traiter en HDR, faire un clic droit et choisir "Modifier avec AfterShot HDR" dans le menu qui apparaît. Franchement, ce module mériterait un peu plus de visibilité !

AfterShot Pro 2, module HDR, menu

Si on a préparé ses fichiers à la prise de vue (bracketing d'exposition), il suffit de choisir les RAW à traiter et de suivre les étapes du traitement — sans surprise. Dans le cas d'un traitement sur un RAW unique, le module automatise ce que l'on fait à la main habituellement. Il va prendre un RAW, et le fractionner en créant une copie plus exposée, puis une copie moins exposée, puis en fusionnant les trois.

L'interface est simple, et assistée de bulles d'aide pour ceux qui en auraient besoin (désactivables dans le cas contraire).

AfterShot Pro 2, module HDR 1

On part de ce RAW :

AfterShot Pro 2, module HDR 2

Et on arrive à ceci :

AfterShot Pro 2, module HDR 3

Le rendu peut être ajusté et affiné. On fera attention au bruit généré lors du débouchage des parties sombres, mais qui est facile à contenir si on ne force pas trop le trait. Ce module est aussi plaisant à utiliser que pratique. Dommage qu'il soit si bien caché dans les menus contextuels de l'interface !

Conclusion

AfterShot Pro 2 est une solution agréable à prendre en mains, bénéficiant d'une interface claire et bien pensée. On adore sa gestion des calques et son traitement localisé hyper précis, on apprécie également beaucoup le module HDR qui constitue quasiment un logiciel à lui tout seul.

Mais en l'état, il est difficile de le conseiller aux plus pinailleurs. Corel pourrait facilement perfectionner sa solution en travaillant sur certains comportements difficilement admissibles lorsque l'on a un niveau d'exigence élevé. Le dématriçage par défaut pourrait par exemple mieux révéler les détails ; le débruitage en bénéficierait grandement et aurait un rendu final moins lisse, certainement digne des meilleurs acteurs du moment. Enfin il serait bon de maintenir à jour la base de données des modules optiques disponibles afin d'y inclure les nouvelles optiques aussi vite que possible.

En somme, notre bonne impression initiale bute encore trop sur quelques points aisément améliorables pour qu'AfterShot Pro 2 puisse venir concurrencer les mastodontes du moment que sont Lightroom 5 (Adobe), Optics Pro 9 (DxO) ou Capture One Pro 7 (Phase One).

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