Maxime Oudoux, le mont Saint-Michel de nuit et ciel nocturne
Au coucher du soleil, un tout autre spectacle s’offre à vous et à votre appareil, subtil et souvent occulté par les installations humaines.
Utilisés pour cette image : Nikon D7000, Tamron 17-50 mm f/2,8 A16 (le "non VC") ;
paramètres pour la prise de vue du ciel : 10s, f/2,8, 3 200 ISO, 17 mm ;
paramètres pour le mont Saint-Michel : 2s, f/4, 800 ISO, 17 mm
(technique du digital blending) ; panoramique de 10 RAW + 4 RAW.

Avant de commencer

Observer le ciel est une activité magique, incitant au rêve et à la contemplation. Pratiquée par le biais de l’astronomie, elle n’est pas incompatible avec la photographie, bien au contraire ! La fusion des deux donne l’astrophotographie, une discipline encore peu connue au niveau amateur, mais très active dans le monde entier, avec des passionnés toujours prêts à capturer l’infiniment grand.

Cependant, comme la plupart des disciplines photographiques, elle ne s’improvise pas totalement si l’on veut obtenir une image qui ne se résume pas à un rectangle noir, qui plus est lorsque la nuit est sombre (le flash n’étant d’aucune aide). L’astrophotographie fait partie des disciplines complexes à appréhender, à pratiquer et à maîtriser, en particulier dans ses branches les plus "scientifiques".

De plus, elle met en lumière les limites de votre matériel, car vous allez volontairement pousser votre boîtier dans ses derniers retranchements pour tenter de capturer des photons qui ont parcouru le vide intersidéral durant des milliers d’années... 

Trois grandes sous-catégories se distinguent en astrophotographie :
  1. Le champ large (ou le Nightscape) : avec un reflex et un objectif à courte focale lumineux, une grande portion du ciel est photographiée avec ou sans un élément terrestre en premier plan. Il nécessite du matériel courant et quelques connaissances en retouche d’images.
  2. Le planétaire (comprend la Lune) : les planètes de notre système solaire sont photographiées avec un reflex ou une caméra CCD (un gros capteur parfois refroidi par ventilation), avec un téléobjectif pour la Lune ou bien une lunette apochromatique. Cela demande des connaissances en astronomie et du matériel plus pointu.
  3. Le champ profond (dans le jargon, le "CP") : il s'agit de photographier les objets très lointains et/ou diffus (galaxies, nébuleuses, amas ouverts et globulaires...), c’est-à-dire qui émettent très peu de lumière : un télescope ou une lunette est alors obligatoire, avec un système de compensation de rotation de la Terre sur la monture (les temps de pose dépassent la minute). Un reflex peut être utilisé, mais l’emploi d’une caméra CCD offre les meilleurs résultats. Réservé aux passionnés du ciel, le CP requiert de solides connaissances aussi bien astronomie qu'en retouche d’images pour savourer pleinement ses clichés — et justifier l’achat d'un matériel au prix exorbitant auprès de sa famille...

Dans cet article, nous nous concentrerons uniquement sur le champ large, ou Nightscape.

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L’astrophotographie et l’astronomie sont étroitement liées : il y a fréquemment au moins un astrophotographe amateur dans un club d’astronomie.
Ici : Nikon D7000 + Tamron 17-50 mm f/2,8 A16 (le "non VC"), 25 s, f/2,8, 2 500 ISO, 17 mm, panoramique de 10 RAW.

Ici s'impose une petite parenthèse concernant l'emploi du mot "astrophotographie". L'astrophotographie concerne davantage le planétaire et le CP que le champ large, car ce dernier peut également faire partie des paysages nocturnes (d’où l'appellation "Nightscape"). Néanmoins, par souci de lisibilité, j'utiliserai ce terme, au risque de faire un abus de langage.

Principes et bonnes pratiques de base

L’idée principale en astrophotographie à champ large (Nigthscape) est de capturer des lumières très faibles issues d’objets célestes très lointains. Pour cela, vous allez demander au capteur de votre appareil d’être très sensible, ouvrir votre obturateur pendant plusieurs secondes et laisser passer une importante quantité de lumière au travers d’un diaphragme généreusement ouvert, le tout placé sur un trépied.

