Cinq questions, un photographe

Julien Lachaussée, portrait

Julien Lachaussée, 38 ans, est un photographe un peu hors-norme. Touche-à-tout, son métier est surtout question d'instants, de rencontres et d'un petit peu de chance également. Assistant d'un grand photographe de mode pendant cinq ans, son point de vue s'est forgé au fil des ans. Aujourd'hui, Julien Lachaussée aime photographier les "gueules" et ceux qui se font marquer la peau. De très beaux portraits, qui surfent sur l'engouement du tatouage et ont donné lieu à un livre, Alive: Tattoo Portraits.

Nous avons rencontré Julien et lui avons fait passer l'épreuve des 5 questions.

Alive: Tattoo Portraits, photographie de Julien Lachaussée
© Julien Lachaussée

Alive: Tattoo Portraits, photographie de Julien Lachaussée
© Julien Lachaussée

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Focus Numérique – Quand et comment a débuté ton intérêt pour la photographie ?

Julien Lachaussée – Ça remonte à un petit moment, en fait. C'était la période ou je faisais encore pas mal de skate. J'étais sponsorisée par une marque. Ça a duré un certain temps et puis au fil des années, j'ai eu envie de faire quelque chose de ma vie, de laisser une trace. Je faisais déjà un peu de photo à l'époque, mais c'était plus pour moi, ça restait dans le cercle de mes amis. En même temps c'était fait avec un appareil tout simple, celui que tu empruntes à tes parents. La photo ça me plaisait, j'avais envie de pousser un peu plus loin et puis de toute façon je ne pouvais pas être rockstar, alors bon... j'ai poursuivi dans cette voie.

J'ai fait une école de photo, l'EFET, pendant deux ans, en cours du soir, et je me suis rendu compte que ça me plaisait vraiment. Mais j'ai eu des hauts et des bas ; dans ce milieu, il faut toujours se remettre en question et parfois c'est un peu dur. J'ai fait beaucoup de choses avant de rentrer vraiment dans le monde de la photo.

Au terme de mes deux ans à l'EFET, j'ai passé mon CAP que je n'ai pas eu. J'ai finalement travaillé pendant quelque temps dans un Levi's Store et j'y ai rencontré le photographe avec lequel j'allais travailler pendant cinq ans : Jan Welters. Je l'ai suivi sur les shootings et je l'ai assisté. C'est finalement devenu un ami. Tout est vraiment question de rencontres et de contacts quand on y pense. Pendant cinq ans, j'ai donc fait de la photo de mode. Jan m'a beaucoup aidé ; il m'incitait à produire mon propre travail, il m'a donné des pellicules, m'a prêté sa maison pour des photos...

Mais mon travail sur les gens tatoués n'est pas venu de ces expériences. C'est surtout les univers dans lesquels j'ai baigné. Le milieu du skate, les bikers, tout ça m'est assez familier. C'était assez logique de me tourner vers tous ces gens pour faire des portraits. Et de fil en aiguille, j'ai rencontré les tatoués, les tatoueurs. Ce que je recherche dans ces portraits, ce ne sont presque plus les tattoos, c'est vraiment toute l'histoire qui est derrière. Au-delà du dessin, on raconte l'histoire d'une personne, ce que son tatouage signifie pour elle. J'aime beaucoup ce type de portrait. J'en ai fait beaucoup, et c'est finalement devenu ma marque de fabrique. Mais ça en m'empêche pas de shooter plein d'autres gens. J'aime les gueules cassées, je te l'ai dit, et certaines n'ont pas de tatouages évidemment. 

Alive: Tattoo Portraits, photographie de Julien Lachaussée
© Julien Lachaussée

Alive: Tattoo Portraits, photographie de Julien Lachaussée
© Julien Lachaussée

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Focus Numérique – Quel matériel utilises-tu ?

Julien Lachaussée – J'ai une particularité, je n'ai jamais quitté l'argentique. Alors j'ai plusieurs boîtiers, mais pas un seul numérique pour mes portraits. Je possède un vieux Polaroid assez rare à trouver, un 110 B, mais il tombe de plus en plus en ruine. J'ai également un Pentax 6x7, un Nikon FM2 et un Mamya 7. Je change un peu selon l'humeur et, je l'avoue, selon ma fainéantise.