Préparatifs

Réaliser correctement un cliché du ciel demande du travail avant même sa réalisation : vous devez vous assurer d’avoir un ciel dégagé pendant les prises de vues, ou bien savoir que vous allez devoir composer avec les nuages ou un ciel légèrement voilé, ce qui peut être intéressant. Je vous conseille le site sat24.com, qui permet de suivre l’avancée des masses nuageuses tous les quarts d’heure et donc d’anticiper leur arrivée sur votre site. Pour les plus pointilleux d’entre vous, vous pouvez également consulter le site meteoblue.com ("Diagrammes et Outils" > "Miscellanous" > "Astronomy Seeing") ; vous accéderez à un outil très pratique détaillant le "Seeing", c’est-à-dire la qualité du ciel : reportez-vous au groupe de colonnes "Seeing" et préférez les heures où, dans les colonnes Index 1 et Index 2, les indices sont les plus hauts (4 ou 5).

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Les nuages ne sont pas nécessairement vos ennemis jurés : vous pouvez les utiliser du moment qu’ils ne bouchent pas le ciel... et renvoient avec justesse la pollution lumineuse, et ici la lumière d’une Lune rousse quelques instants avant son lever.
Ici : Nikon D7000, Samyang + 35 mm f/1,4 AS UMC, 10 s, f/2, 4 000 ISO, 35 mm, panoramique de 60 RAW.

La partie astronomique est évidemment la plus longue à maîtriser si vous débutez complètement, mais sachez qu’il n’est pas nécessaire de tout connaître : l’idée est de pouvoir se repérer dans le ciel afin de naviguer entre les points d’intérêts faciles à photographier.

Se repérer

Le ciel nocturne est un espace immense et fascinant, en mouvement perpétuel du fait de la rotation de la Terre sur elle-même et de sa révolution autour de notre étoile (donnant respectivement lieu au cycle du jour et de la nuit et à celui des saisons). La nuit, des milliers d’étoiles sont visibles à l’œil nu, plus ou moins lumineuses, certaines formant des figures remarquables : les constellations (la plus connue étant La Grande Ourse ou la "Grande Casserole").

L’objet céleste le plus impressionnant à photographier est la Voie Lactée : nous faisons partie d’un immense groupement d’étoiles tournant sur lui-même — une galaxie. D’un point de vue extérieur, cela ressemble en général à une toupie très plate, plus épaisse au centre. Puisque nous sommes à l’intérieur, notre galaxie est donc visible d'un point vue interne, ce qui se caractérise par une bande blanche diffuse faisant le tour de la sphère céleste (hémisphères nord et sud). Un point très important à assimiler est la ronde des saisons : cela joue évidemment sur la durée de la nuit, les heures de lever et de coucher du soleil, mais surtout sur le fait que le paysage céleste n’est pas le même en été ou en hiver. Ainsi des constellations telles qu’Orion sont visibles dès le début de la nuit en hiver, alors qu’elles ne le sont plus en plein été, car le soleil se lève et se couche en même temps qu’elles.

Autre point crucial à considérer impérativement pour votre prise de vue : la Lune. Lorsqu’elle est dans le ciel, c’est un véritable phare qui vous inonde de lumière. Plus elle est lumineuse, moins vous pourrez capturer d’étoiles. Faites en sorte par défaut de l’éviter, ou bien de composer avec — l’avantage non négligeable est qu’une fois la Lune levée, le ciel est plus bleu et le paysage terrestre, mieux éclairé.
Heureusement, pour (vraiment) se faciliter la tâche, il existe des logiciels et des applications mobiles permettant de simuler le ciel avec une multitude d’informations, comme un planétarium. L’un des plus célèbres est Stellarium, un programme open source gratuit très bien réalisé et facile d’utilisation, que je vous conseille très fortement de le télécharger pour planifier vos sorties nocturnes, ou tout simplement découvrir le ciel avec vos proches. Votre repérage sur place n'en sera que plus simple et rapide.

Logiciel Stellarium, capture d'écran
Stellarium est un excellent logiciel pour découvrir le ciel, offrant à la fois un rendu magnifique et assez réaliste, une grande précision et une multitude d’infos utiles (ou non...) pour planifier sa prise de vue. Un outil indispensable !

Une fois que vous connaissez un peu mieux ce qui se passe là‐haut, regardez où vous poserez votre matériel, d’une part pour prendre un joli cliché de la voûte céleste avec un élément terrestre, comme un arbre, un rocher, un bâtiment, un champ..., mais surtout pour fuir la pollution lumineuse.

Maxime Oudoux, astrophotographie champ large, la Voie lactée se détachant sur des arbres
Un ciel pur, privé de pollution lumineuse, vous permettra de capturer les subtilités de la Voie lactée, même avec un couple boîtier/objectif plutôt modeste.
Ici : Nikon D7000 + Tamron 17-50 mm f/2,8 A16 (le "non VC"), 20 s, f/2,8, 2 000 ISO, 17 mm, 1 seul RAW.

Les communes et agglomérations ont tendance à utiliser de l’éclairage public dans toutes les directions et surtout vers le ciel, ce qui empêche de voir correctement les étoiles. Plus votre ville est importante, moins vous capturerez d’étoiles (amis parisiens...). Fuyez villes et villages. Pour connaître les lieux épargnés, je vous conseille d’étudier la carte de pollution lumineuse de France faite par l’association AVEX, qui s’ouvre avec le logiciel Google Earth. Vous découvrirez ainsi des zones particulièrement touchées (rouges/blanches) et d’autres très épargnées (bleues foncées/transparentes). Si vous êtes dans le Nord ou d’autres régions minées (si j’ose dire) par ce problème sur une grande superficie, repérez le coin le moins touché près de chez vous — essayez quand même !

Carte Google Earth pollution lumineuse
Carte de la pollution lumineuse en France avec Google Earth.

Le matériel

Les boîtiers

Pour pratiquer l’astrophotographie et plus particulièrement le Nightscape, il n’y a pas forcément besoin d’avoir un matériel exotique pour s’en sortir. Du moment que vous pouvez gérer la sensibilité ISO, l’ouverture et la vitesse (en d’autres termes, être en manuel), tout va bien. Évidemment, mieux votre boîtier gérera les montées en ISO et plus votre optique sera lumineuse, plus ce sera facile.

Avec les boîtiers reflex d’entrée de gamme comme les Canon 1100D ou les Nikon D3200 équipés de leur optique de base 18-55 mm, il est tout à fait possible de s’en sortir honorablement pour débuter, mais vous serez vite limités par l’optique pour progresser. Plus vous monterez en gamme en boîtier, plus les images seront détaillées et le bruit, contenu.

Les boîtiers offrant de très bons résultats sont les "amateurs experts" de type Nikon D7000/D7100 ou Canon 60D/70D, et les Nikon D600/D800 ou Canon 7D/5D pour les pleins formats. N’oubliez pas qu’il est impératif d’utiliser un (bon) trépied ainsi qu’une télécommande si vous en avez une, pour éviter au maximum les vibrations au déclenchement.

Les optiques

Les objectifs font un travail majeur en photographie et cela n’a jamais été aussi vrai qu'en astrophotographie. L’idéal est d’utiliser des objectifs à grande ouverture (tout au plus f/2,8) pour récolter le plus de lumière possible, et d’avoir des lentilles à faible dispersion pour éviter le chromatisme, car les étoiles adorent s’entourer d’un anneau violet causé par ce phénomène optique. Vous pouvez l’éliminer avec les logiciels de retouche, mais le mieux reste de le limiter au maximum dès la prise de vue.

De telles optiques sont en règle générale très onéreuses. Il existe toutefois quelques "bonnes pioches" au rapport qualité-prix excellent, largement utilisées par les photographes du ciel.