En ce qui concerne les optiques, j'en ai vraiment beaucoup. Fixes, zooms, j'en ai une quantité invraisemblable. Pareil pour les films argentiques. J'ai fait des stocks. Notamment pour les polaroids, qui sont presque introuvables maintenant. J'utilise pas mal le noir et blanc, mais maintenant, je me replonge dans les pellicules couleur. Certaines donnent un rendu très saturé que j'affectionne particulièrement.

Alive: Tattoo Portraits, photographie de Julien Lachaussée
© Julien Lachaussée

Alive: Tattoo Portraits, photographie de Julien Lachaussée
© Julien Lachaussée

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Focus numérique – Qu'est-ce qui t'intéresse dans l'acte photographique ?

Julien Lachaussée – C'est une question que je ne me suis pas posée depuis longtemps. La photographie fait aujourd'hui partie intégrante de ma vie. J'ai envie de sublimer des univers qui me fascinent, de les partager avec les autres. J'aime que mes photos parlent aux gens, qu'ils se retrouvent un peu dedans. C'est agréable que mes clichés insufflent une émotion, qu'ils apportent un sentiment, si c'est de la joie, c'est tant mieux. Mais j'aime que ces images fassent réagir. Et puis, être photographe, c'est aussi laisser une trace. Tu laisses une trace de ce qui a été important pour toi, et c'est une chance. Prendre en photo les gens tatoués, c'est avant tout aller à la rencontre des gens. Le tatouage, c'est plus une finalité ou un lien. Ces gens sont presque les témoins d'une époque et fixer leurs portraits sur pellicule, c'est un peu témoigner de cette histoire.

Alive: Tattoo Portraits, photographie de Julien Lachaussée
© Julien Lachaussée

Alive: Tattoo Portraits, photographie de Julien Lachaussée
© Julien Lachaussée

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Focus numérique – Si tu devais n'en citer qu'un, quel serait pour toi le photographe incontournable ou ta source d'inspiration ?

Julien Lachaussée – Jan Welters m'a tout appris, il m'a enseigné le métier de photographe. Il y a presque un gouffre entre la théorie et la pratique. Ce qu'on t'apprend à l'école est très différent de ce que le métier t'enseigne. Mais il y a certains photographes dont je respecte énormément le travail, je ne sais pas si on peut parler de source d'inspiration. Richard Avedon par exemple, qui nous a quittés il y a quelque temps, était un grand de la photographie. Il a fait beaucoup de magnifiques portraits en noir et blanc, notamment Andy Wahrol. Sa spécialité, c'était vraiment ce qu'on appelle "les gueules". Ses modèles avaient quelque chose de particulier, ils dégageaient un truc. J'ai également énormément de respect pour le travail d'Annie Leibovitz, mais plus pour les clichés qu'elle faisait au début de sa carrière.

Alive: Tattoo Portraits, photographie de Julien Lachaussée
© Julien Lachaussée

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Focus numérique – Quel est ton prochain projet ?

Julien Lachaussée – D'ici un an, j'ai un deuxième livre qui va sortir. C'est un assez gros projet regroupant pas mal de photos de rockstars. Je n'en dis pas trop, mais ça promet, on a eu de très grands noms comme les Guns N' Roses, et plein d'autres. Il me manque encore quelques portraits, j'ai ma liste, mais je ne les ai pas encore rencontrés. Je te garantis que ça devrait envoyer du lourd. On devrait trouver quelques légendes parmi les pages. Enfin bref, pour ça, j'ai encore un an de travail devant moi.

Alive: Tattoo Portraits, photographie de Julien Lachaussée
© Julien Lachaussée

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© Julien Lachaussée

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Alive: Tattoo Portraits
Julien Lachaussée
Eyrolles, octobre 2011
24 x 30 cm, 192 pages
Relié, couverture cartonnée
EAN13 : 9782212132229
40,50 €

> Commander l'ouvrage sur le site d'Eyrolles
> Le projet sur le site de Julien Lachaussée

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