Par ordre croissant de prix (attention à vérifier la compatibilité APS‐C/plein format), ce sont :
  • - les Canon et Nikon 35 ou 50 mm f/1,8 – leur focale est assez peu pratique, mais leurs prix permettent une entrée en matière en douceur ; de plus, ces optiques servent pour tout en photographie !
  • - le Samyang 14 mm f/2,8 – très utilisé en astrophotographie, il permet de capturer une large portion du ciel tout en ayant une qualité optique très correcte et un prix attractif ;
  • - le Samyang 35 mm f/1,4 AS UMC – une optique très impressionnante par ses performances, utilisée par les photographes panoramistes nocturnes ;
  • ‐ le Samyang 24 mm f/2,8 ED AS IF UMC – plus cher que ses 2 frères, il possède une qualité optique proche du 35 mm avec la flexibilité d’une focale plus réduite ;
  • ‐ le Tokina 11-16 mm f/2,8 Pro DX – un zoom grand-angle aux performances uniques, également très apprécié en astrophotographie à grand champ ;
  • ‐ et enfin le Sigma 35 mm f/1,4 DG HSM ART – une optique de très haut vol, utilisée par les meilleurs photographes spécialisés dans le domaine (avec la technique du panoramique).

Samyang 14 mm f/2,8 Sigma 35 mm f/1,4 art Tokina 11-16 mm f/2,8
Samyang 14 mm f/2,8 Sigma 35 mm f/1,4 DG HSM ART Tokina 11-16 mm f/2,8

La pratique

Pour conserver une approche volontairement accessible à tous, au risque de faire l’impasse sur des notions avancées pour les connaisseurs, je choisis de construire cette partie à la manière d’une présentation étape par étape : celles que j’utilise à chaque fois que je pars faire une prise de vue.

Elle va se décomposer en 3 grandes parties : la préparation, la prise de vue et la retouche.

La préparation

Avant de vous lancer dans une prise de vue nocturne, anticipez avant tout les points logistiques et de confort, surtout si vous partez en hiver. N’oubliez pas de prendre des vêtements adaptés à la température, ni trop chauds ni trop froids, car vous allez rester au moins 1 heure sur le site que vous avez choisi, le temps de mettre en place le matériel, de déclencher et de ranger.

Vérifiez votre matériel :
  • – l'espace disponible sur votre carte, car vous allez shooter en RAW obligatoirement et cela prend de la place (nous y reviendrons plus tard),
  • – la batterie de votre boîtier (n’hésitez pas à lui donner un coup de charge : en hiver, les batteries se déchargent plus vite),
  • – les serrages de votre trépied (pour éviter les vibrations),
  • – la batterie de votre téléphone portable (pour le GPS, le planétarium de poche, la lampe torche, ou pour appeler en cas de problème).

Dernier point matériel important : vérifiez la position de mise au point infinie parfaite de jour, et marquez-la sur l’objectif. Il n’est pas plaisant de se rendre compte qu’une fois la nuit tombée, le boîtier ne sait plus trouver le point à l’infini, utilisant en vain son télémètre... Je vous conseille de faire la mise au point de jour, en visant un objet au loin (plus de 30 m de vous) et en effectuant le contrôle via Liveview (par l’écran de votre boîtier), avec zoom numérique dans l’image au maximum. Une fois que vous avez déterminé le point parfait, faites un petit trait sur le fût de votre objectif et la bague de mise au point, pour qu’ils coïncident parfaitement.

Consultez maintenant les sites météo peu de temps avant votre départ, et vérifiez que votre site n'est pas dégradé par la pollution lumineuse (voir la première partie ci-dessus).

Maintenant, lancez le planétarium Stellarium (voir la première partie également) et regardez la configuration du ciel au moment souhaité : la position des planètes, des constellations, de la Voie lactée et... de la Lune. Selon l’idée que vous avez en tête pour le paysage céleste, regardez dans quelle direction et à quelle "hauteur" votre point d’intérêt se trouve.

La prise de vue

Une fois sur place, préparez votre matériel à la lumière de votre lampe (si possible d’une puissance modeste, idéalement de couleur rouge pour vous éblouir le moins possible), puis contrôlez une dernière fois les serrages... et coupez votre lampe.

Ne faites rien, posez‐vous. Profitez de ce moment pour observer le ciel, la voûte céleste s’offre à vous dans toute sa beauté. Au départ, vous n’allez pas voir grand-chose, mais après une dizaine de minutes, votre œil va s’accommoder complètement à l’obscurité, et vous discernerez de plus en plus de petites étoiles, ainsi que la Voie lactée, qui prendra la forme d’un ruban diffus fantomatique, parcourant tout le ciel. Repérez les objets qui vous intéressent. Vous allez certainement devoir déplacer votre matériel pour composer avec le paysage terrestre si vous le souhaitez : allumez si besoin la lampe, mais surtout ne la regardez pas directement, tout le travail d’accommodation serait à refaire.

L’intérêt du Nightscape est de composer un paysage terrestre avec un paysage céleste : sélectionnez votre emplacement sur zone avec soin.
Ici : Nikon D7000, Samyang 35 mm f/1,4, 10s, f/2, 4 000 ISO, 35 mm, panoramique de 42 RAW.

Premières choses à faire avant de déclencher :
  • – passez en mode M (manuel) ;
  • – débrayez en focus manuel ;
  • – désactivez la réduction du bruit ISO (laissez les logiciels de traitement s’en occuper) ;
  • – format d’enregistrement : RAW obligatoire ! Si vous enregistrez en JPG, vous n’aurez pas accès aux corrections d’optiques et ne pourrez pas faire ressortir les petits détails qui font la différence ;
  • – enfin, placez votre bague de mise au point au niveau de l’encoche/marquage que vous avez fait avant de partir

Pour la vitesse, les lumières sont tellement faibles que vous serez obligés d’avoir une obturation au-delà de la seconde. Selon votre focale, vous allez déclencher entre quelques secondes et jusqu’à 30 s. Retenez que plus votre focale est importante, plus vous devrez avoir une pose courte, à cause de la rotation terrestre : les étoiles finiront par créer des petits traits (les "filés") au lieu d’êtres ponctuelles.
Pour avoir un ordre d’idée, il est possible de poser jusqu’à 25 s pour 17 mm, 10 s pour 35 mm et 2 s au-delà de 70 mm sans avoir de "filés" trop importants. En règle générale, on oscille ente 15 et 25 s. N’hésitez surtout pas à faire plusieurs essais pour voir la différence.

Pour l’ouverture, on retrouve le principe classique en photographie : plus votre objectif est lumineux, mieux c’est, mais attention à ne pas ouvrir trop grand. Fermez un peu votre diaphragme afin de récupérer du pouvoir de résolution, pour obtenir des étoiles mieux définies et plus nettes. Avec un kit de base 18-55 mm fermé à f/3,5 ou f/4, vous vous retrouverez avec des étoiles plutôt "baveuses", mais cela s’améliore avec une optique de f/2,8 fermée à f/3,5, c’est encore mieux avec celles de f/1,8 fermées à f/2,8, le meilleur étant les optiques de f/1,4 fermées à f/2.

Enfin, pour la sensibilité, vous pouvez y aller plus ou moins généreusement selon la capacité de votre boîtier à gérer les montées ISO : les reflex d’entrée de gamme ont des images correctes entre 800 à 1 600 ISO mais ont du mal à 3 200 ISO, tandis que des appareils plus performants montent assez facilement au-delà de 4 000 ISO. Vous verrez par la pratique qu’il n’est pas nécessaire de monter au plus haut à chaque fois, car plus vous montez en sensibilité, plus vous aurez d’étoiles qui seront mélangées au bruit du capteur.

Une fois que vous avez réglé votre appareil, cadrez et composez. Si vous possédez une télécommande, prenez-la, sinon utilisez le retardateur pour éviter de faire vibrer l’ensemble lorsque vous appuierez sur le déclencheur, cela se verra assez facilement sur l’image.
Je le répète, n’hésitez surtout pas à expérimenter plusieurs réglages sur place pour voir ce qui vous plaît le plus : il sera trop tard quand vous serez rentré chez vous !

Les retouches

Dernière étape ô combien importante de votre processus photographique : le traitement de l’image. Il est d’autant plus vital en astrophotographie, où la gestion du bruit doit être particulièrement travaillée.
Je ne vais malheureusement pas pouvoir vous expliquer à loisir les retouches, qui peuvent être particulièrement complexes et longues pour obtenir un très bon cliché, néanmoins je vais vous montrer les points indispensables à respecter pour avoir une base solide.

Je vais me fonder sur Lightroom, avec une logique qui s’adapte à d’autres logiciels.

Une image brute n’est jamais très satisfaisante en astrophoto : c’est par le biais de la retouche (et des propriétés du RAW) que l’on exploite tout son potentiel. Utilisez et combinez les logiciels dont vous disposez ou n’ayez pas peur d’en utiliser de nouveaux — vous n’aurez pas le choix à un moment donné.

Premièrement, vous allez devoir éliminer les défauts optiques tels que le vignetage et les aberrations chromatiques. Dans la majorité des clichés de ceux qui découvrent l’astrophotographie, ces 2 défauts ne sont pas corrigés et le cliché est peu esthétique, avec un ciel beaucoup plus foncé dans les angles, et les étoiles entourées d'une aura magenta très saturée pour les plus brillantes.

Dans Lightroom, allez dans la section "Corrections de l’objectif" puis "Profil", sélectionnez votre optique dans la liste, puis dans "Couleur", cochez "Supprimer l’aberration chromatique" et jouez avec la réglette "Valeur" tout en observant le résultat sur une étoile.

Le vignetage est visible sur la partie supérieure de l’image d’origine à gauche, ce qui peut causer de sérieuses différences lors des retouches de lumières et d’exposition.

L’étape suivante est la plus importante : vous allez devoir jouer entre réduire le bruit de façon plus ou moins importante, ce qui va effacer les étoiles les plus faibles, et augmenter les détails, ce qui a pour conséquence d’augmenter le bruit.

Pour cela, allez dans la section "Détail" et jouez avec la réglette de gain dans "Netteté" pour observer le rendu sur l’image ; il n’est en général pas conseillé de monter sur un gain trop important.
Ensuite, jouez avec la réglette "Rayon" pour mieux détacher les étoiles de luminosité moyenne du fond du ciel, mais attention, vous augmenterez le bruit assez significativement : allez-y avec parcimonie. Pour gérer ce traitement de manière assez fine, maintenez la touche "alt" enfoncée pendant que vous déplacez le curseur sur la réglette. L’image va alors passer en noir et blanc : plus les zones virent vers le blanc, plus elles sont affectées par le réglage de netteté. Veillez à avoir ce traitement uniquement sur les étoiles, et le moins possible sur le fond du ciel, ce qui aurait pour conséquence d’augmenter le bruit.
Ensuite, dans "Réduction du bruit", jouez avec la luminance ainsi que le détail pour lisser et réduire le plus possible le bruit du fond du cliché. Vous n’arriverez pas à l’éliminer totalement, c’est normal. En fonction de votre boîtier et vos goûts personnels, vous devrez plus ou moins appliquer cette correction. Une autre méthode pour combattre le bruit sur Lightroom consiste à appliquer une netteté et une clarté légèrement négative avec l’outil Pinceau, mais les éléments les plus brillants seront entourés d’un halo lumineux.

Partie délicate qui peut révéler la "population" d’étoiles de votre cliché : n’hésitez pas à utiliser le zoom à 100 % pour vérifier vos traitements. Sachez qu’il ne faut pas tenter d’éliminer totalement le bruit car vous lisserez le cliché et perdrez énormément d’étoiles...

Une fois que vous avez obtenu un résultat convenable, il vous faudra rétablir la température du cliché (sa couleur). Vous observerez que dans l’immense majorité des cas, la pollution lumineuse issue de l’éclairage public (avec l’emploi d’ampoules au sodium) projette une lumière jaune dans le ciel ; vous obtiendrez donc très souvent des images brutes avec cette couleur. Pour retrouver une teinte plus esthétique, vous pouvez contrôler la température du cliché dans la section "Réglages de base", en la passant dans des valeurs négatives, ce qui va rendre le cliché bleu. N’y allez pas trop fort, trouvez un équilibre entre teintes froides et chaudes... Vous pouvez aussi utiliser la pipette de Lightroom, mais elle vous propose parfois une mauvaise balance des blancs du point de vue esthétique (clichés partant dans des teintes de vert par exemple).

Partez dans les nuances de bleu sans tomber dans l’excès.

Il ne vous reste plus qu’à établir les bonnes valeurs d’exposition, de hautes et basses lumières, les blancs et noirs, ainsi que la vibrance et la saturation.

Si vous avez une pollution lumineuse importante, diminuez légèrement l’exposition, réduisez franchement les hautes lumières et les blancs. Au contraire, si votre cliché a été plutôt épargné, augmentez les hautes lumières et les blancs pour rendre les étoiles plus brillantes et réduisez les ombres et les noirs pour assombrir le fond (attention aux excès pour éviter de faire ressortir le vignetage).
Pour la vibrance et la saturation des couleurs, modulez l’intensité à votre guise, selon vos goûts personnels.

Sachez mettre en évidence les zones intéressantes et assombrissez le fond du ciel ; les réglages du cliché en cours de développement sur cette capture d’écran sont visible sur l’agrandissement du panneau de Lightroom.

Votre image est maintenant terminée avec ce traitement. Sachez que cette méthode n’est certainement ni la meilleure ni la plus complète (loin de là !) mais elle va vous permettre de sortir de jolis clichés sans vous arracher trop de cheveux.

Et pour les étoiles filantes ?

Les étoiles filantes sont de tous petits grains de poussière qui rentrent en contact avec l’atmosphère terrestre, s’échauffent énormément et brûlent en émettant une intense lumière avant de disparaître. Prévoir chaque étoile filante est impossible, en revanche il existe des périodes propices où leur taux horaire est plus important que d’habitude ; mieux, il est possible de connaître la provenance globale de leur entrée dans l’atmosphère, pour ne pas regarder dans la mauvaise direction... Je vous conseille d’aller faire un tour sur cette page Wikipedia qui explique les différentes périodes intéressantes ainsi que la notion de radiant.

Concernant la partie photo, il n’y a pas de formule magique ! Il faut simplement maximiser ses chances d’en capturer une. Pour cela, le boîtier doit avoir un temps de pose assez long (30 s par exemple, attention à ne pas trop monter au-dessus, vous aurez des étoiles étirées à cause de la rotation terrestre) et un objectif avec une focale très réduite, pour pouvoir capturer la plus grande portion de ciel possible. "On ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher", dirait un illustre interprète d’Étoile des neiges...

Pour aller plus loin

Avant de terminer cet article, voici quelques pistes complémentaires pour approfondir le sujet.

Si vous êtes intéressés par le Nightscape, je vous conseille d’aller voir les travaux de deux Français et de deux Américains :
  • Laurent  Laveder, auteur de plusieurs ouvrages dont Pluie d’étoiles en Bretagne, un recueil de nombreux clichés du ciel avec les côtes bretonnes ;
  • Luc Perrot, vivant à la Réunion (pas de pollution lumineuse), qui vient récemment de remporter le concours international organisé par TWAN (The World At Night) ;
  • Michael Shainblum, connu pour faire des clichés très poétiques de la Voie lactée avec des éléments terrestres ;
  • Lincoln Harrison, qui a publié une série très impressionnante de "startrails", ces clichés où vous voyez un tourbillon de lignes d’étoiles dans le ciel grâce à plusieurs centaines de clichés fusionnés ensemble.

Pour les plus motivés d’entre vous, cette année voit la création du Photo Nightscape Awards, un concours international dédié au Nightscape ; vous avez jusqu’au 31 août pour poster votre candidature et vos clichés : ne traînez pas ! 

J’espère vous avoir donné l’envie de photographier le ciel, et sachez qu’il y a énormément de choses à apprendre sur tous les points de l’astrophotographie : c’est un domaine vraiment vaste et passionnant. Déplacez­‐vous, variez les endroits, ne restez surtout pas sur une séance ratée, soyez curieux, soyez méthodiques, testez et re‐testez encore jusqu’à sortir des images qui feront briller les yeux de vos proches !

> Le site de Maxime Oudoux

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